Coran Savary/043

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Traduction par Claude-Étienne Savary.
Dufour (2p. 245-252).






LA PARURE.


donné à la mecque, composé de 89 versets
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Au nom de Dieu clément et miséricordieux.


H. M. J’en jure par le livre de l’instruction. Nous l’avons envoyé en arabe afin que vous le compreniez.

Nous en conservons l’original dans le ciel[1] ; il est sage et sublime. Vous priverons-nous de l’instruction divine parce que vous êtes prévaricateurs ?

Combien de prophètes ont annoncé nos lois aux peuples !

Aucun d’eux n’évita leurs railleries insultantes. Nous avons exterminé des nations plus puissantes que les Mecquois. C’est un exemple qu’ils ont sous les yeux. Demandez-leur qui est le créateur du ciel et de la terre ; ils répondent : C’est celui qui possède la puissance et la science.

C’est lui qui a aplani la terre et qui a tracé des routes pour vous conduire.

C’est lui qui verse la pluie avec mesure pour féconder les campagnes stériles. C’est ainsi qu’il ranimera les morts.

C’est lui qui a tiré tous les êtres du néant ; c’est lui qui vous a donné les vaisseaux et les quadrupèdes pour vous porter.

Portés sur la terre et les mers, ne devez-vous pas vous rappeler ses bienfaits, et dire : Louange à celui qui a fait servir les créatures à nos besoins ? Nous n’aurions pu nous procurer ces avantages.

Nous retournerons tous à Dieu.

L’homme ingrat a pensé que le Dieu suprême avait eu des enfans de ses créatures.

Aurait-il préféré des filles ? Il vous donne des fils.

Lorsqu’on vous annonce[2] ce que vous attribuez au miséricordieux, votre front se couvre d’un nuage, et vous êtes accablés de douleur.

L’Éternel serait-il le père d’un être capricieux, d’une fille dont la jeunesse se passe au milieu des ornemens et de la parure ?

Ils prétendent que les anges, ces serviteurs de Dieu, sont des filles. Ont-ils assisté à leur création ? Ils seront interrogés, et l’on écrira leur témoignage.

Ils ajoutent : Si le miséricordieux eût voulu, nous ne les aurions pas adorés. Le ciel leur avait—il commandé ce culte ? Ils blasphèment.

Leur avons-nous envoyé un livre avant le Coran ? En possèdent-ils un ?

Nous avons, continuent-ils, trouvé nos pères attachés à une religion, et nous la suivons.

Toutes les fois que nos ministres prêchèrent la foi dans une ville, les principaux du peuple leur tinrent le même langage ; Nous suivons le culte de nos pères.

Si nous vous apportons une meilleure doctrine, disaient les apôtres. Nous rejetons, répondaient les incrédules, tout ce que vous venez nous annoncer.

Nous vengeâmes nos lois méprisées. Voyez quelle fut la punition des idolâtres.

Abraham dit à son père et au peuple, je suis innocent de votre idolâtrie ;

Je n’adore que celui qui m’a créé et qui m’éclaire.

Il laissa sa croyance à ses descendans, afin qu’ils retournassent à Dieu.

J’ai détourné mes fléaux des Arabes jusqu’à ce que la vérité et le prophète soient venus les instruire.

Lorsqu’ils ont vu la vérité, ils l’ont accusée de mensonge et ont refusé de la croire.

Ils ont demandé que le Coran fût envoyé au citoyen[3] le plus puissant des deux villes.

Sont-ils les dispensateurs des grâces divines ? Nous avons partagé les biens de la terre ; nous avons établi les rangs qui distinguent les hommes, qui les élèvent, les abaissent, qui donnent à l’un la supériorité, et prescrivent à l’autre l’obéissance. Les faveurs du ciel valent mieux que leurs trésors. Si la crainte de voir toute la terre livrée à l’infidélité ne nous eût retenus, nous aurions donné à l’incrédule des maisons couvertes d’argent et des escaliers semblables pour y monter. Les portes eussent été de ce métal précieux ; les lits où ils reposent auraient offert la même richesse.

L’or eût ajouté à cette magnificence ; mais toute cette pompe n’est que l’éclat passager des biens terrestres. La récompense de la vertu est dans les mains de Dieu.

Ceux qui rejettent les préceptes divins auront Satan pour compagnon éternel ;

Il les détournera du droit chemin, et ils croiront y marcher.

Lorsqu’ils se présenteront devant notre tribunal, ils s’écrieront : Plût à Dieu qu’il y eût entre nous et toi l’espace qui sépare l’orient de l’occident ! Compagnon malheureux !

Mais au jour de la résurrection, le repentir n’empêchera point les méchants d’être réunis dans les flammes.

Peux-tu faire entendre les sourds ? Peux-tu conduire les aveugles et ceux qui sont plongés dans l’erreur ? Nous nous vengerons d’eux, soit que ta mort prévienne nos menaces,

Soit que nous te rendions témoin de leur accomplissement. Leur punition ne passe point notre puissance.

Retiens fidèlement nos révélations. Tu marches dans le chemin de la justice.

Que le Coran te serve d’instruction ; qu’il éclaire ton peuple. Vous en rendrez compte.

Interroge les prophètes qui t’ont précédé. Leur avons-nous prescrit d’autre culte que celui du miséricordieux ?

Organe de nos volontés, Moïse dit à Pharaon et à ses courtisans : Je suis le ministre du souverain des mondes.

Tandis qu’il leur annonçait les oracles divins, ils se jouaient de sa doctrine.

