Correspondance de Victor Hugo/1857

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1857.


À Paul de Saint-Victor[1].


Hauteville-House, 4 janvier 1837.
Monsieur,

Trouvez bon que je vous remercie. Vous venez de parler de Notre Dame de Paris en admirables termes[2]. Quoique je vive (si je vis) presque hors de tout, si désintéressé de toute chose et de moi-même que je sois à cette heure, il m’est impossible de ne pas sentir profondément ce que valent quelques pages de vous sur un livre de moi. Je suis un de vos lecteurs assidus, c’est-à-dire un esprit attentif à votre esprit. Tous ces bas-reliefs que vous ciselez, toutes ces fresques que vous peignez chaque semaine passent sous mes yeux, et d’un ciseau et d’un pinceau comme le vôtre, pas un détail ne m’échappe.

Vous prononcez mon nom quelquefois ; je suis depuis longtemps votre débiteur ; aussi est-ce avec empressement que je saisis aujourd’hui cette occasion, non d’acquitter ma dette, mais de la constater. D’ailleurs, à un point de vue plus élevé que ce qui m’est personnel, je me considère comme le débiteur et l’obligé de tous les hommes qui sont, comme vous, des verbes de vie et des flambeaux de progrès.

Je vous serre la main, monsieur.

Victor Hugo[3].


À Paul Meurice.


Hauteville-House, 4 janvier.

Il y a urgence en effet, et je vous réponds courrier par courrier. Avez-vous le temps de voir cinq minutes mon excellent ami Paillard de Villeneuve ?[4] Il me semble qu’avant d’en venir à des actes judiciaires, puisque lui, mon avocat et mon ami, est dans l’affaire, l’affaire peut très simplement s’arranger par lui. Il a plaidé excellemment pour moi dans le procès contre Rengaine pour Lucrèce et Hernani ; personne n’est plus que lui pénétré de mon droit ; puisqu’il est l’ami et le conseil de M. Calzado, il lui sera aisé de faire comprendre à ce directeur nouveau (et évidemment honnête homme puisque Paillard de Villeneuve l’appuie), que le Théâtre Italien me vole depuis deux ans à la faveur d’un arrêt qui n’est autre chose qu’un coup de haine contre un proscrit. Je suis décidé, quant à moi, à toute revendication ultérieure, à moins que le Théâtre Italien, mieux inspiré et mieux conseillé, ne reconnaisse son exaction et mon droit. Paillard de Villeneuve peut être et sera évidemment volontiers cette inspiration et ce conseil. M. Calzado comprendra, et en me restituant mon droit sur Lucrèce et Hernani, méritera que je lui concède Rigoletto, ce que je ferai dans ce cas-là de grand cœur. L’affaire, grâce à Paillard de Villeneuve, est donc évidemment très arrangeable. Voulez-vous lui en parler ? Au cas très improbable où la conciliation, qui me semble si facile, échouerait, alors l’huissier marcherait et, en quittant bien à regret Paillard de Villeneuve, j’aurais recours à mon autre éloquent et excellent ami Crémieux. Tout cela ne vous paraît-il pas sage ? Je le remets à votre diligente amitié.

Mes plus tendres respects à madame Paul Meurice.

À vous tout mon cœur[5].
Victor Hugo.


À Schœlcher[6].


Hauteville-House, 12 janvier [1857].

Vos lettres, cher ami, sont toujours des joies dans notre groupe auquel vous manquez, et où votre place est restée vide. Je vous envoie un mot pour notre excellent ami Eugène Sue. Je bats des mains à sa guerre au catholicisme[7], je vais même plus loin que lui, car je crois que le christianisme a fait son temps. Le vêtement même de Luther est trop étroit pour les fils de la Révolution.

Vous ne devez rien comprendre à cette avalanche de stamps que contient ma lettre. Explication : un proscrit pauvre appelé Collet a ouvert une souscription à Londres où il demeure. Il a envoyé une liste ici. Personne (vu la pauvreté de tous) n’a souscrit, si ce n’est un proscrit qui a donné 1 franc et moi qui ai ajouté 5 francs, — cela fait six francs. Je vous les envoie en stamps. Aurez-vous la bonté de faire parvenir les stamps ou l’argent à M. Collet dont voici l’adresse : M. Collet, 40, Graci Church Street — chez M. Barbet.

Pardon et merci.

Je n’ai plus que la place d’un tendre serrement de main.

Victor Hugo[8].


À Albert Lacroix[9].


Hauteville-House, 18 janvier 1857.

Vos lettres, monsieur, sont d’un noble esprit et me donnent hâte de lire votre livre[10]. J’ai tardé à vous répondre, ce que vous me pardonneriez aisément, si vous voyiez de quels travaux et de quelles affaires de tout genre je suis, à la lettre, accablé. Je vous lirai avec bonheur. Nous avons une religion intellectuelle commune. Vous avez la généreuse ambition d’être un des porte-flambeaux du progrès. En relisant vos deux lettres, empreintes de tant d’élévation, je sens que vous en êtes digne. Prenez donc rang, monsieur, en tête de la phalange des esprits en marche. Je vous tends la main.

