Correspondance 1812-1876, 6/1871/DCCLXXXIX

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 89-91).


DCCLXXXIX

À M. EDMOND PLAUCHUT, À PARIS


Nohant, 12 février 1871.


Lina est enchantée de savoir que son envoi est bien arrivé. Dès qu’elle a su que tu ne venais pas tout de suite, elle a écouté le vœu de Lolo et saisi une occasion qui se présentait. As-tu trouvé les perdrix dans le ventre du dindon ? as-tu repris le tien, de ventre ? Avec quelle impatience nous t’attendons pour être bien sûrs qu’on ne nous a pas changé notre Plauchut !

Ta Lolo te demande tous les jours. Elle est grande et fraîche, Titite est devenue grasse et vermeille aussi.

Nos Lambert sont ici et rouvriront le théâtre Balandard pour ton arrivée.

Madame Pessy a passé l’hiver en Bourgogne, au milieu des Prussiens, sans en voir un seul. Je reçois de tous côtés des nouvelles de gens qui se sont trouvés bloqués et qui n’ont pas aperçu l’ennemi. — Je reçois aujourd’hui une lettre de Juliette, arrivée à Bruyères dans son état d’exaltation habituelle. Adam est assez abîmé[1] ; mais je ne crois pas qu’il ait eu le bras cassé, car il repartait pour bordeaux le jour même de l’arrivée de Juliette, et elle ne parlait pas de l’y suivre tout de suite. Ah oui ! tu as eu une fière chance de ne pas être avec lui ! — Et d’avoir retrouvé tes affaires en ordre ! — Tu auras bientôt, j’espère, celle de revoir ton petit colonel. Comme il me tarde de t’embrasser ! Est-ce que tu veux attendre que les Prussiens défilent devant tes fenêtres ? J’aimerais bien mieux te tenir ici ; qui sait ce qui peut arriver ! Il y a tant d’exaltés à Paris ! — Tu nous retrouveras bien raisonnables, nous autres ; nous avons eu le douloureux loisir de juger et le malheur de savoir. Nous allons maintenant à un apaisement qu’il faudra peut-être acheter par des crises douloureuses. Espérons que le pire est passé. Je te remercie des soins que tu prends de mes nécessiteux et de mes bibelots. Tu es bon comme un ange, tu penses à tout et tu vaux mieux que tout le monde.

Je te recommande de ne pas partir sans toucher pour moi chez Boutet et chez Aucante ce qu’ils auront à te remettre. Je leur ai écrit ; tu leur donneras un reçu. Ils doivent aussi m’envoyer des comptes. Si Harrisse partait avant toi, tu lui remettrais l’argent et les papiers.

Bonsoir, mon bon et cher enfant. À bientôt, n’est-ce pas ? Nous t’embrassons tous à qui mieux mieux.

G. S.

  1. M. Edmond Adam avait été blessé dans un déraillement de chemin de fer, en allant rejoindre sa femme au golfe Jouan.