Nous fîmes éclater à leurs yeux des prodiges tous plus surprenans ; nous les affligeâmes afin qu’ils revinssent à nous.

Mage, dirent-ils au prophète, implore pour nous la clémence de ton Dieu, suivant l’alliance qu’il a contractée avec toi, et nous t’obéirons.

Nous suspendîmes nos fléaux, et ils violèrent leur promesse.

Pharaon ayant rassemblé ses peuples, leur dit : L’empire d’Égypte ne m’appartient-il pas ? Ce fleuve, ces canaux ne coulent-ils pas sous mes lois ? Ne pensez-vous pas ainsi ?

Ne suis-je pas préférable à un vil imposteur ?

A peine sait-il parler.

Est-il décoré de bracelets d’or[4] un cortége d’anges accompagne-t-il ses pas ?

Il accusa ses sujets de légèreté, et ils lui obéirent, parce qu’ils étaient impies.

Leurs crimes provoquèrent le courroux du ciel, et ils furent engloutis dans les eaux.

Leur châtiment servira d’exemple à la postérité.

On a proposé aux idolâtres l’exemple du fils de Marie, et ils se sont révoltés.

Vaut-il mieux que nos dieux ? se sont-ils écriés. Ils ne faisaient cette question qu’à dessein de disputer. L’esprit de dissension les anime.

Le fils de Marie n’est que le serviteur de Dieu. Le ciel le combla de ses faveurs, et le donna pour modèle aux Hébreux.

Nous pouvons vous anéantir, et faire descendre à votre place des anges sur la terre.

Jésus sera le signe certain de l’approche du jugement. Gardez-vous de douter de sa venue. Suivez-moi, c’est le chemin du salut.

Que Satan ne vous fasse pas rejeter cette vérité. Il est votre ennemi déclaré.

Lorsque Jésus parut sur la terre au milieu des miracles, il dit aux hommes : Je viens vous apporter la sagesse, et vous éclairer sur vos doutes. Craignez Dieu, et suivez ma doctrine.

Il est mon Seigneur et le vôtre ; servez-le, c’est le chemin du salut.

La dissension s’éleva parmi les chrétiens ; les sectes se formèrent : mais malheur aux méchans ! ils seront punis au jour du jugement.

Attendent-ils que l’heure fatale les surprenne au milieu de leur insouciance ?

Amis sur la terre, les méchans seront ennemis dans l’autre monde ; mais la tendre amitié suivra les justes.

O mes adorateurs ! dans ce jour il n’y aura pour vous ni chagrin ni alarmes.

Les croyans qui auront professé l’islamisme seront à l’abri de leurs atteintes.

On leur dira : Entrez dans le jardin de délices, vous et vos épouses ; ouvrez vos cœurs à la joie.

On leur présentera à boire dans des coupes d’or. Le cœur trouvera dans ce séjour tout ce qu’il peut désirer, l’œil tout ce qui peut le charmer, et ces plaisirs seront éternels.

Voici le paradis dont vos œuvres vous ont procuré la possession.

Nourrissez-vous des fruits qui y croissent en abondance.

Les scélérats seront éternellement en proie aux tourmens de l’enfer.

Leur rigueur ne s’adoucira jamais. Les coupables garderont un morne silence.

Leur sort n’est point injuste. Ils ont été injustes envers eux-mêmes.

Ils diront : O Malec [5] ! prie Dieu de nous anéantir. Il leur répondra : Vous vivrez éternellement.

Peuples, nous vous avons apporté la vraie religion ; mais le plus grand nombre d’entre vous l’ont en horreur.

Ont-ils dressé leurs embûches ? Nous leur en dressons d’autres.

Croient-ils que nous ne connaissons pas leurs secrets ? que nous n’entendons pas leurs discours ? Ils sont dévoilés à nos yeux, et nos envoyés célestes les écrivent.

Dis-leur : Si Dieu avait un fils, je serais le premier à l’adorer.

Louange à Dieu souverain du ciel et de la terre ! Il est assis sur le trône sublime. Loin de lui ce blasphème.

Laissez-les perdre leur temps dans de vaines disputes. Le jour qui leur est promis les y surprendra. Dieu dans le ciel, Dieu sur la terre, l’Éternel possède la sagesse et la science.

Béni soit celui qui a l’empire des cieux et de la terre, qui commande ans l’immensité de l’espace, qui a la connaissance de l’heure, et devant lequel nous reparaîtrons tous !

Les faux dieux qu’ils adorent n’ont pas le pouvoir de l’intercession ; mais celui qui rend témoignage à la vérité qu’il croit jouit de cet avantage.

Demande-leur qui les a créés ; ils répondent : C’est Dieu. Pourquoi s’écartent-ils donc de la vérité ?

Seigneur, s’est écrié le prophète, ils n’ont point la foi.

Éloignez-vous d’eux ; souhaitez-leur la paix ; bientôt ils verront.


  1. Les mahométans croient que le Coran est écrit dans le ciel sur la table gardée. Gabriel l’apportait à Mahomet par versets.
  2. La naissance d’une fille.
  3. C’est-à-dire à Valid, citoyen de la Mecque, ou bien à Arouat, prince de Thaïef, tous deux très-puissans dans leurs villes. Gelaleddin.
  4. Les Égyptiens décoraient de bracelets et de colliers d’or ceux qu’ils élevaient au rang de prince. Gelaleddin.
  5. Les Arabes appellent Malec le gardien de l’enfer : ce mot signifie Ange.