Coran Savary/038

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Traduction par Claude-Étienne Savary.
Dufour (2p. 208-215).






S. [1]


donné à la mecque, composé de 88 versets
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Au nom de Dieu clément et miséricordieux.


S. J’en jure par le Coran ; il est le dépôt de la vraie foi ; mais les infidèles vivent dans le faste et le schisme.

Les générations précédentes ont disparu. A la vue des fléaux du ciel, elles implorèrent notre miséricorde ; mais il n’était plus temps.

Les habitans de la Mecque sont étonnés qu’un de leurs concitoyens ait été revêtu du caractère d’apôtre, et les infidèles ont dit : C’est un faux prophète.

Prétend-il que plusieurs dieux ne soient qu’un ? Cette opinion est merveilleuse.

Leurs chefs se sont levés, et ont dit : gardez votre culte. Soyez fidèles à vos dieux. Nous connaissons ses desseins.

La dernière secte n’a point prêché l’unité de Dieu. Cette doctrine est fausse.

Mahomet eût-il été élu préférablement à nous, pour recevoir le Coran ? Ils doutent de ma religion ; mais ils n’ont pas encore éprouvé mes châtimens.

Ont-ils en leur disposition les trésors de la miséricorde du Dieu dominateur et libéral ?

Possèdent-ils l’empire du ciel, de la terre, et de l’espace immense qui les sépare ? Qu’ils essaient de s’élever dans les cieux.

Leurs armées, quelque nombreuses qu’elles soient, seront détruites.

Les peuples de Noé, d’Aod, et de Pharaon environné de courtisans[2], accusèrent les ministres de Dieu d’imposture.

Les Thémudéens, les habitans de Sodôme, les Madianites se liguèrent contre leurs apôtres.

Tous nièrent leur mission, et tous éprouvèrent les châtimens célestes.

Les habitans de la Mecque n’attendent que le cri épouvantable. Alors la fuite sera inutile.

Ils ont demandé à Dieu leur portion avant le jour du jugement.

Souffre patiemment leurs discours. Rappelle-toi notre serviteur David, qui élevait souvent au ciel les vœux d’un cœur vertueux.

Nous forçâmes les montagnes à s’unir à sa voix, pour chanter le soir et le matin, les louanges de l’Éternel.

Les oiseaux rassemblés répétaient ses cantiques.

Nous affermîmes son empire. Nous lui donnâmes la sagesse et l’éloquence.

Connais-tu le débat de deux frères, qui entrèrent par surprise dans l’oratoire de David ?

Il fut effrayé à leur aspect. Ne crains rien, lui dirent-ils ; un différent nous amène. Juge-nous avec équité. Rends à chacun de nous ce qui lui est dû.

Voici mon frère. Il avait quatre-vingt-dix-neuf brebis. Je n’en avais qu’une. Il me l’a demandée à garder. J’ai cédé à ses instances, et il me l’a ravie.

La demande de ton frère est injuste, répondit David. La fraude et la violence président souvent aux accords des humains. Il n’y a de justes que les croyans vertueux ; mais qu’ils sont en petit nombre ! Dans la suite David pêcheur reconnut que nous l’avions tenté. Il se convertit, et le front prosterné contre terre, il implora le pardon de son crime.

Nous lui pardonnâmes ; nous le comblâmes de biens, et le Paradis fut sa récompense.

O David ! nous t’avons établi roi sur la terre. Juge les hommes avec équité. Ne suis point tes aveugles désirs ; ils t’écarteraient du sentier de Dieu. Les tourmens seront le partage de ceux qui, oubliant le jour du jugement, auront marché dans les ténèbres.

La création du ciel, de la terre, et de tout l’univers, est notre ouvrage. Ce n’est point un jeu du hasard, comme le pensent les incrédules. Malheur aux infidèles ! Ils seront la proie des flammes.

Les croyans qui auront fait le bien, seraient-ils traités comme les impies, qui n’ont connu d’autre loi que la violence ? L’homme vertueux, et le scélérat, éprouveraient-ils le même sort ?