Victor Hugo[11].


À Paul Meurice.


18 janvier.

Encore des ennuis que je vous envoie, comme manière de vous prouver ma reconnaissance pour toutes les peines que je vous donne. Votre lettre sur l’affaire Rigoletto nous a fait le plus grand plaisir[12]. Maintenant, voulez-vous vous charger de remettre celle-ci à notre excellent et éloquent ami Crémieux, et l’autre (double) à la Commission des auteurs dramatiques. — Je ne sais comment faire pour vous répéter que je suis à vous du fond du cœur. Je voudrais pouvoir vous dire d’une façon nouvelle que je vous aime à la vieille manière. Quelles bonnes causeries vous devez faire avec Auguste. Je suis jaloux de lui et envieux de vous[13].


À Jules Janin.


Hauteville-House, 17 février [1857].

Vous avez l’art de faire de grands livres sous des titres qui en annoncent de petits. Vous prenez le lecteur au piège de sa propre frivolité. Il ne s’attend qu’à de l’amusement et à du plaisir ; il accourt, la bouche en hiatus, ce brave lecteur, et vous, diligent, vous en profitez pour lui donner la saine et forte nourriture des idées. Il s’amuse et il apprend ; il est charmé, entraîné, ravi, et enseigné ; ébloui, et éclairé. C’est une admirable façon de prendre en traître les badauds, et de les forcer, sans qu’ils s’en doutent, à devenir des gens de bon sens et des gens d’esprit.

Je ne saurais vous rendre l’impression de soleil que me font vos livres. À chaque nouvel ouvrage que je reçois de vous, j’essaie de vous le dire, et je n’y réussis pas. C’est de la lumière, c’est de la chaleur, cela pénètre et cela réconforte ; cela emplit de joie et de rayons cette froide vitre le long de laquelle la pluie en larmes ruisselait tout à l’heure ; cela vous fait éclore des fleurs dans le cerveau.

Aussi, avec quel empressement j’ai ouvert les Petits Bonheurs ! comme j’ai savouré ces pages exquises et comme j’ai joué avec ce ravissant titre, Petits Bonheurs, moi qui pourrais presque dire, — si l’on avait jamais le droit de se plaindre, — que je n’en ai plus de petits ni de grands ! — je ne veux pas vous raconter tout cela, vous le devinez bien. Vous êtes toujours sûr, vous homme de sourire et d’aurore, de faire un effet de Rembrandt en entrant dans le lieu sombre que j’habite. Cavea leonum.

Mes fils vous lisent, comme moi, avec enchantement. — Et à propos, ils vous ont écrit, ces braves enfants. Ils ont l’idée de montrer un peu Shakespeare à la France ; ce n’est pas une mauvaise manière de faire de l’alliance anglaise. C’est là une grande tentative et digne certes, de succès. Je leur ai dit que vous les y aideriez sans nul doute ; et, par Hercule ! — ou par Shakespeare ! — j’ai eu raison, n’est-il pas vrai ?

Vous voyez que Guernesey travaille. Vacquerie, qui est près de vous en ce moment, en plein Paris, a écrit l’an passé au milieu de notre grand brouhaha de vagues et de vents, son beau et puissant livre de poésie et de critique[14] . C’est lui qui vous portera ce mot. Dans peu de jours nous le reverrons, et comme nous allons parler de Paris, et de vous, Janin, qui êtes Paris, plus que Paris même ! Mais le Paris lumineux, brillant, vivant, libre, indigné, honnête ! — C’est égal, vous avez fait un bien charmant et beau livre, et où je suis bien touché de lire mon nom. Chaque fois que je l’y trouve, il me semble sentir le serrement de votre main amie. Que de pages j’y ai notées, que je relirai au milieu des fleurs quand le printemps va venir !

Votre esprit est comme l’oiseau lâché, il n’a pas de limites dans l’azur ; il est infatigable et inépuisable ; il boit à toutes les sources de vie, à toutes les coupes de sagesse et de raison ; il ne s’arrête devant rien ; il boit même à l’idiot, comme ce roi de Perse qui buvait même à la cruche. Ah ! vous êtes un grand enchanteur ! — Si vous voyez encore quelqu’un qui se souvienne de moi et qui m’aime, parlez un peu de moi à cette âme fidèle, et sachez que je suis à vous du fond du cœur.

V. H.[15]


À Paul Meurice[16].


8 mars [1856].

