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Correspondance de Gustave Flaubert/Tome 8-9/1789

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Louis Conard (Volume 8p. 185-186).

1789. À MADAME BRAINNE.
[Croisset, janvier 1879, avant le 25].
(Fragment)

[…] Quant à une place, à une fonction, ma chère amie, jamais ! jamais ! jamais ! J’en ai refusé [une] que m’offrait mon ami Bardoux. C’est comme la croix d’officier dont il voulait mêmement me faire cadeau.

En mettant les choses au pire, on peut vivre dans une auberge avec 1 500 francs par an. C’est ce que je ferai, plutôt que de toucher un centime du Budget.

Ignorez-vous cette maxime (qui est de moi) : « Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit. » Et d’ailleurs, est-ce que je suis capable de remplir une place, quelle qu’elle soit ? Dès le lendemain je me ferais flanquer à la porte pour insolence et insubordination. Le malheur ne me tourne pas à la souplesse, au contraire ! Je suis, plus que jamais, d’un idéalisme frénétique et résolu à crever de faim et de rage plutôt que de faire la moindre concession.

J’ai été bien avachi pendant quelques jours, mais je me remonte et je travaille. C’est l’important, après tout.

Votre bonne volonté à mon endroit m’a attendri, ma pauvre chère belle ; mais, je vous en prie, n’y pensez plus. N’importe, je vous remercie de la proposition comme d’un présent. […]