Correspondance de Voltaire/1757/Lettre 3301

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Correspondance : année 1757
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 39p. 164-165).
3301. — DE M. LE COMTE D’ARGENSON[1].
De Paris, 30 janvier.

Pierre Damiens est interrogé fréquemment et longuement. Il n’est plus permis de douter qu’il n’ait des complices. La lettre adressée à monsieur le dauphin est très-vraie ; vous pouvez compter là-dessus.

On lui marque dans cette lettre que sa vie est en danger, qu’il ne lui sera pas difficile de se garantir du fer ; mais qu’il n’a d’autre moyen d’éviter le poison qu’en se servant de la poudre renfermée dans la lettre. L’on a fait essai de cette poudre : c’était le poison le plus subtil. Des consuls de la ville ont reçu aussi une lettre dans ce goût, datée de Strasbourg. Je ne puis revenir de pareilles abominations. Notre siècle ne vaut pas mieux que les autres. Il est vrai que l’assassin n’a pas paru proprement un fanatique ; mais ce qui explique cela, c’est qu’il n’est point décidé qu’il n’ait pas espéré de se sauver, et il y a même apparence du contraire.

L’on débite cent choses nouvelles tous les jours. Tout devient intéressant ; il semble que tout a rapport à l’affaire principale qui occupe tous les honnêtes gens. La Bastille est pleine ; on y a renfermé encore une dame du Mecklembourg ; mais elle doit en sortir aujourd’hui. Il s’agissait d’une lettre au sujet du roi de Prusse et d’un Autrichien ; l’affaire est manquée, et elle n’a aucun rapport aux affaires d’ici.

Le roi de France vient de changer de ministres. On croit que l’abbé de Bernis, qui a signé le traité de Vienne, aura les affaires étrangères.

  1. Éditeurs, Bavoux et François.