Je glisse ce mot dans la lettre de Toto. — Vous avez lu la noble lettre de Dumas. Voudrez-vous mettre ces deux pages sous enveloppe à son adresse et les lui faire tenir ? — Voici Auguste avec nous, et nous parlons de vous, ce qui fait attendre un peu plus patiemment le moment souhaité où vous arriverez dans la masure. Je bâtis toujours ; je suis en proie au flegme déguisé en maçon et à la lymphe masquée en charpentier. Aussi ma maison avance-t-elle comme celle d’un escargot. Cette sage lenteur me ruine par-dessus le marché. — À propos de ruine, j’ai donné à Toto, sous la forme de 70 fr., les 62 fr. 50 de la Revue de Paris. Soyez assez bon pour prendre ces dits 61 fr. 50 en commencement de remboursement.

À vous. À jamais.

Félicitez mon cher Louis Boulanger de son frontispice, qui est bien beau, quoique la photographie soit incomplète. Votre portrait par Nadar et le soleil est admirable. Remerciez Nadar auquel j’enverrai l’autographe (c’est ainsi que ça s’appelle) qu’il désire pour son album. Quel parti Crémieux prend-il sur l’appel ? Je suis toujours d’avis (— et Auguste aussi — ) d’en rester là[17].


À Alexandre Dumas.


Hauteville-House, 8 mars 1857.
Cher Dumas,

Les journaux belges m’apportent, avec tous les commentaires glorieux que vous méritez, la lettre que vous venez d’écrire au directeur du Théâtre-Français[18].

Les grands cœurs sont comme les grands astres. Ils ont leur lumière et leur chaleur en eux ; vous n’avez donc pas besoin de louanges, vous n’avez donc pas même besoin de remerciements ; mais j’ai besoin de vous dire, moi, que je vous aime tous les jours davantage, non seulement parce que vous êtes un des éblouissements de mon siècle, mais aussi parce que vous êtes une de ses consolations.

Je vous remercie.

Mais venez donc ici, vous me l’avez promis, vous savez. Venez-y chercher le serrement de main de tous ceux qui m’entourent et qui ne se presseront pas moins fidèlement autour de vous qu’autour de moi.

Votre frère.
V. H.


À Théodore de Banville[19].


Hauteville-House, 15 mars 1857.

Je viens de lire vos Odes. Donnez-leur l’épithète que vous voudrez (celle que vous avez choisie est charmante), mais sachez bien que vous avez construit là un des monuments lyriques du siècle. J’ai lu votre ravissant livre d’un bout à l’autre, d’un trait, sans m’arrêter. J’en ai l’ivresse en ce moment, et je me dirais presque que j’ai trop bu ; mais non, on ne boit jamais trop à cette coupe d’or de l’idéal. Oui, vous avez fait un livre exquis. Que de sagesse dans ce rire, que de raison dans cette démence, et sous ces grimaces, quel masque douloureux et sévère de l’art et de la pensée indignée ! Je vous aime, poëte, je vous remercie d’avoir sculpté mon nom dans ce marbre et dans ce bronze[20], et je vous embrasse.

Victor Hugo[21].


À Herzen[22].


Hauteville-House, 15 avril 1857.

Cher proscrit, cher frère d’exil, merci de vos grandes et nobles paroles sur ce vaillant mort[23]. Vous avez parlé de Worcell[24] comme Worcell eût parlé de vous. Mais vous, vivez. Vivez pour la lutte qui a besoin de cœurs lumineux et de fronts rayonnants tels que vous.

Je vous serre la main.

Victor Hugo[25].


À Louise Colet[26].


Hauteville-House, 17 mars [1857].

Vacquerie m’a apporté votre charmante et noble lettre. De grâce, ne prenez jamais mon silence pour de l’oubli. Je travaille, je songe, j’ai les yeux sur tous ces infinis qui m’entourent ; de là une sorte d’absorption dans le rêve et dans l’idéal ; mais vous, poëte, est-ce que vous ne comprenez pas que cela n’empêche point d’aimer qui nous aime ?

Certes, vous le savez mieux que personne ; car vous n’ignorez rien des choses de l’âme et des choses du cœur, ayant toutes les éloquences, toutes les mélancolies et toutes les effusions. Vous m’avez envoyé des vers superbes. Ôtez-leur ce qu’ils ont de personnel ; ils seront plus beaux encore. Ne perdez point votre temps à maudire un homme, vous, prêtresse de l’humanité. Oubliez vos blessures et ne voyez que la grande plaie. Montez, montez plus haut, toujours plus haut ; planez, c’est votre devoir d’aigle.

Quand vous reverrai-je ? Jamais peut-être. Il me semble qu’on est bien heureux en France en ce moment. Bonheur de cloaque, mais bonheur. À ce qu’on dit du moins. Je ne l’envie pas, ce bonheur, j’aime l’exil. Il est âpre, mais libre ; il est sombre, mais visité quelquefois par un rayon. N’êtes-vous pas venue l’an passé ?

Je vous baise la main.


