Contes de l’Ille-et-Vilaine/Petit Jour

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Contes de l’Ille-et-Vilaine
Contes de l’Ille-et-VilaineJ. Maisonneuve (p. 29-31).


PETIT JOUR

On apprit un jour, en Bretagne, que le pape venait de mourir, et qu’on faisait à sçavoir, dans le monde entier, à tous ceux qui se croyaient assez savants, et assez pieux, pour briguer l’honneur de le remplacer, qu’ils devaient se rendre, sans retard, à Rome, pour y subir les épreuves nécessaires à cet effet.

Deux jeunes gens, les deux frères, répondant à cette invitation, se mirent en route, et ne tardèrent pas à rencontrer un pauvre garçon, sorte d’illuminé, qui, son chapelet à la main, s’en allait, lui aussi, vers la capitale de la chrétienté.

Lui ayant demandé son nom il leur dit s’appeler Petit Jour.

Il leur apprit aussi qu’il comprenait le langage de tous les animaux, ce qui les fit beaucoup rire ; mais ils ne tardèrent pas à avoir la preuve de ce que Petit Jour avançait.

Ils eurent à traverser un étang dans lequel des grenouilles coassaient.

— Que disent ces bêtes ? demandèrent les deux voyageurs à leur compagnon.

— Elles chantent la mort d’une jeune fille qui s’est noyée il y a un mois.

Informations prises, le fait fut reconnu exact, ce qui remplit d’étonnement les deux frères.

Une nuit qu’ils couchaient dans une ferme, ils furent réveillés par un chien qui hurlait.

— Que dit donc encore cet animal qui nous réveille si mal à propos ?

— Il prévient que des voleurs s’approchent de la ferme pour la dévaliser.

Tout le monde fut debout dans un instant et put s’armer promptement, chasser les brigands qui venaient avec l’intention de mettre l’habitation au pillage.

Enfin les voyageurs continuèrent leur route, et en arrivant près de Rome, ne furent pas peu surpris de s’entendre saluer par le chant mélodieux d’une bande d’oiseaux aux couleurs éclatantes.

— Qu’ont donc ces oiseaux à nous saluer ainsi ?

— C’est, répondit Petit Jour, qu’ils reconnaissent dans l’un de nous celui qui doit être élu pape.

— Lequel de nous désignent-ils ?

— Je ne sais pas encore, répondit le savant, qui s’était cependant aperçu que c’était à lui que s’adressaient les louanges des oiseaux du ciel.

Lorsqu’ils eurent pénétré dans la basilique de Saint-Pierre de Rome, et répondu aux questions qui leur furent posées, la couronne d’or suspendue à la nef, et qui devait orner le front du représentant de Dieu sur la terre, vint se poser d’elle-même sur la tête de Petit Jour, qui n’était autre que saint Pabu, premier évêque de Saint-Pol-de-Léon.

(Conté par Pierre Patard, cultivateur
à la Croix-Madame, commune de Bruz).