Correspondance 1812-1876, 6/1870/DCCLXXI

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 51-52).


DCCLXXI

À M. EDME SIMONNET, À NEVERS


Nohant, 7 décembre 1870.


Nous venons de recevoir ta lettre, mon enfant. Je vois que, pour toi, ça ne va pas trop mal, et je suis sûre que cette vie nouvelle va retremper ton corps et ton esprit. Ayons l’espoir que tant de sacrifices et de dévouements nous sauveront. S’ils ne nous amènent pas à une paix honorable, ils auront racheté notre honneur à tous : celui des mères, comme celui des enfants. Tu étais exempté, tu as fait preuve de grand cœur, et, malgré l’affreux chagrin de te quitter, nous avons dit : « C’est bien ! » et nous avons accepté cette douleur, qui te profitera.

Tout le monde va bien ici. On gèle au coin du feu. Aussi, quand on pense à vous autres, on se désole ; on se reproche le pain qu’on mange et le bois qu’on brûle.

Je ne manquerai pas d’écrire au général Vergne, quand vous serez fixés quelque part. On me dit qu’il est à Tours en ce moment. Je voudrais porter ta lettre à ta mère. Mais la route est si mauvaise, que les chevaux ne tiennent pas.

Aurore a écouté très sérieusement la lecture de ta lettre. Elle dit qu’il faut te bien embrasser pour elle.

Nous t’aimons tendrement.

Ta tante,
G. SAND.