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Correspondance de Victor Hugo/1848

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(tome 1p. 635-646).
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1848.


À Charles de Lacretelle[1].


Je lis votre livre avec bonheur[2], mon vénérable ami ; c’est avec joie que je sors de ma pensée pour entrer dans la vôtre. On respire dans tout ce grand ouvrage que vous nous donnez un parfum d’honnêteté, de vertu et de douceur. Cela mêlé à la hauteur des vues et à la dignité sereine des idées. Quelquefois je vous trouve un peu plus que sévère pour le grand empereur, je suis de ceux qui, toutes restrictions faites et acceptées, admirent pleinement et définitivement Napoléon, je le renvoie du jugement de l’histoire absous et couronné. Ce qu’on lui reproche est de l’homme ; le reste est de l’archange et du géant.

J’ai trouvé Lamartine (et je le lui ai dit) pas assez sévère pour Robespierre, et je vous trouve (parfois) trop sévère pour Bonaparte ; et puis je vous aime et je vous relis tous les deux.

Je vous serre la main. Ev imo.

Victor Hugo.
3 janvier [1848].

Mettez mes plus tendres respects aux pieds de votre chère et admirable femme[3].


À Lamartine[4].


Cher et illustre ami,

J’étais allé vous saluer sur la place publique pendant que vous veniez chez moi me serrer la main.

Ce serrement de main, je vous l’envoie.

Vous faites de grandes choses. L’abolition de la peine de mort, cette haute leçon donnée par une république née hier aux vieilles monarchies séculaires, est un fait sublime. Je bats des mains et j’applaudis du fond du cœur.

Vous avez le génie du poëte, le génie de l’écrivain, le génie de l’orateur, la sagesse et le courage. Vous êtes un grand homme.

Je vous admire et je vous aime[5].

Dimanche soir[6].
À Ulric Güttinguer.


Paris, 15 mars 1848.

Cher Ulric, nos cœurs se comprennent à travers l’absence, et nos mains se serrent à travers l’espace.

Espérons, confions-nous. Le ciel est noir, mais il redeviendra rose. Comment douter du dénouement ? Il sera évidemment bon pour le genre humain tout entier ; espérons ! c’est Dieu qui fait la pièce et c’est la France qui joue le rôle.

Je vous envie vos arbres, votre mer et votre esprit.

Aimez-moi !

Victor[7].


À Madame Dorval.


22 mai 1848.

Je sais, madame, l’affreuse douleur qui vous frappe[8], je l’ai dit à ma femme qui a pleuré. Tous les jours, je veux aller vous voir, mais je suis dans un tourbillon. Ce serait une douceur pour moi de vous serrer la main. Je comprends à quel point la souffrance est poignante pour une femme de votre cœur et de votre génie ; toute consolation est inutile, hélas ! pourtant songez à Dieu et regardez dans le ciel. J’ai là un ange que j’y revois, vous y reverrez le vôtre.

Je mets ma douloureuse sympathie à vos pieds.

Victor Hugo[9].


À Paul Meurice[10].

Cher poëte, je ne vous vois plus, on me dit que vous êtes malade, et moi qui vous lisais tout à l’heure, jamais je ne vous ai trouvé mieux portant. Avec quelle admirable verve vous avez fouaillé ce sauvage qui s’appelle je ne sais plus comment ! Comme vous avez vengé l’art, la poésie, la pensée ! Ô poëte, vous êtes à la fois courageux et charmant. Je vous serre les deux mains. Mais rétablissez-vous vite et venez voir vos amis de la place des Vosges[11]. Je dis à tout le monde que c’est vous qui m’avez nommé[12].

Voluisti, populus fecit.

Victor H.[13]
Jeudi soir [8 juin 1848].


À Lamartine.