Nous t’avons envoyé un livre béni. Les sages le liront avec zèle et graveront ses préceptes dans leur cœur.

David eut pour fils Salomon. Il fut un serviteur pieux et sincère.

Un soir on lui avait amené des chevaux excellens[3] ; ils couraient d’une si grande vitesse qu’à peine leurs pieds touchaient la terre.

J’ai préféré, s’écria-t-il, des biens terrestres au souvenir de Dieu, en cessant de le prier jusqu’à ce que la nuit ait couvert la terre de son voile.

Qu’on ramène les chevaux. Il leur fit couper les jarrets et la tête.

Nous le tentâmes, et nous fîmes asseoir sur son trône un démon sous la forme humaine[4].

Seigneur, dit-il, pardonne à ton serviteur ; accorde-moi le règne le plus florissant qui fût jamais. Tu es le bienfaiteur suprême.

Nous lui donnâmes l’empire des vents. Ils parcouraient la terre à sa volonté.

Des démons soumis à ses ordres élevaient des palais, et pêchaient des perles.

Il en tenait d’autres chargés de chaînes.

Nous lui dîmes : Jouis de nos bienfaits ; répands-les sans mesure ou les resserre à ton gré.

Comblé des biens terrestres, Salomon a été introduit dans le séjour éternel.

Célèbre Job, notre serviteur, lorsque, levant sa voix au ciel, il s’écria : Seigneur, le tentateur a rassemblé sur moi tous les maux.

Frappe la terre du pied, lui dit Dieu ; il en sortira une source d’eau propre à te purifier et à te désaltérer.

Nous lui rendîmes sa famille, et nous augmentâmes ses richesses par un effet de notre miséricorde, et pour l’instruction des sages.

Nous lui commandâmes de prendre un faisceau de verges[5] et d’en frapper son épouse, afin d’accomplir son serment, et il obéit.

Serviteur fidèle, il élevait souvent vers le ciel l’hommage d’un cœur pur.

Publie les vertus et la prudence de nos serviteurs Abraham, Isaac et Jacob.

La pensée du palais éternel entretenait leur innocence.

Ils sont au nombre de nos élus privilégiés. Chante les louanges d’Ismaël, d’Élisée et d’Elcafel, nos serviteurs distingués.

La terre chérit leur mémoire. Ceux qui craindront le Seigneur jouiront de la félicité.

Les portes du jardin d’Éden s’ouvriront devant eux.

Le banquet divin leur offrira des fruits exquis et un breuvage délicieux.

Près d’eux seront de jeunes beautés au regard modeste :

Telles sont les jouissances que vous promet le jour de la résurrection.

Tels sont les biens éternels qui vous sont offerts.

La fin des pécheurs sera épouvantable.

L’enfer sera leur habitation. Ils gémiront sur un lit de douleur.

Rassasiez-vous de tourmens, leur dira-ton ; avalez cette eau bouillante et corrompue.

Ce breuvage, et d’autres non moins affreux, seront leur partage.

Il n’y aura plus de grâces pour les réprouvés ; tous seront précipités dans les flammes.

Les infidèles diront à leurs séducteurs : Vous ne méritez aucune indulgence. Vous nous avez devancés dans l’erreur. Notre habitation mutuelle sera horrible.

Seigneur, ajoute aux tourmens de ceux qui nous ont conduits à l’infidélité ; augmente pour eux l’ardeur du feu.

Pourquoi ne voyons-nous pas ici ceux que nous mettions au nombre des méchans ?

Nous nous moquions d’eux. Les a-t-on dérobés à nos regards ?

Tel sera le langage des habitans de l’enfer.

Dis : Je ne suis que votre apôtre. Il n’y a de Dieu que le Dieu unique et victorieux.

Souverain du ciel, de la terre et de l’immensité de l’espace, il est puissant et miséricordieux.

Ce livre est l’histoire sublime.

Vous vous écartez de sa vérité.

