Correspondance 1812-1876, 5/1869/DCC

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DCC

AU MÊME


Nohant, 15 août 1869.


Mon cher enfant,

Qu’est-ce que tu deviens ? Il y a plusieurs jours que tu n’as donné de tes nouvelles.

Ici, on va toujours bien et on t’aime. Dis-nous si tes affaires vont à souhait, si tu t’amuses et si tu nous aimes toujours.

G. SAND.


P.-S. Moi, j’ai repris mon herbier, de fond en comble. Quel travail ! Il y a huit jours que j’y suis plongée, du matin au soir. J’ai pris pour domestique mon élève le clairon des pompiers. Je lui ai demandé s’il était propre.

— Très propre, madame ; personne n’est aussi propre que moi.

— Es-tu intelligent ?

— Très intelligent, madame ; personne n’est aussi intelligent que moi.

— Et raisonnable ?

— Très raisonnable, madame ; personne, etc.

Il a répondu ainsi a toutes les questions ; j’ai fini par lui demander s’il était modeste.

— Très modeste, madame ; personne n’est plus modeste que moi.

Voyant qu’il avait toutes les perfections, je l’ai pris pour laver Fadet, et il fait les choses avec tant de conscience, qu’il se met dans la fosse avec lui jusqu’au menton. C’est un vrai Jocrisse, mais si bon garçon et si zélé, que nous le garderons. Je lui ai appris la musique l’année dernière ; je vais lui apprendre à lire.