27 mai [1848].
Mon illustre ami,

Vous avez été pour mon fils ce que j’eusse été pour le vôtre. Vous l’avez spontanément appelé près de vous, vous lui avez donné place dans votre cabinet, et vous l’avez comblé de toutes les bontés de votre grande âme. Je vous en remercie du fond du cœur. Ce moment de sa jeunesse où il vous a approché sera l’orgueil de sa vie.

En quittant le ministère[14], vous m’avez fait offrir d’attacher mon fils à la légation du Brésil. Aujourd’hui j’apprends que l’exécution de votre désir rencontre un obstacle inattendu et que M. Bastide[15], le ministre des Affaires étrangères, éprouve des scrupules démocratiques et patriotiques à mon occasion et discute mon nom. Permettez-moi de donner à cette hésitation la seule fin qui convienne. J’écris aujourd’hui à M. le ministre des Affaires étrangères pour le prier de ne point nommer mon fils.

Mon fils renvoie en même temps au ministre sa nomination d’aspirant diplomatique. Il en conservera ce qu’elle avait de plus précieux pour lui, le souvenir de l’avoir reçue de vous.

Je vous serre la main, cher Lamartine, et je vous renouvelle les effusions

de mon admiration profonde et de ma vieille amitié[16].
À M. Louis Noël,
Régent de philosophie an collège de Saint-Omer[17].


Que votre cœur ne doute jamais de moi ; notre vieille amitié, vous le savez, m’est chère et sacrée. Ce mot de vous qui m’arrive, me charme, et il me semble en le lisant que je sens votre main serrer la mienne.

Je vous écris de l’Assemblée même, au milieu du tumulte, des cris, des gestes et des paroles et de ce petit tocsin qu’on appelle la cloche du Président ; dans ce chaos qui m’enveloppe, votre pensée m’est douce et sereine.

Je vous envoie la mienne pour vous remercier.

Truly.

Victor H.[18]
14 juin [1848].


À Madame Victor Hugo.


[24 juin 1848.]
De l’Assemblée, 8 heures du matin.

Chère amie, j’ai passé la nuit à l’Assemblée, à la disposition des événements. Ce matin, à six heures, j’ai essayé d’aller te retrouver et vous embrasser tous place Royale. J’ai pu parvenir par le quai, à travers quelques fusillades, jusqu’à l’Hôtel de Ville. J’ai parlé au général Duvivier[19] et j’ai poussé jusqu’à l’entrée de la rue Saint-Antoine. Là, place Baudoyer, il y avait des barricades gardées par la ligne. On se tiraillait. Les officiers m’ont supplié de ne pas aller plus loin, et un représentant qui est survenu m’a fait remarquer qu’en passant outre je risquais de tomber au pouvoir des insurgés[20] qui me garderaient peut-être comme otage, ce qui embarrasserait l’Assemblée. Je me suis retiré, le cœur navré, et bien inquiet sur ma pauvre place Royale. Tous les gardes nationaux, et un professeur de Charlemagne qui était dans la barricade, m’ont assuré pourtant que la place Royale était toujours tranquille. J’espère que, d’ici à ce soir, le passage sera libre et que vous me reverrez tous ; ma pensée est avec vous.

Quelle affreuse chose ! et qu’il est triste de songer que tout ce sang qui coule des deux côtés est du sang brave et généreux ! Dis à notre Charles qu’il ne s’expose pas trop. Qu’il fasse son devoir comme je fais le mien, mais qu’il évite les imprudences.

Nous sommes en permanence, l’Assemblée va rentrer en séance dans quelques minutes.


À Madame Victor Hugo.


25 juin. Neuf heures moins un quart.

Voici les nouvelles. Situation grave. La lutte recommencera aujourd’hui plus vive qu’hier. Les insurgés ont grossi. Des légions de la banlieue et des régiments nouveaux sont arrivés. Toutes les gardes nationales, dans un rayon de soixante lieues, s’ébranlent et viennent défendre Paris.

On pense cependant que la journée d’aujourd’hui finira tout. Mais quelle triste fin que tant de braves gens tués des deux côtés !