À Paul Meurice.


5 avril [1857].

C’est par Dumas que je vous envoie ce mot. Il est venu nous voir deux jours. Des visites comme la sienne et comme la vôtre nous font l’effet d’une fenêtre qui s’ouvre brusquement sur la France, et par où il nous vient de l’air et du soleil. Nous l’avons logé de notre mieux dans la masure encore tout en démolition ; mais il reviendra dans six semaines et la chose sera un peu plus bâtie. Vous vous rencontrerez peut-être avec lui. Quelle joie !

Voici quatre lettres (Mme Flandin à Lyon, Alphonse Karr, L. Gozlan, M. Jean Durand) que je vous serai obligé de faire parvenir. Mme Flandin par la poste, vu Lyon. — Quant à la cinquième, dont l’adresse est en blanc, voici l’histoire : il y a eu dans La Voix des écoles du samedi 28 mars une ode sur Lamartine et moi (intitulée Les deux poëtes) fort belle vraiment. J’ai écrit à l’auteur, mais le journal m’a été pris, et je ne sais plus le nom du poëte. C’est un nom qui m’a paru italien. Seriez-vous assez bon pour vous procurer le numéro, voir le nom, et l’écrire sur la lettre dont l’adresse est en blanc. — Que de peines je vous donne, mais aussi que de plaisir vous me ferez, je vous attends dans deux mois !

Mettez-moi aux pieds de votre charmante femme. Je vous embrasse et je vous aime de toutes mes forces.

V.

Aurez-vous la bonté de cacheter les lettres en noir. A. Karr n’est-il pas à Gênes ? Pensez-vous lui faire arriver la lettre ?[28]


À Alphonse Karr[29].


Hauteville-House, 5 avril 1857.
Mon cher Alphonse Karr,

Je viens de lire votre livre charmant et profond : Promenades hors de mon jardin. J’en suis ravi et attendri. Vous y parlez de moi comme je parle de vous. Vous racontez vos souvenirs avec cette grâce sérieuse et puissante qui est à vous. Vous posez votre ongle unguem leonis sur les vipères qui rampent en sifflant dans les pierres de mon écroulement. Je vous remercie et je vous aime. Continuez de penser un peu à moi. C’est une grande douceur de savoir, à travers l’espace, qu’on est ami, qu’on s’entend, qu’on se comprend. Un abîme de distance, un mur d’événements ; c’est encore nous. Je suis dans les ténèbres, vous êtes dans le soleil. Je suis dans la brume de l’océan, vous êtes dans le rayonnement de la méditerranée. Eh bien ! tout cela n’est rien. Vous écrivez une page, elle m’arrive ; vous dites un mot, je l’écoute. Vous pressez votre plume dans vos doigts en écrivant mon nom, et ma main sent cette pression de votre main. Il y a dans ce siècle, au milieu de lâches et de petits, quelques hommes grands et bons, vous êtes l’un d’eux. Je vous envoie ce que j’ai de meilleur dans le cœur.

Victor Hugo.

Trouvez ici pour vous toutes les affections de la famille, femme et enfants[30].


À G. Flaubert.


12 avril 1857

Vous êtes de ces hauts sommets que tous les coups frappent, mais qu’aucun n’abat[31].

Mon cœur est profondément avec vous.

Victor Hugo.


À George Sand.


Hauteville-House, 12 avril 1857.

Daniella est un grand et beau livre, laissez-moi vous le dire. Je ne vous parle pas du côté politique de l’ouvrage, car les seules choses que je pourrais écrire à propos de l’Italie seraient impossibles à lire en France et empêcheraient probablement ma lettre de vous parvenir. Je vous parle, à vous artiste, de l’œuvre d’art ; quant aux grandes aspirations de liberté et de progrès, elles font invinciblement partie de votre nature, et une poésie comme la vôtre souffle toujours du côté de l’avenir. La révolution, c’est de la lumière, et qu’êtes-vous, sinon un flambeau ?

Daniella est pour moi une profonde étude de tous les côtés du cœur. Cela est savant à force d’être féminin. Vous avez mis dans ce livre toutes ces délicatesses de femme qui, mêlées à votre puissance virile, composent votre forte et charmante originalité. Comme peintre, je défendrai contre vous toute la vieille ruine italienne, et en particulier cette éblouissante et formidable campagne de Rome que j’ai vue enfant, et qui m’est restée dans l’esprit et dans la prunelle comme si j’avais vu du soleil mêlé à de la mort. — Mais que vous importe ! vous allez devant vous, lumineuse et inspirée ; vous laissez s’envoler autour de vous les pages éclatantes, généreuses, cruelles, douces, tendres, hautaines, souriantes, consolantes, et vous savez bien qu’en somme tous les lecteurs sont pour vous, écrivain, comme toutes les âmes sont à vous, esprit.

Prenez donc la mienne avec les autres, madame.

