Correspondance et nouvelles 1er trim. 1830

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CORRESPONDANCE ET NOUVELLES
EUROPE


FRANCE.- Expédition autour du monde.- Le capitaine Mathieu entreprendra incessamment un voyage de circuit navigation, et visitera particulièrement les îles du grand-Océan. Il paraît cependant qu’il ne mettra à la voile qu’après l’expédition que l’on prépare en ce moment contre Alger ;

On assure encore que le capitaine Freycinet se dispose à un nouveau voyage autour du globe.

ANGLETERRE.- Monstre marin dExeter et des îles Lewis. – On a vu, dit-on, à Exeter, il y a peu de temps, une masse d’une grandeur énorme nageant à l’entrée du port. Cette masse semblait être animée : car elle changeait souvent de position et de direction. Beaucoup de personnes croient que c’est le même serpent marin qui a été aperçu, il y a deux ans, dans le golfe de Honduras, ou bien le kraken, monstre dont M. Pontoppidan parle dans son Histoire naturelle de la Norvège. La partie supérieure de la masse gigantesque qu’on voyait nager devant la ville d’Exeter était d’une couleur noire tirant sur le vert, et presque entièrement couverte d’écailles et d’algues. Sa tête, ou ce qu’on suppose être sa tête, s’élevait parfois à une hauteur de plusieurs pieds au-dessus du niveau de la mer, et lançait d’immenses colonnes d’eau. Une foule de curieux de la ville et des environs affluait tous les jours sur la côte pour observer ce phénomène, qui paraissait ordinairement vers midi, et restait visible que pendant environ deux heures. Cette apparition avait attiré tant d’étrangers à Exeter, qu’il était bien difficile d’y trouver à se loger.

D’un autre côté, un montre marin, d’une forme gigantesque, et qu’on croit être également un serpent de mer, a été vu dernièrement sur la côte de l’île- Lewis, la plus grande, et la plus septentrionale des Hébrides. Il a 60 à 80 pieds de longueur, et s’est montré pendant quinze jours dans un bras de mer appelé la baie large (broad bay). On ne l’a jamais vu faire jaillir de l’eau ; il paraissait avoir une crinière comme un cheval, mais plus grande et d’une couleur blanchâtre. Cette dernière circonstance est peut-être l’effet du jour sous lequel on l’a aperçu ; mais cette crinière démontre que ce n’est pas une baleine On nous assure qu’on prépare une description de ce monstre marin [1].


MANCHESTER.- Chemin de fer, de Cramford et de High Peak. – Ce grand ouvrage, qui traverse les collines du Derbyschire, et ouvrira une communication entre Manchester et les districts de Nottingham, Derby et Leicester, aura 33 milles de longueur, 52 ponts, et deux galeries souterraines. Il est à 1270 pieds au-dessus du niveau de la mer, a coûté 180,000 liv. St. (4,500,000 francs), y compris les machines à vapeur et autres, et sera livré au public au commencement de l’été prochain.

PRUSSE.- Abolition de la corvée et de la dîme.- Les promesses faites aux paysans par le gouvernement prussien pendant le cours de la dernière guerre, pour l’abolition de la corvée et de la dîme, vont enfin être remplies d’après les bases suivantes. Le moyen principal sera une convention libre entre le seigneur et les paysans, à laquelle ne pourront se refuser, ni les seigneurs, ni les créanciers. Si les deux parties ne peuvent s’entendre sur cette convention chacune d’elles aura la faculté d’acquérir la nue propriété de la terre, en payant à l’autre un capital estimé vingt-cinq fois le revenu d’une année. Ce revenu sera calculé d’après le terme moyen de quatorze années.

COLOGNE.- Réunion polytechnique. — Sous le nom de réunion polytechnique, il s’est formé à Cologne une société composée de négocians, d’artistes, de fabriquans et de fonctionnaires, pour les progrès de l’industrie. On tiendra des cours ; il y aura un cabinet de lecture qui renfermera les meilleurs ouvrages et tous les journaux sur cette matière, et l’on se propose de faire une exposition publique de modèles et d’objets d’art.

HESSE DARMSTADT. — Abolition de la marque. – Le gouvernement hessois a présenté dernièrement aux états du pays un projet de loi, par lequel il abolit entièrement les dispositions sur la marque contenues dans le code français, qui régit encore la Hesse rhénane.