Bixio[21] a été frappé hier d’une balle à la poitrine et Dornès[22] d’une balle dans l’aine. Tous deux se meurent. Clément Thomas[23] et Bedeau[24] sont blessés. Et puis tant de braves gardes nationaux ! Et ces pauvres ouvriers égarés ! Nous venons de décréter que la République adopte les veuves et les orphelins.

Chère amie, sois tranquille. Tout ira bien. Tranquillise ma Dédé. Je vous

embrasse tous avec le cœur serré.
À Madame Victor Hugo.


[26 juin 1848][25].

Chère amie, je suis dans d’affreuses anxiétés. Où êtes-vous ? que devenez-vous ? Depuis deux jours, je rôde jour et nuit autour du quartier sans pouvoir y pénétrer. J’ai le cœur déchiré. Écris-moi un mot, dis-moi que vous êtes tous en sûreté et que vous allez tous bien. Je ne vis pas. Donne-moi des nouvelles détaillées de vous tous.

Je suis ici depuis vingt-quatre heures avec un mandat d’ordre, de paix et de conciliation. Dieu nous aide et nous aidera. La France sera sauvée.

Surtout, sois tranquille sur moi. Je vais bien, quoique épuisé de fatigue.


À Monsieur Charles de Lacretelle.


De l’Assemblée, 1er juillet 1848.

Nous sommes tous sains et saufs, mon vénérable et cher ami ; Dieu n’a pas voulu de moi, car j’offrais ma vie avec joie pour arrêter cette funeste effusion du sang français.

Je vous écris à la hâte dans ce tourbillon qu’on appelle l’Assemblée. Ma femme embrasse tendrement la vôtre. Nous déménageons aujourd’hui. Écrivez-moi désormais, 5, rue d’Isly.

Je vous serre tendrement les deux mains.


À Alphonse Karr.


3 juillet 1848.

Vous avez su par les journaux, mon cher ami, l’invasion de ma maison par les insurgés, je leur dois cette justice et je la leur rends volontiers, qu’ils ont tout respecté chez moi : ils en sont sortis comme ils y étaient entrés. Seulement un dossier de pétitions qui était sur une table dans mon cabinet a disparu, et je n’ai pu le retrouver ; ce dossier contenait entre autres la pétition des habitants du Havre que je m’étais chargé de déposer sur le bureau de l’Assemblée nationale.

... Cette pétition portait, à ma connaissance, cinq mille signatures.

Je vous serre la main et suis à vous du fond du cœur.

Victor Hugo[26].
À Ulric Güttinguer.


À l’Assemblée, 10 juillet 1848.

Cher Ulric, nous sommes hors du combat, mais nous sommes toujours dans le tumulte. Je pense à vous qui êtes au milieu des arbres et des fleurs et je vous écris. Vous voyez les orages de la mer, moi j’en vois d’autres et je vous envie. Prenons courage pourtant. Il est impossible que la civilisation s’écroule, mais il faut que l’humanité s’aide. Dieu sera pour la France, mais il faut que la France soit pour Dieu. Ayons la foi, nous aurons la force. La plaie est saignante et profonde, mais qui peut donc dire au médecin suprême : tu ne la guériras pas.

Quant à moi, j’espère. J’espérais, dans les journées de juin, sous une pluie de balles ; j’espérais, sachant ma famille au pouvoir des insurgés, je comptais sur Dieu, j’avais une ferme foi, pas une balle ne m’a atteint, pas un des miens ne m’a manqué.

Cher poëte, cher penseur, ce n’est pas à vous qu’il faut enseigner la bienveillance, l’amour et la foi. Ce sont vos leçons que je vous renvoie. Oui, les nouveaux doctrinaires du pillage et du vol sont exécrables, mais le peuple est bon. Il y a toujours en lui quelque chose de Dieu.

Oh ! que je voudrais être près de vous, au milieu de la nature, avec ma famille, avec la vôtre ! Hélas ! je tourne ici la meule fatale des révolutions. Je serai peut-être un des premiers qu’elle broiera, mais je veux qu’elle broie un cœur plein de confiance et d’amour.