Ma maison s’achève et vous espère tout doucement, et je baise humblement votre main.

Victor Hugo[32].


À Nefftzer[33].


Hauteville-House, 12 avril [1857].

Auguste Vacquerie m’a apporté votre lettre si noble et si bonne. Je l’ai lue avec joie. Il y a des cœurs que je veux toujours sentir amis ; le vôtre est du nombre. C’est que je vous ai vu dans l’épreuve, et vidit quod esset bonum ; c’est que je vous revois encore dans la lutte, bien entravée, hélas ! bien incomplète ; mais dans ce régime hideux de mutilation et de castration, vous avez l’art de rester entier ; et le secret de cet art-là, c’est tout simplement la conscience et la probité. Voilà pourquoi je vous estime, pourquoi je vous aime, pourquoi je m’appuie dans l’occasion sur votre ferme et vaillante amitié. L’avenir a besoin des hommes comme vous, il ne vous manquera pas plus que vous ne lui manquerez.

Je vous envoie toutes les affectueuses effusions de Hauteville-House, et je vous serre la main.

Victor Hugo.
Seriez-vous assez bon pour faire parvenir ce mot à M. Paul Féval ?[34]
À Charles Baudelaire[35].


Hauteville-House, 30 avril 1857.

J’ai reçu votre noble lettre et votre beau livre[36]. L’art est comme l’azur, c’est le champ infini : vous venez de le prouver. Vos Fleurs du Mal rayonnent et éblouissent comme des étoiles. Je crie bravo de toutes mes forces à votre vigoureux esprit.

Permettez-moi de finir ces quelques lignes par une félicitation. Une des rares décorations que le régime actuel peut accorder, vous venez de la recevoir. Ce qu’il appelle sa justice vous a condamné au nom de ce qu’il appelle sa morale ; c’est là une couronne de plus. Je vous serre la main, poëte.

Victor Hugo.


À Lamartine[37].


Guernesey. Hauteville-House, 6 mai 1857.
Mon cher Lamartine,

Pas d’équivoque entre nous. Tous les proscrits qui m’entourent ici pensent unanimement que c’est moi que vous avez voulu désigner dans votre entretien xvi, page 263. Je vous pose à vous-même la question[38] ; et je suspends, jusqu’à ce que vous ayez répondu, mon sentiment personnel. Répondez-moi oui ou non. Les amitiés de trente-sept ans doivent durer ou finir par la franchise.

Votre ancien ami,
V. H.

Je sais, par Béranger, que vous connaissez le livre intitulé Châtiments[39].


À Paul Meurice[40].


Dimanche 17 mai [1857].

Oui, vous voir, ce sera une douce fête et une grande joie. Tout ce que je fais, prose et poésie, est à votre disposition comme tout ce que je suis, lutte et rêverie. Je suis un cœur qui pense à vous souvent et qui vous aime toujours. Ma maison continue de se bâtir à raison d’un clou par jour. On dit sage lenteur, mais quand on parle de l’ouvrier guernesiais, il faut dire lenteur folle. — J’ai remis à Toto 40 fr. à valoir sur les 600 (je crois) que M. Lévy lui donne pour son nouveau livre[41]. Ce sera donc 560 fr. dont vous tiendrez compte au jeune Victor. Et quant aux 40 fr. vous les retiendrez pour entrer dans l’amortissement de ma dette envers vous. Faites-y entrer aussi, je vous prie, les 60 fr. Suchet-Jourdan, que je remettrai ici à nos pauvres. Remerciez pour moi notre excellent et vaillant Jourdan. Remettez-lui en même temps cette note qui vient de Cahaigne. Cahaigne meurt de faim, et voudrait publier ses mémoires dans Le Siècle. Ce serait un morceau de pain ajouté à celui que nous lui donnons. Il les décolorera beaucoup, dit-il, afin que la publication soit possible. Parlez-en à Jourdan et transmettez-moi sa réponse. Cahaigne est un des plus méritants dans les proscrits.

À vous. Ex imo.

Mme A. Masson vous a-t-elle envoyé quelques lignes de moi adressées aux grecs sur la demande du chef des républicains d’Athènes, Rigopoulos[42] ?


À Eugène Velletan.


25 juillet [1857].

Vous avez mis là toute la philosophie et toute la politique[43]. Quel beau rappel, quelle explication merveilleuse, quelle pleine révélation de cette chose presque inconnue encore après six mille ans d’humanité, les droits de l’homme ! Vous êtes le superbe commentateur de la Révolution et le héros pensif et tendre du progrès[44].


À G. Flaubert[45].


Hauteville-House, 30 août 1857.

