Correspondance 1812-1876, 6/1870/DCCXXXVII(2)

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 1-2).


DCCXXXVII

À M. EDMOND PLAUCHUT, À PARIS


Nohant, 14 juillet 1870.


Si ce bel enthousiasme est sincère, Paris est fou. Je comprends le chauvinisme quand il s’agit de délivrer un peuple, comme la Pologne ou l’Italie ; mais, entre la France et la Prusse, il n’y a, en ce moment, qu’une question d’amour-propre, à savoir qui aura le meilleur fusil. L’honneur de la France n’est nullement engagé dans la question diplomatique ; c’est donc, selon moi, et j’en jurerais, la police qui chante la Marseillaise dans vos rues, et les badauds suivent.

Je ne suis pas dupe non plus de tes préoccupations politiques, beau sire ! tu cours le guilledou, et rien de plus. C’est bien si ça te plaît ; mais n’en prends pas trop, amuse-toi vite et reviens vite. On ne se passe pas de toi comme ça. Lolo est devenue toute rouge à l’article de ta lettre (chocolat), et elle a dit : « C’est Plauchut qui a écrit ça ! »

Nous avons toujours même sécheresse, malgré nuages et tonnerre. Encore une semaine sans pluie et nous n’aurons plus d’eau à boire.

Je pense que vous n’avez pas souffert en route, puisque ni Juliette ni toi ne me parlez du voyage. Le charmant père Séchan n’aura pas été fatigué, j’espère. Dis-moi où tu vas aller décidément, et arrange tout pour revenir bientôt ; car j’ai dans l’idée que l’automne va se faire pendant l’été et qu’il fera bon et frais. Nous pourrions courir et tu t’ennuyerais moins. Bonsoir, mon gros enfant, nous t’adorons toujours. Amitiés des jeunes gens.

Titite, grâce à toi, a appris à dire cho-co-lat ! avec une grande exclamation.