Coran Savary/046

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Traduction par Claude-Étienne Savary.
Dufour (2p. 260-265).






HACAF. [1]


donné à la mecque, composé de 35 versets
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Au nom de Dieu clément et miséricordieux.


H. M. Le Dieu puissant et sage a envoyé le Coran.

Nous avons tiré du néant le ciel, la terre, et l’immensité de l’espace. La vérité présida à notre ouvrage. Tous les êtres ont leur terme marqué. Les infidèles rejettent notre doctrine.

Que vous semble de vos dieux ? Montrez-moi ce qu’ils ont créé sur la terre ? Partagent-ils l’empire des cieux ? S’il en est ainsi, apportez en preuve en un livre envoyé avant le Coran, ou des argumens fondés sur l’autorité de la science.

Est-il un égarement plus profond que celui de l’idolâtre ? Il invoque des divinités qui ne lui répondront qu’au jour du jugement, et qui rejettent son encens.

Au milieu de l’assemblée universelle, les idoles s’élèveront contre leurs adorateurs, et nieront leurs hommages.

Expliques-tu notre religion sublime à ceux qui ont abjuré la vérité ? Ils la traitent d’imposture.

Diront-ils que Mahomet est l’auteur du Coran ? Réponds : S’il est mon ouvrage, vous ne me soustrairez point à la vengeance divine ; mais Dieu connaît vos mensonges. Son suffrage me suffit contre eux. Il est indulgent et miséricordieux.

Dis : Je ne suis pas le premier des apôtres ; j’ignore quel sort le Tout-Puissant nous réserve ; je suis fidèle aux inspirations divines ; mon ministère se borne à la prédication.

Si ce livre vient du ciel, si des enfans d’Israël en attestent l’authenticité[2] et croient en lui, tandis qu’excités par l’orgueil, vous le rejetez dédaigneusement : quel nom méritez-vous ? Dieu n’éclaire point les méchans.

Les incrédules font cette objection aux fidèles : Si ce livre était véritable, les Israélites ne l’auraient pas reçu avant nous. Ils ont fermé les yeux à la lumière, et ils disent : C’est une fable de l’antiquité.

Moïse reçut le Pentateuque, la lumière des hommes, et le gage de la miséricorde divine. Le Coran est venu mettre le sceau à son authenticité. Il est écrit en arabe. Il annonce des peines aux méchans, et le bonheur aux justes.

Ceux qui ont embrassé l’islamisme et qui marchent dans le sentier de la justice, seront à l’abri des alarmes et de la douleur.

Hôtes éternels du séjour de délices, ils devront la félicité à leurs vertus.

Nous avons prescrit à l’homme la bienfaisance envers les auteurs de ses jours. Une mère le porte avec peine, et l’enfante avec douleur. Sa grossesse, et le temps qu’elle l’allaite, durent trente mois. Il est élevé dans la maison paternelle jusqu’à ce qu’il ait atteint la force de l’âge. Parvenu à sa quarantième année, il adresse au ciel cette prière : Seigneur, inspire-moi de la reconnaissance pour tes bienfaits et pour ceux dont tu as comblé mes pères ; fais que j’opère le bien que tu aimes ; rends-moi heureux dans mes enfans ; l’ai tourné mon cœur vers toi, et je suis un de tes fidèles adorateurs[3].

Ainsi parlent ceux dont nous recevons les œuvres, et dont nous effaçons les péchés. Ils habiteront les jardins d’Éden, et verront l’accomplissement de nos promesses.

Les parens invoqueront la malédiction du ciel sur un fils rebelle qui foule aux pieds leur autorité, et qui, rejetant les promesses de la vie future, leur dit : Pouvez-vous me promettre que je ressusciterai, tandis que tant de peuples ont disparu pour toujours ? Ce sont des fables qu’enfanta l’antiquité.

L’arrêt qui proscrit les démons et les générations passées, est lancé contre ces enfans pervers. La réprobation sera leur partage.

Chacun sera élevé suivant ses mérites. Chacun recevra la récompense de ses œuvres. Personne ne sera trompé.

Le jour où l’on précipitera les infidèles dans les flammes, on leur dira : Vous avez dissipé vos richesses sur la terre, vous vous êtes enivrés de ses plaisirs, aujourd’hui une peine ignominieuse sera le prix de votre orgueil, de vos excès et de votre impiété.