Vous avez fait un beau livre, monsieur, et je suis heureux de vous le dire. Il y a entre vous et moi une sorte de lien qui m’attache à vos succès. Je me rappelle vos charmantes et nobles lettres d’il y a quatre ans, et il me semble que je les revois à travers les belles pages que vous me faites lire aujourd’hui. Madame Bovary est une œuvre. L’envoi que vous avez bien voulu m’en faire ne m’est parvenu qu’un peu tard ; c’est ce qui vous explique le retard même de cette lettre.

Vous êtes, monsieur, un des esprits conducteurs de la génération à laquelle vous appartenez. Continuez de [tenir][46] haut devant elle le flambeau de l’art. Je suis dans les ténèbres, mais j’ai l’amour de la lumière. C’est vous dire que je vous aime.

Je vous serre la main.

Victor Hugo[47].


À Schœlcher[48].


Hauteville-House, 17 9bre 1857.

Vous avez raison de m’aimer un peu ; vous êtes un des hommes qui occupent le plus doucement ma pensée dans ce temps d’abjection et de nuit ; vous êtes à la fois fierté et lumière. Je vous aime comme un porte-bannière et comme un porte-flambeau.

Ce jeune homme, M. Bellier, est vraiment charmant et noble, et venant avec votre nom aux lèvres, il avait le vrai Sésame pour entrer chez moi. Aussi a-t-il été chaudement reçu par la table, et en lui serrant la main, il nous semblait que vous le sentiriez.

Travaillez, faites de bons et beaux livres, et portez-vous bien. La France n’est pas malade quand les hommes comme vous sont bien portants ; car la France, ce n’est pas l’empire, ce n’est pas la triste génération qui s’en va ; la France, c’est la liberté humaine ; la France, c’est la lumière universelle. -— Allez, tout est bien. La République est infaillible pour les peuples ; inévitable pour les rois, elle s’appelle l’avenir.

Je vous serre les deux mains.

Victor Hugo.

La table vous envoie ses plus tendres effusions.

Seriez-vous assez bon pour faire jeter cette lettre que voici à la poste ?[49]
À Paul Meurice[50].


8 décembre [1857].

Notre ami est heureux[51]., il va vous serrer la main. Nous, nous sommes tristes de le perdre. Cela ne m’empêche pas de vous écrire et je ne veux pas qu’il vous aborde sans vous remettre un mot de moi. Il va vivre quelque temps de votre vie, retrouver votre cordial sourire, votre douce et profonde causerie, votre fraternité si tendre, si noble et si vraie. J’aurais bonne envie de l’envier ; j’aime mieux me contenter de vous aimer bonnement tous les deux.

Vous savez que je me suis décidé ou plutôt qu’on m’a décidé aux Petites Épopées[52]. Cela va se publier. On m’a donné d’excellentes raisons pour cela ; et je me laisse faire. Voilà encore un ennui qui va vous arriver ; car je m’adresserai encore à vous pour mille soins fraternels et paternels ; vous avez pris les Contemplations sous une de vos ailes ; voudrez-vous prendre les Petites Épopées sous l’autre ? — Mettez-moi aux pieds de votre gracieuse et noble femme. Je vous embrasse tendrement.

V.[53]


Monsieur Th. de Banville[54].
à l’Établissement hydrothérapique, Bellevue près Paris.


Hauteville-House, 26 Xbre 1857.

J’ai lu votre livre lentement[55] ; je ne l’ai pas lu, je l’ai savouré ; je l’ai bu goutte à goutte, cher poëte, il me semblait que j’avais peur d’en voir la fin, comme si ces livres-là étaient de ceux qui se vident, et comme si l’on pouvait trouver le fond de ces pleines coupes de poésie ! — Que vous avez bien fait de nous donner ce livre, que vous avez bien fait de [le] donner à ceux qui sont à Paris, et qui vivent toutes ses joies et tous ses enivrements ! que vous avez bien fait de le donner à ceux qui sont absents et qui sondent toutes ses profondeurs et toutes ses mélancolies ! — C’est une idée charmante que vous avez eue là de rappeler toute votre éblouissante et charmante nuée d’oiseaux et de les percher sur ce grand arbre que vous appelez vos poésies complètes. J’écoute vos chansons et je rêve à votre ombre.

À toujours, mon noble et cher poëte.

Victor Hugo.

Et toutes ces choses douces et splendides çà et là où je suis mêlé ! Je devrais vous remercier, mais est-ce que toute cette lettre n’est pas un cri de remerciement ?[56]