Je vous serre les deux mains et je vous aime.

V.


À MM. Colfavru et J.-E. Bérard[27]
à la Conciergerie.


Messieurs,

Votre remerciement me touche, mais je n’ai fait que mon devoir. Défendre la liberté, c’est défendre l’ordre et la constitution. Permettez-moi de vous remercier encore en même temps de n’avoir point douté de moi et d’avoir pensé que je resterais toujours fidèle aux idées et aux principes. Je ne sais même plus si vous m’avez jamais attaqué. Vous souffrez, cela me suffit. Hier je vous combattais, aujourd’hui je vous défends. Dans le malheur et sous les verrous je ne me connais plus d’ennemis, je ne me connais même plus d’adversaires ; j’ouvre les bras et je tends la main.

Je ne sais trop comment vous faire parvenir cette lettre, je la confie au hasard qui est parfois bienveillant.

Recevez, messieurs, l’assurance de mes sentiments de cordialité.

V. H.[28]
10 août 1848.


À Monsieur l’abbé J.-H.-R. Prompsault,
chapelain des Quinze-Vingts[29].

Comptez, monsieur l’abbé, sur tout mon concours. Je m’associerai de grand cœur aux réclamations de MM. les évêques de Langres et d’Orléans en faveur des pauvres aveugles des Quinze-Vingts. Je suis bien touché des détails que vous m’envoyez, et je me mets à la disposition de MM. les évêques, mes collègues.

Recevez, monsieur l’abbé, la nouvelle assurance de mes sentiments très distingués.

Victor Hugo[30].
30 août [1848].


À M. Trouvé-Chauvel[31].


23 septembre 1848.

Monsieur le préfet et cher collègue, il y a dans vos bureaux, dans votre cabinet même, un jeune écrivain de talent et d’avenir, auquel je prends un intérêt profond et presque paternel, c’est M. Alfred Asseline. Au moment où un mouvement se fait dans votre cabinet, je serais heureux que M. Alfred Asseline fût distingué par vous et obtînt un avancement qu’il mérite par son zèle, sa capacité et ses bons services, et qu’il justifierait par son dévouement.

J’ajoute que je me considérerais comme personnellement obligé par ce que vous jugeriez à propos de faire pour M. Asseline, car il existe un lien de parenté entre son honorable famille et celle de ma femme.

Permettez-moi, monsieur le préfet et cher collègue, d’espérer quelque succès pour mon jeune recommandé, et recevez, je vous prie, la nouvelle et cordiale assurance de ma haute considération.

Victor Hugo[32].


À Madame Victor Hugo,
chez Madame Vacquerie.
À Villequier, par Yvetot {Seine-Inférieure)[33].


De l’Assemblée, 30 7bre [1848].

Chère amie, je t’écris quelques lignes en hâte de l’Assemblée à travers une des plus effroyables tempêtes que j’y aie encore vues. Ta pensée et celle de ma Dédé me sont bien douces au milieu de ces choses sombres. Du reste, nous allons tous bien ici. Je mène ce soir les gamins au Vaudeville et nous souperons avec un beefsteack froid en rentrant ensemble à la maison. Je suis très content de ces pauvres enfants. Toto est charmant, Charles travaille, et me donne autant de satisfaction et de joie cette année qu’il me donnait de chagrin l’an dernier. S’il veut, il aura un bel avenir. Il me continuera. C’est là une hérédité qu’on ne détruira pas.

Je suis heureux de savoir mademoiselle Dédé bien gaie et bien portante ; moi je serais plus gai et mieux portant si elle m’avait écrit un mot. Je devrais la gronder, mais j’aime mieux l’embrasser. Je l’embrasse donc. Allez, mam’zelle !

