Correspondance de Voltaire/1732/Lettre 262

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Correspondance : année 1732
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 33p. 264-266).
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262. — Á M. THIERIOT[1].
Paris, 13 mai 1732.

I thank you heartily for your charming letter, and for the Craftsman you send me. I am not wholly displeased to see that my works are now and then the ground upon which the republicans point their artillery against the ministry : but never would I utter a single word that could be shocking to a free and generous nation which I admire, which I regret, and to whom I am indebted. It is to be imputed to the printer that these words are to be found in my préface ; Les Anglais d’aujourd’hui ne ressemblent pas aux Anglais de Cromwell. He should have printed, aux fanatiques de Cromwell ; and thus it is to be read in the errata and in the late éditions. I entreat you therefore to clear me from that aspersion, for your friend’s and for truth’s sake.

The abbot Rothelin, to whom I speak of you as often as I see him, desires you would be so kind as to get him all the collection of the Craftsman, and to send him for the future every one that shall come out. He does not understand English, and he says he asks it for one of his friends, who is a great master of the English language. Tell me by which way you will send him that collection he desires so carnestly : he will be very punctual in returning the money.

Yesterday I went to your divinity, miss Sallé, whom I found musing with your brother and the young Bernard. She complained of my négligence towards her picture ; Bernard swore he had wrote nothing about so fair a subject ; I was inspired suddenly by her présence, and I broke out in thèse verses :

Les feux du Dieu que sa vertu condamne
Sont dans ses yeux, à son cœur inconnus ;
En soupirant on la prend pour Diane,
Qui vient danser sous les traits de Vénus.

Èriphyle bas not been rewarded with a great success. I was ready to give it to the press : but this very hour I am determined not even to print it ; at least to let it wait in my closet till I may turn a fresh eye upon it, and make new corrections with a cool head.

Tell me what way I may send you the tragedy Julius Cæsar, for you have not the right copy. As to the English Letters, be sure I will put the last hand to them in a very short time. I have nothing at heart but the pleasure of study and the désire of your return. I never go out of doors. I see nobody but at home I hope to employ such a studious leisure with Èriphyle, the English Letters, and the Age of Lewis the Fourteenth.

Meanwhile, my dear friend, do not forget my plates. Remember me to all my English friends : lords, plavers, merchants, priests, whores, poets, and generally to all who may think of me. Farewell, I love you for ever.

I know Bernard has secretly copied the compliment which was uttered by Dufresne to the lords of the pit. I am sorry Bernard has deprived me of the pleasure to send it to you : but I should complain more of you, if this copy of verses, hastily written, and unworthy of you, should ever be published.

They say hère the new opéra is written by Bernard : if it is true, I wish him success : others say Roi is the author of it ; if so, may be be hissed. Farewell again my friend, I have lost your address, and I direct this to your brother.

Sixteen volumes de Rymer, two d’Horace, Craftsman, for and the abbot Rothelin. [2]

  1. Pièces inédiles, 1820.
  2. Traduction : Je vous remercie beaucoup de votre charmante lettre et du Crafstman que vous m’envoyez. Je ne suis pas tout à fait mécontent de voir que mes ouvrages servent de temps en temps de point d’appui aux républicains pour y établir leur artillerie contre le ministère ; mais je ne voudrais jamais prononcer un seul mot qui pût blesser une nation libre et généreuse que j’admire, que je regrette, et à qui je suis redevable. On doit imputer à l’imprimeur ces mots qui se trouvent dans ma préface : Les Anglais d’aujourd’hui ne ressemblent pas aux Anglais de Cromwell. Il eût fallu imprimer aux fanatiques de Cromwell, et c’est ainsi qu’on le trouve dans l’errata et dans les dernières éditions. Je vous conjure de me laver de cette tache autant par amitié pour moi que pour la vérité. Labbé de Rothelin, à qui je parle de vous toutes les fois que je le vois, vous prie d’avoir la bonté de lui acheter la collection de tout le Crafstman, et de lui envoyer à l’avenir ceux qui paraîtront. Il ne comprend point l’anglais, et m’a dit qu’il demandait cela pour un de ses amis qui possède parfaitement la langue anglaise. Dites-moi de quelle manière vous lui enverrez cette collection, qu’il désire di ardemment ; il sera très-ponctuel à vous faire passer l’argent. J’allai hier chez votre divinité miss Sallé que je trouvai méditante avec votre frère et le jeune Bernard. Elle se plaignit de ma négligence envers son portrait. Bernard jura qu il n’avait rien écrit sur un si beau sujet. Je me sentis tout à coup inspiré par sa présence, et j’éclatai en ces vers… Ériphyle pas eu un grand succès. J’étais prêt à la livrer à l’impression, mais je suis maintenant déterminé à ne la point faire imprimer, ou du moins à la laisser dé coté dans mon cabinet, jusqu’à ce que je puisse la revoir, et y faire de nouvelles corrections à tête reposée. Dites-moi de quelle manière je pourrai vous envoyer la tragédie de Jules César, car la copie que vous avez n’est point exacte. Quant aux Lettres anglaises, soyez sûr que j’y mettrai bientôt la dernière main. Je n’ai rien tant à cœur que le plaisir de l’étude et le désir de votre retour. Je ne sors jamais, je ne vois personne que chez moi ; j’espère employer ce soin studieux à corriger Ériphyle, à finir les Lettres anglaises, et le Siècle de Louis XIV*. Je vous prie, mon cher ami, de ne point oublier les planches des gravures ; rappelez-moi au souvenir de à tous mes amis anglais, seigneurs, acteurs, négociants, prêtres, filles, poètes, et généralement à tous ceux qui pensent à moi. Adieu, je vous aime pour la vie. Je sais que Bernard a secrètement copié le compliment qui fut adressé par Dufresne aux seigneurs du parterre : je suis fâché que Bernard m’ait privé du plaisir de vous l’envoyer, mais je me plaindrais encore plus de vous si ces vers, écrits à la hâte et indignes d’être vus, étaient jamais publiés. On dit ici que le nouvel opéra est écrit par Bernard. Si cela est vrai, je souhaite qu’il réussisse. D’autres disent que Roi en est l’auteur ; s’il en est ainsi, puisse-t-il être sifflé ! Adieu, encore une fois, mon ami. J’ai perdu votre adresse, et j’envoie à votre frère, pour l’abbé de Piothelin, les seize volumes de Rymer, deux d’Horace, et Craftsman.
    *. Ainsi l’auteur a travaillé plus de vingt ans sur le Siècle de Louis XIV, dont la première édition n’a paru à Berlin qu’en 1752, quoique le titre porte la date de 1751.