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Correspondance de Gustave Flaubert/Tome 5/0877

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Louis Conard (Volume 5p. 248-249).

877. À GEORGE SAND.
[Croisset] samedi matin [17 novembre 1866].

Ne vous tourmentez pas pour les renseignements relatifs aux journaux. Ça occupera peu de place dans mon livre et j’ai le temps d’attendre. Mais quand vous n’aurez rien à faire, jetez-moi sur un papier quelconque ce que vous vous rappelez de 48. Puis, vous me développerez cela en causant. Je ne vous demande pas de la copie, bien entendu, mais de recueillir un peu vos souvenirs personnels.

Connaissez-vous une actrice de l’Odéon qui a joué Macduff dans Macbeth, Duguéret ? Elle voudrait bien avoir dans Mont-Revêche le rôle de Nathalie. Elle vous sera recommandée par Girardin, Dumas et moi. Je l’ai vue hier dans Faustine, où elle a montré du chien. Vous êtes donc prévenue ; à vous de prendre vos mesures. Mon opinion est qu’elle a de l’intelligence et qu’on en peut tirer parti.

Si votre petit ingénieur a fait un vœu, et que ce vœu-là ne lui coûte pas, il a raison de le tenir ; sinon, c’est une pure niaiserie, entre nous. Où la liberté existera-t-elle, si ce n’est dans la passion ?

Eh bien, non ! De mon temps, nous ne faisions pas de vœux pareils et on était amoureux ! et crânement ! Mais tout s’associait dans un large éclectisme, et si l’on s’écartait des dames, c’était par orgueil, par défi envers soi-même, comme tour de force. Enfin, nous étions des romantiques rouges, d’un ridicule accompli, mais d’une efflorescence complète. Le peu de bon qui me reste vient de ce temps-là !