Offre mes respects à ces dames. Mille amitiés à Auguste qui faisait de belle prose ici et qui fait de beaux vers là-bas. Il fait bien d’offrir la poésie à la nature et la critique à cet affreux Paris. J’ai remis ta lettre à Isidore. Le déménagement marche[34]. Mme d’A.[35] s’en occupe avec un dévouement admirable. Je songerai aux sonnettes. Il est probable que je parlerai d’ici à deux jours à l’Assemblée sur la peine de mort et la liberté de la presse. À propos, je me chamaille horriblement avec le conseil de guerre. Ton pauvre oncle[36] en est tout pâle.

Je t’embrasse tendrement. À bientôt chère amie.

V.

Va prier pour moi près de mon pauvre doux ange[37].


À Monsieur Hyacinthe Vinson[38].


Votre lettre du 15 8bre, monsieur, s’est égarée dans mon déménagement et n’est mise sous mes yeux qu’aujourd’hui. Je tiens à ce que vous le sachiez, car, sans avoir l’honneur de vous connaître, j’eusse été charmé de pouvoir vous être utile ou agréable ; du reste je n’ai aucune influence sur les hommes du pouvoir actuel et je n’ai particulièrement point l’honneur de connaître le représentant que vous me désignez.

Recevez, monsieur, l’assurance de mes sentiments distingués.

Victor Hugo[39].
9bre [1848].


À Paul Lacroix[40].


Dimanche, 10 Xbre.

Vous avez raison de compter sur ma bonne vieille amitié. Vous savez comme elle est à vous et depuis longtemps. Mais, par grâce, ne voyez pas en moi un ministre, je veux rester l’ami indépendant des lettres et des lettrés. Je veux l’influence et non le pouvoir, l’influence honnête, probe, éclairée et rien de plus, rien pour moi surtout. Et toute mon ambition, quand à vous tous vous aurez sauvé la civilisation et le pays, ce sera de retourner à ma charrue, c’est-à-dire à ma plume.

Vous savez que je serai bien heureux de vous voir et de vous serrer la main.

Victor H[41].
À Émile de Girardin[42].

J’ai mis huit jours à lire votre écrit du 14[43]. Je ne sache pas de plus grand éloge ; il ne suffit pas de lire, il faut méditer. Chaque mot est une idée, chaque ligne est une page, chaque page est un volume. Je vous contredirais peut-être sur quelques points et j’irai pour cela causer un de ces jours avec vous, mais sur presque tous nous sommes d’accord. Ordre, paix, liberté, grandeur, voilà ce qu’il faut maintenant. L’aurons-nous ? Continuez de semer les idées, continuez de lutter et d’enseigner. Je serai heureux chaque fois que je pourrai vous appuyer. Vous êtes un grand esprit courageux.

À bientôt. Je vous serre la main.

Victor Hugo[44].
25 Xbre 1848.


À Monsieur Duriez[45]
gérant de la Société des œuvres de Victor Hugo[46].


Monsieur,

La présente année 1848 a été mauvaise pour le commerce et pour la librairie en particulier. Cette année se trouve comprise parmi celles dont vous m’avez acheté l’usufruit. Il me paraît juste de ne point vous la compter, c’est une perte dont les événements politiques sont la cause et que je crois devoir supporter seul. Permettez-moi donc d’ajouter volontairement et de mon plein gré une année de plus à celles que vous m’avez achetées par notre traité du 2 septembre 1839.

Je n’y mets qu’une condition, c’est que vous ne vous écarterez pas, dans les cessions de droits que vous croirez pouvoir consentir, des formes et des limites que vous vous êtes tracées dans tous vos traités précédents avec vos divers cessionnaires, que vous ne consentirez aucune vente de mes ouvrages à vil prix et que vous continuerez d’en administrer l’usufruit comme tout usufruit doit être administré, en bon père de famille. Moyennant quoi, vous pouvez considérer par ces précédentes (sic) votre droit de tirage comme prorogé jusqu’au 31 juillet 1850 et votre droit de vente exclusive des exemplaires imprimés comme prorogé jusqu’au 31 juillet 1851, époque à laquelle je rentrerai dans la pleine possession de ma propriété, n’étant du reste dérogé à aucune des conditions de notre traité.

