Correspondance 1812-1876, 4/1862/DXXI

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DXXI

À SON ALTESSE LE PRINCE NAPOLÉON (JÉRÔME),
À PARIS


Nohant, 14 décembre 1862.


Merci à vous, cher prince, pour la brochure que vous avez bien voulu me faire envoyer. J’ai été un peu malade ces jours derniers. Je n’ai pu la lire que cette nuit ; tous ces documents sont très frappants et de la plus grande utilité. Espérons qu’ils ajouteront leur poids à la somme de réflexions que le public et le gouvernement devraient faire un peu moins longues ou un peu moins indifférentes au salut de l’Italie et de la France.

Devant l’envahissement du pouvoir clérical, il me semble que la France est encore plus menacée que l’Italie. Est-ce une finesse de l’empereur pour laisser constituer chez nous une Église gallicane pendant que celle de Rome tomberait ? Le jeu serait habile, mais périlleux. Le prêtre peut bien ruser au plus fin, gallican ou non, et je ne vois pas ce que l’honneur français gagne à remporter ce genre de victoires.

Vous avez fait encore des vôtres, monseigneur ! Vous avez couru, cette année, la terre et la mer toujours avec des risques, des gros temps et des aventures. Vous aimez cela, c’est bien, et on me dit que la princesse Clotilde est aussi brave que vous. On me dit aussi que votre fils devient superbe. Voilà des éléments de bonheur domestique.

Mais êtes-vous rassuré sur nos publiques affaires ? Il me semble que la vie, à force d’être lente, s’éteint sous la cendre, aussi bien dans les masses que sur les trônes.

Tout mon petit nid vous envoie des respects pleins d’affection et de dévouement. Maurice est touché de votre bon souvenir à l’endroit de la brochure. Il se dispose à aller passer quelques jours dans le Midi chez son père ; après quoi, il ira à Paris avec sa chère et parfaite petite femme. Moi, je ne sais quand je sortirai de mon encrier pour respirer un peu ; ce que je sais, c’est que je vous aime toujours de tout mon cœur et qu’il me tarde bien de vous revoir.

GEORGE SAND.