Correspondance - Lettre du 5 novembre 1918 (Asselin)

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En France, 5 novembre 1918


Mon courrier commence à m’arriver au 87e ; j’aurai donc de vos nouvelles prochainement. J’espère que de votre côté vous recevez régulièrement les lettres que je vous adresse tous les deux ou trois jours : la Censure n’aurait, en somme, aucune raison de les retenir.

Depuis mon arrivée nous ne sommes jamais resté plus de deux jours en place. Nous suivons à petite distance les grands troupes engagées. La ville où nous logeons présentement n’a été, par bonheur, que peu endommagée par le feu bombardement ; le plus grand mal est le pillage systématique dont elle a été auquel les Boches s’y sont livrés. Comme la chose s’était vue ailleurs, les civils se sont tenus dans leurs caves durant l’attaque, pour en ressortir à l’entrée des Anglais ; ils n’ont pas quitté la ville. Mais tandis qu’ailleurs toutes les maisons avaient été, éventrées ou démolies xxx quelques du durant les quelques heures, éventrées ou démolies, ici il y en a encore neuf sur dix qui pourront se réparer. Le Boche résiste, mais il recule ; la confiance des civils est si grande que, sitôt l’ennemi rendu à trois ou quatre kilomètres, et même lorsqu’il serait encore en état de les foudroyer ou de les emprisonner, ils rentrent dans leurs maisons. C’est l’armée qui nourrit cette population, qui autrement n’aurait à manger que les légumes laissés xxxxxxx en terre par les Allemands. Le colonel, trois autres officiers et moi, nous logeons en xxxxxxx ce moment dans la maison d’un négociant en grains et fourrages ; les Allemands ont emporté toute la literie, tous les rideaux, jusqu’à la couverture des matelas. Un ami des maîtres de la maison, qui logeait avec eux, est arrivé hier. Il dit que xxx n’avoir pas mangé de viande, ni beurre, ni lait, depuis trois ans : les Boches prenaient tout pour eux. Nous donnons aux civils un peu de notre viande, et ils nous donnent des légumes. Nous pourrions ainsi manger convenablement ; mais le cuisinier anglais est si bête, qu’il préfère continuer de à nous servir de la viande, des pommes de terre et des confitures pour tout régal : ce régime m’abîme l’intestin.

Hier j’ai visité en compagnie de Meighen une partie de la ville. Dans les jardins d’une vieille église du 13e siècle, les Boches xxx xxx xxx et derrière un monument à Watteau qui est une des belles œuvres de Carpeaux, les Boches avaient installé des latrines pour les soldats. xxxxxxx Notre musique a joué sur la place de l’Hôtel de Ville ; les civils dansaient de joie.

À part l’affection très prosaïque due au régime alimentaire, la santé va très bien. Mon ordonnance est très dévoué ; mes affaires sont toujours sèches.

Le bataillon Notre division sera probablement relevée d’ici à deux jours. Nous resterons alors en arrière pour deux ou trois semaines. Ensuite nous retournerons au feu, et cette fois j’aurai le commandement de la compagnie.

Tu pourras conserver les affiches allemandes pour que je t’envoie ; nous les lirons ensemble après la guerre. Je t’enverrai une gourde allemande pour Jean ; des boutons en nombre suffisant pour en garnir un habillement à Pierre ; une tasse en aluminium pour Paul. Embrasse-les pour moi. Ton mari qui t’aime. — Olivar


Asselin - 1918-11-05 - 06M CLG72B1 26 14 Lettre 5-11-1918.djvu

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