Je suis heureux, monsieur, de donner à vous et à la Compagnie que vous administrez cette preuve de mon bon vouloir et cette marque de tous mes sentiments de cordialité.

Veuillez, je vous prie, en agréer la nouvelle expression.

Victor Hugo.
24 décembre 1848.


Voici, monsieur, la lettre rédigée comme je la crois indispensable aux intérêts de tout le monde et aux termes du traité. Serez-vous assez bon, si vous l’approuvez ainsi que MM. vos associés, pour me la renvoyer revêtue de votre signature.

Agréez, monsieur, la nouvelle assurance de mes sentiments très distingués.

Victor Hugo[47].
Ce 27 [décembre 1848].
  1. Inédite.
  2. Histoire du Consulat et de l’Empire.
  3. Collection Louis Barthou.
  4. Après la Révolution de 1848.
  5. Au-dessus de ce brouillon, ces deux lignes : J’ai écrit à Lamartine qui était venu chez moi dimanche 27 février.
  6. Archives de la famille de Victor Hugo.
  7. La Revue, 1er octobre 1903.
  8. Madame Dorval venait de perdre son petit-fils, le 20 mai.
  9. L. Coupy. Marie Dorval.
  10. Inédite.
  11. La place Royale était nommée Place des Vosges depuis le 14 mars 1848.
  12. Victor Hugo fut élu représentant du peuple le 4 juin 1848.
  13. Bibliothèque Nationale.
  14. Lamartine venait de donner sa démission de ministre des Affaires étrangères.
  15. Jules Bastide, homme politique. Condamné à mort par contumace pour sa participation à l’émeute des obsèques du général Lamarque (1832), il se réfugia en Angleterre et revint en 1834 en France où un nouveau jugement cassa le premier. Directeur du National, puis collaborateur de la Revue Nationale, il s’affirma républicain. Après le coup d’État, il cessa toute activité politique.
  16. Brouillon avec ratures et ajoutés marginaux. Archives de la famille de Victor Hugo.
  17. Inédite.
  18. Communiquée par M. le principal du Collège de Calais.
  19. Le général Duvivier fit presque toute sa carrière militaire en Algérie. Après les deux sièges de Constantine, il fut nommé maréchal de camp. Élu représentant du peuple à l’Assemblée constituante en 1848, il fut promu général de division et commandant en chef de la garde mobile. C’est à ce dernier titre qu’il combattit les insurgés de juin ; il mourut en défendant contre eux l’Hôtel de Ville.
  20. Insurrection de juin 1848.
  21. Bixio participa, avec Buloz, à la création de la Revue des Deux Mondes et fonda, en 1837, le Journal d’agriculture pratique. À l’abdication de Louis-Philippe il se prononça pour la régence, mais se rallia à la république proclamée. Élu représentant du peuple, il siégea parmi la gauche modérée, fut désigné pour réprimer l’insurrection de juin et fut blessé. Au 2 décembre 1851, il fut un des représentants qui prononcèrent la déchéance de Louis Bonaparte. Arrêté, mais relâché au bout d’un mois, il renonça à la politique et se consacra aux entreprises industrielles.
  22. Auguste Dornès fut un des principaux rédacteurs du National. Élu représentant à l’Assemblée constituante, il siégea à gauche. En juin 1848, il commanda un détachement de gardes mobiles et fut blessé à l’attaque de la barricade de la Porte Saint-Martin. Il mourut de ses blessures le 20 juillet suivant.
