Correspondance 1812-1876, 6/1873/DCCCLXXXVI

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 271-272).


DCCCLXXXVI

À M. CHARLES PONCY, À TOULON


Nohant, 2 janvier 1873.


Cher enfant,

Merci de vos jolis vers et de votre bon souvenir. Je vois que Charlotte est maintenant le soleil qui luit pour vous. Je le savais, que l’arrivée d’un petit ange dans votre maison vous ferait enfin comprendre qu’il faut marier ses enfants pour leur bonheur et pour le nôtre.

Ici, tout va bien. Après beaucoup de pluie, nous avons un temps magnifique presque tous les jours, un vrai printemps. Les fleurs s’y trompent et s’ouvrent avant leur saison. Vous me direz qu’elles le payeront cher. C’est possible ; mais il ne faut pas mépriser les dons du présent par crainte de l’avenir.

Certes, la politique nous promet encore bien des déceptions et des désastres. Mais qui sait s’il ne sortira pas une vérité de tous ces conflits ?

Nos petites grandissent : Aurore est déjà une personne et une société charmantes. Elle accapare toute mon existence à son profit, et c’est là mon bonheur le plus soutenu et le plus intense.

Solange nous est arrivée en plein Noël. Elle nous dit que votre Charlotte est ravissante. Maurice fait mille folies pour amuser ses filles, qui l’adorent ; ce qui ne l’empêche pas de piocher toujours comme un nègre l’histoire naturelle. Lina est toujours la perle de la maison. Toutes les qualités et toutes les grâces !

Moi, je me porte bien, et vieillis sans trop de fatigue.

Je vous souhaite toutes les joies de notre foyer, pour cette année et pour les autres.

Mille tendresses à la jeune mère et un baiser à l’enfant.

G. SAND.