POLOGNE. — Progrès de l’Industrie. — Grâce à la paix et à la civilisation, la Pologne rentre de nouveau parmi les nations industrielles, après deux siècles d’une exclusion complète. Une association de propriétaires fonciers, approuvée par la diète de 1825, soulage peu à peu les campagnes dévastées par des calamités qui frappèrent ce malheureux pays. Une banque nationale vient d’être créée en 1828, pour acquitter la dette publique, et encourager le commerce, le crédit et l’industrie : le dernier cours de ses obligations est de 360 pour 300. Quant aux lettres de gage de la société territoriale, émises à 4 pour 100, elles se vendent dans ce moment 97 ½ ; elles étaient au-dessous de 80, lors de leur émission.

Les communications par eau et par terre deviennent de plus en plus faciles. Un canal va bientôt réunir la Vistule avec la Dwina. Dantzig cessera alors d’être le seul dépôt des blés polonais, et le commerce de la Pologne pourra éviter par là les embarras que lui suscitent les douanes prussiennes dans le transit de ses productions à Dantzig. Quant aux grandes routes, le royaume actuel comptera bientôt plus de 600 lieues de chaussées faites par les meilleurs procédés. Leur fond est en granit, qu’on recouvre de petites pierres taillées en morceaux, et d’une couche de gravier : des ouvriers sont journellement chargés de leur entretien. Elles sont bordées de larges fossés, pour recevoir l’écoulement des eaux, et de deux rangs de peupliers d’Italie, d’acacias et autres arbres rares dans le pas. D’espace en espace, des ponts en pierre traversent les chaussées qu’embellissent de superbes bornes peintes aux couleurs nationales De jolies maisons, élevées pour les gardes, ajoutent à la diversité du coup-d’œil.

Les chemins vicinaux ne sont pas non plus en mauvais état. Quoiqu’ils ne soient pas construits en pierres, ils sont au moins larges, bordés de fossés et d’arbres.

On vient d’adopter à Varsovie le projet d’un vaste établissement destiné à une maison de refuge.

SAINT PETERSBOURG École de marine marchande. – Cette capitale va s’enrichir d’un nouvel établissement d’utilité publique. Sur la proposition du ministre des finances, l’empereur a autorisé la fondation d’une école de marine marchande, à laquelle sera réunie l’école de navigation et de construction. Cette école est placée sous la direction supérieure du ministre des finances ; et sous l’inspection du département des manufactures et du commerce intérieur. Le ministère de l’instruction publique exercera sur elle la même influence que sur les écoles des autres ministères en général Le but de cette institution est : 1° de former des capitaines et des pilotes pour la marine marchande ; 2° de former parmi les élèves quelques constructeurs de navires marchands. Le nombre des élèves de la couronne est fixé à 32 ; on pourra en outre admettre à l’école 12 à 20 pensionnaires qui participeront à tous les avantages des premiers, à l’exception des secours accordés à leur sortie de l’école, et paieront 500 roubles (540 fr.) par an. Pour favoriser la prospérité de l’institution, elle est autorisée à recevoir des particuliers des dons en effets et en argent, qui serviront à former un capital dont les intérêts seront employés à l’acquittement des frais d’entretien des élèves pendant leur séjour à l’école, à donner des secours aux sortans, à former une bibliothèque et une collection d’instrumens, etc. Une somme de 40, 000 roubles (43,200 fr.) est assignée pour l’entretien annuel de l’école, et une autre de 10,000 roubles (10, 800 fr.) pour frais de premier établissement.


TIFLIS. — Voyage de M. Parrot. — M. Parrot, revenu de son voyage en Iméréthie, n’a pas perdu de temps pour se remettre en route. Il est retourné par la voie militaire qui traverse le Caucase, au nord de cette chaîne, pour se rendre sur les bords de la mer Caspienne. Il doit y achever ses travaux physiques, par la détermination de la hauteur du niveau de la mer et la comparaison avec celle de la mer Noire. L’expédition scientifique de M. Parrot a duré sept mois ; il a, comme on sait, atteint la cime de l’Araral et recueilli une foule d’observations de la plus haute importance, elles ne manqueront pas de nous donner des notions plus précises sur la nature des pays caucasien, et sur la hauteur de plusieurs des points les plus élevés des montagnes entre la mer Noire et La mer Caspienne.

