Correspondance 1812-1876, 5/1869/DCXCVII

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


DCXCVII

À M. CHARLES-EDMOND, À PARIS


Nohant, 20 avril 1869.


Cher ami,

Pour le moment, je suis éreintée : j’ai dépassé mes forces, et mes soixante-cinq printemps me rappellent à l’ordre. Ce ne sera pas tout de suite que je pourrai écrire ou lire une ligne, même de Victor Hugo ! et je vais me reposer à Paris en courant du matin au soir ! Si on peut m’attendre, je ferai tout mon possible pour ne pas arriver trop tard. Ce qu’il y a de certain, c’est que je prends acte de la sommation du Temps, et je ne m’engagerai pas ailleurs.

Certes le Temps est un journal qui se respecte et se fait respecter, et, de plus, M. Nefftzer est un des êtres les plus sympathiques qu’on puisse rencontrer. Je ne sais pas comment je n’ai jamais rien écrit dans sa maison. C’est que je n’écris plus. Ce gagne-pain éternel, le roman à perpétuité m’absorbe et me commande. — À propos, reprochez-lui de ne plus m’envoyer le Temps. Je n’étais pas indigne de le recevoir. On me l’a supprimé.

Maurice vous remercie de votre bon souvenir. Il vient de faire un triste voyage à Milan pour voir mourir notre pauvre Calamatta. Sa petite femme a été bien éprouvée. Enfin, on se calme. Ils ont deux fillettes si charmantes ! La grâce, la douceur, l’intelligence de l’aînée sont incroyables pour son âge.

À bientôt, cher ami. N’oubliez pas qu’à Paris, je demeure rue Gay Lussac 5, bien près de vous.

G. SAND.