Contes de l’Ille-et-Vilaine/La Vierge du Coudray

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Contes de l’Ille-et-Vilaine
Contes de l’Ille-et-VilaineJ. Maisonneuve (p. 91-93).


LA VIERGE DU COUDRAY
légende

La fermière du Bois-Greffier, dans la paroisse de Pléchâtel, et quelques paysannes des villages voisins de ce petit manoir s’étaient réunies pour faire une lessive, et après avoir lavé leur linge, au doué de Madré, elles allèrent l’étendre sur les buissons de la lande.

Tout à coup elles entendirent un enfant pleurer, et l’une des laveuses poussa des cris perçants en s’apercevant que son petit gars, qui s’était approché trop près du doué, était chai dedans.

La pauvre mère courut vers la mare et fut bien étonnée de voir deux mains maintenir son enfant hors de l’eau. Elle s’empara de sa garçaille et alla raconter aux autres femmes ce qu’elle venait de voir. Toutes allèrent aussitôt regarder dans le doué, mais n’aperçurent rien.

Quand les hommes vinrent, avec des chevaux, chercher le linge, on leur fit part du miracle.

« Faut vider la mare », dirent-ils, et c’est ce qu’ils firent immédiatement.

Lorsque l’eau fut écoulée, ils découvrirent une statue de la Vierge qui, pendant les guerres de Religion, avait sans doute été prise dans l’une des chapelles détruites, de Saint-Éloi ou de Saint-Melaine.

Après l’avoir lavée et nettoyée, les paysans la portèrent dans la chapelle du Coudray, petit édicule caché au fond d’un bois, le seul qui avait été épargné.

Le lendemain matin, la mère du petit gars tombé dans le doué se rendit à la chapelle du Coudray, pour remercier la Vierge d’avoir sauvé son enfant ; mais, à sa grande surprise, la statue, apportée la veille, n’était plus là.

Tout attristée, elle s’en retourna chez elle, en passant, toutefois, près du doué. L’eau était claire et elle aperçut, sous une touffe de jonc, la protectrice de son enfant.

De plus en plus étonnée, elle alla raconter au curé de Bain ce qui lui était arrivé.

Le prêtre lui dit : « La Vierge, qui n’est pas de la chapelle du Coudray, veut y être conduite solennellement, et je vais faire tout ce qu’il faut pour cela. »

Il annonça le miracle qui venait de s’accomplir au doué de Madré, et aussitôt le clergé des paroisses de Bain, de Pléchâtel, de Messac, de Poligné, de Pancé, suivi d’une foule immense, conduisit processionnellement la Vierge dans la chapelle du Coudray.

Depuis ce jour, la vieille statue de bois, trouvée au fond de l’eau, par les lavandières du Bois-Greffier, occupe la place d’honneur dans la chapelle où elle est l’objet d’une très grande vénération.

(Conté par la mère Dorel, fermière à
la Cour, près de la chapelle du Coudray).