Correspondance 1812-1876, 4/1856/CDV

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CDV

À M. CHARLES DUVERNET, À LA CHÂTRE


Nohant, novembre 1856.


L’empreinte n’est pas assez nette ou le cachet est trop usé pour qu’il soit possible de le décrire avec certitude. Voici ce que je crois y voir :

Deux écussons d’argent accolés sous une couronne de comte.

Écusson dextre :

D’argent au lion léopardé (c’est-à-dire qui marche), soutenant un écussonnet où paraît un agneau passant (c’est-à-dire marchant) sur une plaine ou champagne. Cet écusson est d’enquerre, c’est-à-dire métal sur métal, ce qui est peu usité. La champagne est un meuble rare en armoiries. La position de l’écussonnet et sa forme sont aussi très insolites. Ces armes pourraient bien être de fantaisie.

L’écusson senestre (gauche) rentre dans les choses connues et logiques.

Chevron de gueules (c’est-à-dire de pourpre) sur champ d’argent, accompagné de trois roses tigées et feuillées, et surmonté en chef d’un meuble qui paraît être un soleil, dit soleil de midi, parce qu’il est en haut et au milieu de l’écu.

La couronne de comte ne signifie rien. Il paraît qu’au XVIIIe siècle, tout le monde se la lâchait ; car mon grand-père Dupin, qui n’avait aucun titre, se la payait aussi sur ses trois coquilles d’argent en champ d’azur. — Mais le chevron est une marque, de très ancienne noblesse. Il fait partie de ce que l’on appelle, en blason, les pièces honorables. Il désigne soit un étrier, soit une barrière de tournoi ; on n’est pas d’accord sur ce point important, mais il est indice de chevalerie.

Si ce que j’appelle l’écussonnet de l’écusson dextre était un gros besant, ce qui est possible, ce serait un souvenir des croisades. Les besants (corruption de bysantins) étaient des pièces de monnaie de Constantinople. On les voit bien souvent dans les armoiries, mais beaucoup plus petits que ton écussonnet. Si cet écussonnet était un besant, il faudrait dire : besant brochant sur le tout, et agneau passant sur le tout du tout.

J’espère que voilà une érudition et une science ! ça ne coûte pas cher et ça s’oublie, Dieu merci, aussi vite que ça s’apprend.

Mille tendresses et embrassades à Eugénie. À bientôt.