Souvenez-vous de Hod, quand il alla prêcher le peuple d’Hacaf. Des apôtres l’avaient précédé ; d’autres l’ont suivi. N’adorez qu’un Dieu, répétait-il aux idolâtres ; je crains pour vous le supplice du grand jour.

Prétends-tu, lui répondit-on, abolir le culte de nos divinités ! Envoie-nous les maux dont tu nous menaces, si ta mission est véritable.

La science, répliqua Hod, appartient au Très-Haut ; je remplis mon ministère ; mais je vous vois plongés dans les ténèbres de l’ignorance.

Ils aperçurent un nuage immense qui s’étendait sur leur vallée, et ils le prirent pour le présage de la pluie. Vous vous trompez, leur dit le prophète, ce nuage renferme dans son sein le malheur que vous vouliez hâter. Le vent qui souffle vous apporte un châtiment épouvantable.

Il obéit à l’ordre du ciel, et va tout exterminer. La prédiction s’accomplit. Le matin on ne vit que le lieu qu’ils habitaient. C’est ainsi que nous punissons les scélérats.

Ce peuple jouissait des mêmes avantages que vous. Nous leur avions donnée l’ouïe, la vue, et une âme faite pour sentir. Ces dons leur furent inutiles. Ils nièrent la parole de Dieu, et ils subirent la punition dont ils se moquaient.

Nous avons détruit les villes qui vous environnent, après leur avoir annoncé les merveilles du Seigneur, pour les retirer de leur aveuglement.

Les divinités qu’adoraient ces peuples les ont-elles sauvés ? Au contraire elles se sont dérobées à leurs regards, et il ne leur est resté que le mensonge et le blasphème.

Nous t’envoyâmes quelques-uns des génies[4] pour entendre le Coran. Au commencement de la lecture, ils se dirent les uns aux autres : Écoutons attentivement, et lorsqu’elle fut finie, ils allèrent prêcher leur peuple.

Nous avons entendu, dirent-ils, la doctrine d’un livre venu après Moïse, pour confirmer les écritures ; elle conduit l’homme dans les voies de la vérité et de la justice.

O peuples ! obéissez au prédicateur de Dieu, et croyez en lui ; il vous pardonnera vos péchés, et vous délivrera de la peine terrible.

Celui qui n’écoutera pas le messager de la foi, soumis sur la terre aux vengeances célestes, sans protecteur dans l’autre monde, marchera dans les ténèbres.

Ignorent-ils que Dieu, qui a créé le ciel et la terre sans effort, peut aussi faire revivre les morts ? Sa puissance n’a point de bornes.

Un jour on demandera aux infidèles conduits devant les brasiers : N’est-ce pas là du feu véritable ? C’est du feu, répondront-ils ; nous en prenons Dieu à témoin. Éprouvez donc des tourmens dont vous avez nié la réalité.

Sois patient, comme le furent les apôtres qui t’ont précédé. Ne désire point de hâter le supplice des infidèles. Ils verront l’accomplissement de nos menaces.

Ils ne croiront avoir demeuré qu’une heure dans le tombeau. Je vous atteste cette vérité. Les pervers ne seront-ils pas les seuls dévoués à la réprobation ?


  1. Hacaf signifie proprement des monceaux de sable ; mais dans cet endoit c’est le nom du pays des Adéens.
  2. Abdallah, fils de Salem, fut un des principaux Juifs qui embrassèrent l’islamisme. Mahomet se servait de son exemple pour engager les habitans de la Mecque à se faire musulmans. Maracci.
  3. Gelaleddin et Zamchascar pensent que ce verset a été révélé à l’occasion d’Abu-Becr, qui a l’âge de quarante ans embrassa l’islamisme, et rendit toute sa famille mahométane. Ce fait arriva la seconde année de la mission du Mahomet.
  4. Ces génies habitaient Nisible, l’Arabie Heureuse, ou Nivine. Ils étaient au nombre de sept ou de neuf. Ils écoutèrent Mahomet qui, sous un palmier, lisait le Coran à ses compagnons, au lever de l’aurore. Ces génies professaient le Judaïsme. Gelaleddin.