Correspondance 1812-1876, 6/1875/CMXLIII

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Texte établi par Calmann-Lévy,  (Correspondance Tome 6 : 1870-1876p. 359-360).


CMXLIII

À M. ÉDOUARD CHARTON, SÉNATEUR, À PARIS


Nohant, 12 octobre 1875.


Elle est charmante, votre petite fille. Elle est à peu près de l’âge de mon aînée. La mienne est une forte paysanne, franche et bonne. La vôtre est candide et spirituelle. Nous sommes très heureux de voir pousser ces enfants-là, n’est-ce pas ? Moi, je n’ai plus d’autre but dans la vie que de me dévouer à ces chers êtres. Ils sont tout pour moi.

Merci pour la bonne promesse que vous nous faites. Le Magasin pittoresque nous sera plus agréable venant de vous. Ne dites pas que vous n’avez rien fait de bon : vous avez versé une somme énorme d’instruction dans le courant civilisateur. Qui peut se vanter d’avoir aussi bien rempli sa tâche et honoré sa vie ?

Nous ne nous voyons guère. Je ne vais à Paris que rarement et pour quelques jours ; j’ai à peine le temps d’y voir mes amis : j’y tombe malade tout de suite depuis quelques années et je reviens toujours au bercail clopin-clopant. Vous êtes bien plus jeune que moi ; vous devriez venir me voir à Nohant, quand vous avez un peu de liberté et quand il fait beau. Je n’ai plus beaucoup d’années à vivre. Il faudra me donner cette satisfaction.

À vous de cœur, cher excellent ami, et merci encore.

G. SAND.