Correspondance 1812-1876, 6/1872/DCCCLXXXV

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 270-271).


DCCCLXXXV

À M. CHARLES-EDMOND, À PARIS


Nohant, 11 décembre 1872.


Cher ami,

Je ne vous ai pas dit tout de suite que j’étais heureuse du succès de votre gentil Fantôme, vous le saviez bien, et, quant aux trois lignes de ma collaboration, n’en parlez donc à personne[1].

C’est comme si j’avais mis une épingle à la coiffure d’une dame, ou comme si j’avais recousu un bouton à votre manchette.

Nous attendrons donc, pour La Quintinie, des temps meilleurs ou plus explicites ; car on ne sait où l’on va. Tâchez que l’on songe à Mauprat. — Bien ! je m’aperçois que Lolo a pris la moitié de mon papier pendant que j’avais le dos tourné, et qu’elle n’avait pas les mains bien propres ! C’est Lolo, il faut tout pardonner. Elle est dans une rage de mythologie, elle coupe et colle des casques de papier, pour faire de sa poupée une Minerve ; elle sait tous les dieux de l’Olympe sur le bout de son doigt et pourrait vous raconter l’Iliade. En revanche, elle n’aime pas la Bible et déclare que Jéhovah est très méchant et très bête. N’a-t-elle pas raison ?

Elle compte sur vous à Noël et vous écrira pour vous le dire ; moi, je vous le répète, et je serai fâchée si vous ne venez pas. Je vois que vous êtes tout ennuyé et tout navré. Il faut secouer et oublier pendant quelques jours. Au revoir donc, cher ami. Toutes les tendresses de chez nous.

G. SAND.

La combinaison de faire jouer à l’étranger avant Paris ne me sourit pas. Dieu sait quelles coupures bêtes on ferait, et comment ce serait joué ! Je crains d’avoir, pour peu d’argent, beaucoup de désagréments.

  1. Le Fantôme rose.