  1. Paul de Saint-Victor fit partie, en même temps que Charles Hugo, en 1848, du cabinet de Lamartine ; puis il collabora au Pays, à La Presse. Il laissa une importante œuvre de critique et plusieurs volumes de haute valeur littéraire. Quoique d’une opinion politique fort éloignée de celle de Victor Hugo, il lui conserva toute sa vie une admiration qu’il manifesta en toute occasion. Les heures sombres de 1870 les rapprochèrent encore et leurs relations devinrent si amicales que Victor Hugo écrit dans son carnet en apprenant la mort de Saint- Victor : « Coup violent. J’ai pleuré. C’était une noble et grande âme. Il était de ma famille dans le monde des esprits ».
  2. À propos d’un ballet représenté à l’Opéra et intitulé : Esmeralda, Paul de Saint-Victor, dans un article publié dans La Presse du 28 décembre 1856, avait fait un éloquent rappel de Notre-Dame de Paris.
  3. Collection Paul de Saint-Victor.
  4. « Les journaux annoncent les répétitions de Rigoletto. J’ai vu les Escudier, mandataires de Verdi. Ils font cause commune avec vous pour empêcher les représentations du Théâtre Italien. Ils vous conseillent de ne pas attendre l’annonce de Rigoletto sur l’affiche, et d’envoyer un huissier pour empêcher l’annonce même ; sinon, on va en référé au dernier moment, et le référé autorise la représentation, sauf jugement… Paillard de Villeneuve est l’avocat, l’ami, le bras droit judiciaire de Calzado. Ne feriez-vous pas mieux de prendre pour avocat Crémieux ? Envoyez-moi vos instructions le plus tôt possible. Il y a urgence ». (Lettre de Paul Meurice, 1er janvier 1857).
  5. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice.
  6. Inédite.
  7. Eugène Sue venait de publier ses Lettres sur la question religieuse. La dernière est datée 16 novembre 1856.
  8. Communiquée par la librairie Cornuau.
  9. Albert Lacroix, le futur éditeur des Misérables, de William Shakespeare, des Chansons des Rues et des Bois, des Travailleurs de la Mer, publia un drame et quelques volumes d’histoire. Il fonda, en 1861, une maison d’édition.
  10. Histoire de l’influence de Shakespeare sur le théâtre français jusqu’à nos jours. Le 13 décembre 1856, Lacroix avait demandé à Victor Hugo la permission de lui envoyer son volume.
  11. Le Temps, 20 février 1902.
  12. « ... Lundi, je sors à midi. Je vais aux affiches et qu’est-ce que je vois ?
    théâtre italien
    par ordre

    Première représentation de Rigoletto
    Opéra en 3 actes. Paroles de M. Piave
    Musique de Verdi
    ... et, le soir, la représentation a eu lieu, mais On n’est pas venu. (Les mots par ordre indiquaient que l’empereur ou l’impératrice devait assister à la représentation.) L’affaire est venue hier mercredi au tribunal. Crémieux a été admirable. Il est allé aussi loin que possible. Il a noblement et vaillamment parlé de vous… l’attestation si formelle du Comité de l’Association a produit un tel effet que l’avocat du Théâtre italien n’a pas osé soutenir que Rigoletto n’était pas la contrefaçon du Roi s’amuse. Mais savez-vous sur quoi il s’est appuyé ? Encore sur la prescription. L’avocat du Théâtre italien n’a pu finir et l’affaire a été renvoyée à huitaine, pour l’achèvement du plaidoyer, la réplique de Crémieux et le jugement. »
  13. Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice. L’affiche, décollée par Paul Meurice, est à la maison de Victor Hugo.
  14. Profils et Grimaces.
  15. Clément-Janin. Victor Hugo en exil.
  16. Inédite.
  17. Bibliothèque Nationale.
  18. Voici cette lettre, publiée par L’Indépendance belge du 2 mars 1857 :
    À M. Empis, directeur du Théâtre-Français.
    « Monsieur,

    J’apprends que le Courrier du Figaro signé Suzanne, est de Mlle Augustine Brohan.
    J’ai pour M. Victor Hugo une telle amitié et une telle admiration que je désire que la personne qui l’attaque au fond de son exil ne joue plus dans mes pièces.
    Je vous serais, en conséquence, obligé de retirer du répertoire Mademoiselle de Belle-Isle et Les Demoiselles de Saint-Cyr, si vous n’aimez mieux distribuer à qui vous voudrez les deux rôles qu’y joue Mademoiselle Brohan.

