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Contes du Pays Gallo/Le Cochon du père Chenette

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Honoré Champion (p. 306-308).


LE COCHON DU PÈRE CHENETTE


Le petit père Chenette, couturier à la journée, qui demeurait au village de la Ferronnais, dans la commune de Pléchâtel, revenait chez lui un soir très tard, lorsqu’il rencontra dans son chemin un cochon qui semblait égaré.

« Tiens, dit Chenette, voici un cochon qui a été perdu. Comme ça se trouve à propos, moi qui n’ai plus de lard dans mon charnier ! Je vas l’emmener, et, si on ne le réclame pas, ma foi, je lui ferai son affaire. »

Il s’avança vers l’animal pour s’en emparer ; mais celui-ci passa la tête entre les jambes de Chenette qui, tout surpris, n’eut que le temps de lui saisir la queue pour ne pas tomber. Le tailleur se trouvait à reculons sur la bête qui l’emporta, dans une course folle, jusqu’au village de la Ferronnais.

Ce singulier pourceau déposa Chenette à sa porte, et s’apprêtait à le suivre dans la maison, lorsqu’il lui ferma la porte au nez. « C’est un faux cochon, se disait-il en lui-même ; s’il entrait chez moi, il me jouerait des tours. »

Le lendemain matin, le couturier trouva l’animal qui l’attendait, et qui comme la veille se mussa entre ses jambes et l’emporta, de la même façon, jusqu’à la porte de la personne chez laquelle il devait aller travailler.

Le soir, il en fut encore de même et ainsi de suite tous les jours.

Le pauvre couturier ne parvenait pas à éviter le cochon, qui lui causait maintenant une peur effroyable.

Il n’en dormait plus la nuit, perdait l’appétit ainsi que son entrain et sa gaîté. Le pauvre homme dépérissait à vue d’œil.

Ce manège dura un mois, puis l’animal disparut complètement.

Chenette, en racontant son histoire à ses pratiques, disait : « C’était ben sûr un chrétien métamorphosé en cochon par le diable. Le temps de la métamorphose expiré, il a dû reprendre sa forme humaine. »


(Conté par Joson Jollivet, de Pléchâtel, âgé de 78 ans.)