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Correspondance de Voltaire/1769/Lettre 7652

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Correspondance : année 1769GarnierŒuvres complètes de Voltaire, tome 46 (p. 432-433).
7652. — À M. LE MARQUIS DE XIMENÈS[1].
1er septembre.

Vraiment, monsieur le marquis, vous auriez rendu un grand service à trois ou quatre cent mille hommes qui soupirent après la tolérance, si vous aviez engagé M. le maréchal de Richelieu à faire jouer les Guèbres à Fontainebleau. Mais n’y a-t-il point quelque méprise ? N’a-t-on point pris les Scythes pour les Guèbres ? Le jeune auteur n’est pas à portée de se mêler de cette affaire. On m’a dit qu’il vivait dans la plus profonde retraite, loin du tripot de la Comédie, et loin de tous les autres tripots. Personne ne s’est chargé de solliciter les représentations des Guèbres, personne n’en a été prié ; vous êtes le seul qui en ayez parlé à M. le maréchal de Richelieu, et c’est à vous seul qu’on en aurait l’obligation si la chose réussissait.

On m’a mandé que l’auteur y a fait quelques additions. Je suis persuadé qu’il vous enverrait sa pièce avec ses changements, et qu’il serait infiniment sensible à vos bons offices.

Je ne vois pas pourquoi le premier gentilhomme de la chambre aurait besoin, à Fontainebleau, du lieutenant de police de Paris pour faire jouer une tragédie imprimée. Le roi n’est-il pas le maître chez lui, et l’empereur Gallien ne peut-il pas débiter devant lui les maximes les plus sages et les plus favorables aux hommes, sans l’approbation par écrit d’un censeur royal ?

Au reste, je doute fort que le magistrat de la police prenne sur lui d’approuver ouvertement cette pièce ; il est trop circonspect, et les ennemis de la raison sont trop acharnés. Si vous pouvez l’encourager et le déterminer, vous ferez une bien belle action, et en qualité de tolérant, je vous aurai la même obligation que les premiers chrétiens avaient à ceux qui faisaient cesser les persécutions.

Les derniers chapitres de l’Histoire dont vous me parlez ne peuvent pas sans doute être de la même main que les autres. Ils sont remplis de fautes grossières et de faussetés évidentes. Les noms sont estropiés, les méprises sont absurdes…… (La fin de cette lettre manque.)

  1. Éditeurs, Bavoux et François. — C’est à tort que ces éditeurs ont classé cette lettre à l’année 1767. (G. A.)