Correspondance 1812-1876, 5/1868/DCLXXVI

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


DCLXXVI

À MADAME PAULINE VILLOT, À PARIS


Nohant, août 1868.


Merci, chère bonne cousine, pour l’amitié avec laquelle vous me jugez. Je ne mérite pas l’éloge, mais je mérite l’amitié ; oui, car je sais vous apprécier et vous aimer.

Mon cher monde va bien. Gabrielle prend un regard d’une expression très caressante. Lolo parle souvent de sa cousine Villot.

Elle n’oublie pas, mais elle persiste dans ses idées de propriété sur Fadet[1]. Elle est néanmoins très bonne et très aimante pour son âge, et, chaque jour, elle fait un progrès extraordinaire. Cela m’effraye bien un peu ; je n’ose penser à ce que je deviendrais s’il fallait encore perdre cet enfant-là ; toute ma philosophie échoue !

N’y pensons pas ; je m’étais juré de ne plus trop aimer, c’est impossible. La passion me domine encore dans la fibre maternelle. Heureux ceux qui aiment faiblement !

Mais je ne veux pas vous attrister, vous brisée aussi ; nous sommes très heureux ; tout va bien, et il me prend des terreurs. C’est injuste et lâche.

Dites-moi ce que vous faites, et si vous trouvez quelque part un peu de fraîcheur. Ici, la zone torride recommence ; mais nous aimons tant le chaud, que nous ne voulons pas en sentir l’excès.

Dites nos tendresses à Frédéric, et recevez-les toutes aussi.

G. SAND.

  1. Le chien légendaire de Nohant.