Je n’avais aucune connaissance des esprits célestes quand ils disputèrent.

Les révélations divines ne m’ordonnent que la prédication.

Dieu dit aux anges : Je créerai l’homme de boue.

Lorsque j’aurai accompli mon ouvrage, et que je lui aurai soufflé une portion de mon esprit, prosternez-vous pour l’adorer.

Tous les anges se soumirent à l’ordre du créateur.

L’orgueilleux Éblis refusa seul d’obéir.

Éblis, lui dit Dieu, pourquoi n’adores-tu pas l’ouvrage de mes mains ?

L’orgueil t’enivre-t-il ? Ta grandeur se croirait-elle humiliée ?

Je suis, lui répondit l’esprit rebelle, d’une nature plus excellente que la sienne ; tu m’as créé de feu, et tu l’as formé de boue.

Sors de ce séjour, tu seras lapidé.

Ma malédiction te poursuivra jusqu’au jour du jugement.

Seigneur, reprit Éblis, diffère tes vengeances jusqu’au jour de la résurrection.

Je les différerai, dit le Tout-Puissant.

Elles n’éclateront qu’au temps marqué.

J’en jure par ta puissance, ajouta Éblis, je séduirai tous les hommes.

Tes serviteurs sincères seront seuls épargnés.

L’Éternel prononça ces mots : Je suis la vérité, et mes menaces sont véritables. Je remplirai l’enfer de ceux que tu auras séduits. Tu y seras à leur tête.

Dis : Je ne vous demande point le prix de mes prédications ; mon zèle me suffit.

Ce livre est un avertissement aux mortels.

Vous verrez un jour que sa doctrine est véritable.


  1. Les commentateurs du Coran avouent qu’ils ignorent la signification de ce caractère isolé qui répond à la quatorzième lettre de l’alphabet arabe.
  2. Pharaon est peint dans plusieurs endroits du Coran avec cette épithète, zou elaoutad, auteur des pieux. C’est ainsi qu’on a traduit jusqu’à présent ce passage. Zou signifie possesseur, Aoutad ne veut pas dire seulement des pieux, il signifie encore les grands d’une ville. Nous avons cru qu’il était plus naturel de rendre ces mots de la manière suivante : Pharaon entouré de courtisans, que Pharaon auteur des pieux. D’ailleurs Mahomet représente toujours ce prince environné de seigneurs.
  3. Salomon assis sur un trône voyait courir des chevaux excellens qu’on lui avait amenés. La course dura jusqu’au coucher du soleil. Il oublia de faire la prière du soir, et se punit de cette négligence en faisant immoler une partie de ces superbes coursiers. Dieu le récompensa en lui donnant l’empire des vents. Jahia. Zamchascar.
  4. Salomon portait au doigt un anneau d’où dépendait la durée de son empire. Il le confiait à une de ses femmes lorsqu’il entrait au bain. Un jour qu’il y était, un démon nommé Sacar prenant ses traits et sa ressemblance, vint demander l’anneau à celle qui en était dépositaire. Elle le remit entre ses mains. Il le prit, le jeta dans la mer, s’assit sur le trône du roi, et changea les lois par lesquelles il gouvernait les enfans d’Israël. Salomon, ayant inutilement cherché l’anneau qui était le gage de la durée de son empire, pensa que Dieu voulait le punir. Il sortit de son palais et se mit à parcourir la Judée en criant : Je suis Salomon ; mais ses sujets refusaient de le reconnaître. Il resta quarante jours dans cet état. Enfin ayant demandé de la nourriture à un pêcheur, il retrouva son anneau dans le ventre d’un poisson. Il rentra aussitôt dans ses droits, se saisit du démon Sacar, et le fit jeter chargé de chaînes dans le lac de Tiberiade. Ismaël ebn Ali raconte cette fable dans sa chronique.
  5. La femme de Job était un peu d’accord avec Satan. Elle exhortait son mari à écouter les propositions du tentateur. C’est pourquoi Job irrité jura qu’il lui donnerait cent coups de verges. Jahia.