    Veuillez agréer, etc.
    A. Dumas. »
  19. Avant tout poëte exquis et complet, Banville s’illustra dans tous les genres : auteur dramatique, conteur, critique littéraire et dramatique, il collabora à plusieurs journaux. Grand admirateur et disciple de Victor Hugo, il lui consacra maint poème ; le plus connu est une ballade, publiée en 1869, et dont le dernier vers de chaque strophe est resté célèbre : « Mais le Père est là-bas, dans l’île ».
  20. Ces vers avaient été envoyés à Victor Hugo en 1841 (Banville avait 18 ans) ; ils furent publiés en 1857.
  21. Gustave Simon. Revue de France ; avril 1923.
  22. Inédite.
  23. Herzen avait envoyé à Victor Hugo son article sur la mort de Worcell.
  24. Worcell, socialiste démocrate polonais, ne cessa de protester contre les violences que son pays subissait ; par son exemple et ses écrits, il entraînait ses compatriotes à la lutte.
  25. Communiquée par L’Institut d’Histoire sociale. Amsterdam.
  26. {sc|Gustave Simon}}. Victor Hugo et Louise Colet. Revue de France, juin 1926.
  27. Inédite.
  28. Bibliothèque Nationale.
  29. Inédite.
  30. Collection de Mlle Bouyer-Karr.
  31. Victor Hugo fait allusion au procès fait à Flaubert après la publication, dans la Revue de Paris, en décembre 1856, de Madame Bovary. Dès que le livre parut, Flaubert l’envoya à Guernesey.
  32. Archives de Mme Lauth-Sand.
  33. Inédite.
  34. Communiquée par la fille de Nefftzer.
  35. Avant d’être le poëte universellement connu et admiré des Fleurs du Mal, Baudelaire se fit remarquer par sa critique du Salon de 1845 ; l’année suivante, son Salon de 1846 eut plus de succès encore. Pendant dix-sept ans, il traduisit avec passion toute l’œuvre d’Edgar Poe et à partir de 1857 il publia son œuvre personnelle qui ne connut le grand succès qu’après sa mort. Politiquement, littérairement et moralement, il était aussi éloigné que possible de Victor Hugo. Il fut au nombre des insurgés de juin 1848 ; en 1852, il réprouva les principes démocratiques qu’il avait soutenus quatre ans auparavant. Littérairement, Baudelaire haïssait l’humanitarisme, niait le progrès et l’utilité de la mission du poëte et n’admettait que l’art pour l’art. Moralement, sa duplicité et son cynisme s’étalèrent complaisamment dans sa correspondance avec ses amis et sa mère ; nous les signalerons au fur et à mesure.
  36. Les Fleurs du Mal qui venaient d’être condamnées comme immorales.
  37. Inédite.
  38. « Je n’ai pas à m’expliquer sur des écrits qui sont la fonction même de ma vie et qui résument pour moi le devoir dans son acception la plus haute. Mais je dois vous poser une question ». Ces dernières lignes sont écrites en travers de la page et devaient sans doute précéder la lettre. Voici un extrait du passage incriminé (après avoir cité des vers de Barbier écrits en 1830, il les compare à « d’autres » dont il ne nomme pas l’auteur) :
    « De telles satires sont des coups de foudre et non des coups de lanières. Cela ne blesse pas, cela écrase.
    « Les autres sont un supplice personnel infligé, comme disent les satiristes, par le fouet de la satire à des hommes dont ce fouet déchire la peau. Eh bien ! quelle que soit la justice de ce supplice, nous ne pouvons ni approuver ni excuser ceux qui se donnent la mission de l’infliger au ridicule et même au crime de leur temps. On m’apportait, il y a peu d’années, en Italie, une de ces œuvres de colère légitime qui stigmatisent en vers terribles des noms d’hommes vivants et qui font saigner éternellement les coups de verge ou les coups de poignard de la plume. Comme j’exprimais par ma physionomie ma répulsion involontaire pour ces œuvres de colère, quelqu’un me dit : « À quoi pensez-vous ? Ne faut-il pas que justice soit faite de toutes ces iniquités ? Ne faut-il pas que toutes les mauvaises fortunes aient leur Némésis ? » — Oui, répondis-je, dans les sociétés d’hommes un exécuteur est nécessaire à la justice ; il faut un bourreau, peut-être, quoique je n’en sois pas parfaitement convaincu, mais il ne faut pas être le bourreau ».
    « Le satiriste sanglant est le bourreau des renommées ; il jette au charnier les noms dépecés de ses ennemis littéraires ou de ses ennemis politiques. Ce n’est pas le métier des immortels. Ce sont là de ces gloires dont on se repent ; il faut se les refuser, sinon par respect pour ses ennemis, du moins par respect pour soi-même ». — Lamartine, dans sa réponse, nia avoir voulu désigner Victor Hugo ; mais il ne donne pas le titre de « l’œuvre de colère » qui avait provoqué sa « répulsion » .
  39. Collection Louis Barthou.
  40. Inédite.
  41. La Normandie inconnue.
  42. Bibliothèque Nationale.
  43. Le Monde marche.
  44. Catalogue Charavay.
  45. Inédite.
  46. Le papier est déchiré à ce mot, qui manque.
  47. Archives de Chantilly. Collection Spoelberch de Lovenjoul.
  48. Inédite.
  49. Bibliothèque Nationale. Nouvelles acquisitions françaises.
  50. Inédite.
  51. Auguste Vacquerie.
  52. Premier titre de La Légende des Siècles.
  53. Bibliothèque Nationale.
  54. Inédite.
  55. Poésies complètes.
  56. Lettre reliée dans l’exemplaire des Poésies complètes de Th. de Banville. Collection Louis Barthou.