  23. Clément Thomas, après de brillantes études, s’engagea et devint maréchal des logis. En 1834, il fomenta, à Lunéville, une insurrection militaire : trois régiments de cuirassiers devaient marcher sur Nancy et sur Metz, y soulever le peuple au cri de : Vive la République ! et pousser vers Paris une armée de citoyens et de soldats révoltés. Condamné lors du procès d’avril 1835, Clément Thomas s’évada de Sainte-Pélagie et gagna l’Angleterre jusqu’à l’amnistie de 1839. Élu réprésentant en 1848, il ne fut pas réélu par l’Assemblée législative. Il essaya, lors du coup d’État, de soulever le département de la Gironde, échoua, et dut s’enfuir en Belgique. Il ne rentra en France qu’en 1870, prit part à la répression de la Commune et fut fusillé par les insurgés le 18 mars 1871.
  24. Le général Bedeau conquit ses grades en Algérie dont il devint gouverneur général en 1847. Il rentra en France peu avant la révolution de 1848, fut nommé ministre de la Guerre. Élu représentant par l’Assemblée constituante, il en devint le vice-président. Au coup d’État il fut arrêté, puis banni. Il habita la Belgique jusqu’à l’amnistie de 1859, et cessa alors toute activité politique.
  25. Écrit au crayon.
  26. Les Guêpes, 4 mai 1873.
  27. Colfavru, avocat, l’un des principaux rédacteurs du journal Le père Duchêne, et J.-E. Bérard, rédacteur du Napoléonien ; ces deux journaux révolutionnaires combattaient avec violence les décisions de l’Assemblée et s’attaquaient surtout aux républicains de fraîche date ; les républico-monarchistes, disait le Père Duchêne ; or Victor Hugo siégeait encore dans les groupes de droite, ne s’étant rallié vraiment à la République qu’en 1849, il le dit lui-même. Mais après son discours sur la liberté de la presse et contre l’arrestation des écrivains, Colfavru et Bérard avaient écrit à Victor Hugo pour le remercier d’avoir défendu leurs droits et plaidé leur cause. — Colfavru fut élu représentant de Saône-et-Loire en 1850, arrêté et proscrit après le coup d’État et rentra en France en 1859.
  28. Actes et Paroles. Avant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  29. Inédite. — En août 1848, les aveugles des Quinze-Vingts furent chassés de l’établissement et la pension alimentaire que leur faisaient les fondateurs fut supprimée. Le chapelain réclama pour eux au ministre qui le pria de ne pas intervenir. Le chapelain écrivit alors à Victor Hugo.
  30. Lettre et réponse sont reliées dans un volume : Le Pape. Bihliothèque Nationale. Réserve.
  31. Trouvé-Chauvel créa, au Mans, la Banque de la Sarthe ; après février 1848 il fut nommé commissaire général de la République en Maine-et-Loire et dans la Mayenne ; élu représentant de la Sarthe, il devint préfet de police après l’émeute du 15 mai, puis préfet de la Seine et, en octobre 1848, ministre des Finances. Dès que Louis Bonaparte fut président de la République, Trouvé-Chauvel ne s’occupa plus de politique.
  32. A. Asseline. Victor Hugo intime.
  33. Inédite.
  34. Victor Hugo et sa famille quittaient la rue d’Isly pour la rue de la Tour-d’Auvergne, 37.
  35. Mme d’Aunet, épouse divorcée du peintre Biard.
  36. Asseline, greffier au 2e conseil de guerre.
  37. Bibliothèque Nationale.
  38. Inédite. — Hyacinthe Vinson, auteur de plusieurs recueils de vers et d’une traduction de l’Enfer de Dante ; il publia, en 1885, un index des poésies de Victor Hugo.
  39. Communiquée par M. Paul Vinson.
  40. Publiée en partie dans Actes et Paroles, Avant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  41. Bibliothèque de l’Arsenal.
  42. Inédite
  43. Note remise le 14 décembre 1848 au Président de la République ; réformes et lois proposées. Publiée au début de 1849.
  44. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  45. Inédite.
  46. Société en commandite pour l’exploitation des œuvres de Victor Hugo sous la raison sociale Duriez et Cie, constituée le 31 juillet 1839.
  47. Communiquée par M. Blaizot.