Correspondance de Voltaire/1760/Lettre 4236

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Correspondance : année 1760
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 40p. 519).
4236. — À M. L’ABBÉ PERNETTI[1],
à lyon.
22 auguste.

Nos conventicules[2] de Satan, proscrits par Jean-Jacques et par Gresset, ne recommenceront, mon cher ami, que quand M. le duc de Villars sera arrivé ; je voudrais que votre archevêque[3] pût y assister comme vous, je crois qu’il ne serait pas mécontent de Mme Denis. Il est bien ridicule qu’un primat des Gaules ne soit pas le maître d’avoir du plaisir. Autrefois les évêques allaient aux spectacles ; ce sont ces faquins de calvinistes et de jansénistes qui, n’étant pas faits pour des plaisirs honnêtes, en ont privé ceux qui sont faits pour les goûter. Les pontifes d’Athènes et de Rome étaient juges des pièces tragiques, et sûrement n’en étaient pas meilleurs juges que votre adorable archevêque. Je suis très-fâché de n’être pas de son diocèse, j’irais le conjurer à deux genoux de venir bénir l’église que j’ai l’honneur de faire bâtir. Je vous offre, mon cher abbé, un autel et un théâtre ; tous les deux sont à votre service.

Je vous demande en grâce de me dire si ce que vous me mandâtes, le 18 auguste, du parlement de Besançon, est encore vrai le 23 auguste. Est-il possible que ce parlement joue sérieusement la farce du Médecin malgré lui ? et qu’il dise à la classe du parlement de Paris : De quoi vous mêlez-vous ?… je veux qu’on me batte[4]. Si la chose est ainsi, il n’y a rien eu de si plaisant du temps de la Fronde ; et si le ministère a trouvé le secret de donner ce ridicule aux parlements, le ministère est plus habile qu’eux.

Je vous embrasse de tout mon cœur, vous et vos amis[5].

  1. Voyez tome XXXIX, page 339.
  2. Les représentations des pièces de Voltaire sur le petit théâtre de Tournay.
  3. Antoine Malvin de Montazet, né en 1712, évêque d’Autun en 1748, membre de l’Académie française en 1757, archevêque de Lyon en 1758, mort en 1788. Après l’avoir appelé Prêtre de Vénus (voyez lettre à d’Argental du 30 août 1769), Voltaire l’appelle l’Éloquent Montazet, dans son Épitre à un homme (voyez tome X, page 452), qui est de 1776.
  4. Ce n’est pas tout à fait le texte du Médecin malgré lui. acte I, scène ii.
  5. Bordes, de La Tourrette, etc.