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Correspondance 1812-1876, 5/1868/DCLXV

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DCLXV

À LA MÊME


Nohant, 15 mars 1868.


Chère fille,

Nous quittions Bruyères, près Cannes, le lendemain du jour où j’ai été en vain frapper deux fois à votre porte. Nous passions trois jours à Toulon, où nous avions donné rendez-vous à de vieux amis et nous ne nous pressions pas trop de revenir, Lina nous écrivant de ne pas nous inquiéter, qu’elle en avait encore pour un grand mois. Elle se trompait ! Comme nous étions en route pour Paris, elle mettait au monde une belle petite fille. En arrivant rue des Feuillantines, nous trouvons une lettre dictée par elle, où elle nous dit, tranquillement : « Je suis accouchée cette nuit et je me porte très bien. »

Sans déballer, nous repartons, et, nous voilà ici, trouvant la besogne faite sans nous, l’enfant bien à terme, superbe ; la petite mère, qui n’a souffert que deux heures, fraîche comme une rose et un appétit florissant. Aurore en extase devant sa petite sœur, dont elle baise les menottes et les petits pieds.

Nous sommes donc heureux et je me dépêche de vous le dire ; car vous vous réjouirez avec nous, chère fille. Tendresses de Lina et de Maurice. Guérissez vite tout à fait pour venir voir tout ce cher monde qui vous aime ou vous aimera.

G. SAND.

J’embrasse Émilie[1]. Je ne la savais pas avec vous, Henriette ne me l’avait pas dit.

  1. Madame Émilie Guyon.