BAKOU. — Voyage de MM. Meyer et Menetrier. — Les deux naturalistes MM. Meyer et Menetrier, envoyés par l’académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg pour explorer la chaîne du Caucase., sont arrivés dans cette ville ; ils y séjourneront pendant le reste de l’hiver, et examineront au printemps les environs et les bords de la mer Caspienne.

ODESSA. — Arrivée d’un prince Afghan. — Le Chah Zadeh, ou prince royal Mohammed-Moustapha, venant de Saint-Pétersbourg, est arrivée dans cette ville. Ce prince est de la famille des souverains de l’Afghanistan, contrée située entre la Perse et l’Inde, et habitée par la puissante et valeureuse nation des Afghans. Son voyage à Saint-Pétersbourg fait présumer que le gouvernement russe.s’occupe sérieusement d’étendre ses relations politiques dans l’intérieur de l’Asie, pour se concilier l’amitié des princes qui gouvernaient les pays qui séparent les frontières russes de celles des Anglais dans l’Inde.

CONSTANTINOPLE. — Situation des esprits. — Constantinople est calme, mais il y a de la fermentation dans la bourgeoisie, que travaillent les affiliations des janissaires. Cependant je pense que la frayeur n’a pas été aussi grande parmi les Turcs que parmi les rayas et les Francs, qui, lorsque le danger fut passé, prêtèrent aux autres une partie de leurs craintes. En lisant les correspondances particulières des journaux européens, on dirait souvent que ce sont les confidences de certains politiques qui, chaque jour, se réunissent au café Memich [2], à Galata, pour se communiquer leurs nouvelles ; c’est là que se trouve le foyer de la terreur. A les entendre, la Turquie est perdue quand leur commerce va mal.

Avant que d’arriver à Constantinople, nous avions débarqué à Smyrne. En nous rendant de Smyrne à Moalitch, nous rencontrâmes des détachemens de troupes turques, qui rentraient dans leurs foyers. Nous ne fûmes insultés de personne : la plupart des soldats étaient pourtant armés. Ils ne paraissaient pas abattus, mais tristes et pensifs ; on eût dit qu’ils ne devaient ouvrir la bouche que lorsqu’ils seraient de retour dans leurs villages. Un petit nombre toutefois avait conservé son insouciance habituelle. Parmi eux se trouvaient, des exilés, des anciens conspirateurs janissaires. Ceux-ci marchaient la tête haute, se tenant en groupes, et ne se mêlant point aux autres. On aurait cru qu’ils exécutaient une retraite, mais en méditant une nouvelle attaque. Dans un café établi au milieu des champs, nous voulûmes interroger un de ces janissaires, qui, par ses nobles manières, me faisait penser aux chefs montagnards de Walter Scott. Il nous raconta naïvement tout ce qui s’était passé ; puis il ajouta : «  Je suis le chef, et voici mes compagnons. » Sous son air fier et résigné semblait dire : « Rien n’est désespéré ; nous pourrons réussir une autre fois. » A un signe de cet homme, tous se levèrent et se mirent en route. Ils s’étaient arrêtés peu de temps ; lui seul avait parlé.

Les habitans des villes sont généralement mécontens. Ils n’examinent que leur position, sans songer aux circonstances malheureuses où se trouve le pays. « Nous payons, disent-ils, beaucoup d’impôts. On mettra un droit sur le tabac. Que devenir ? Sultan Mahmoud est un tyran ! » Cependant chacun tremble à son nom, et sa fermeté en impose aux plus mutins. Malgré tout cela, il existe du patriotisme au fond de ces ames. A Ansur, un soldat revenu de Silistrie racontait ce qu’il avait vu. Sa figure animée et pleine d’expression me rappelait celui qui, le jour de la défaite des janissaires à Constantinople, racontait dans le grand champ des morts [3] ce qui venait d’arriver. Vous vous souvenez sans doute encore de l’impression qu’il fit sur nous. Celui d’Ansur, assis à la porte d’un café, entouré d’amis qui venaient lui presser la main, entra dans tous les détails du siége, et déclara qu’on avait été obligé de se rendre faute de vivres et de munitions. Il loua la manière généreuse avec laquelle les Russes avaient agi à leur égard. Les assistans l’écoutaient en silence, sans laisser percer la moindre émotion. II parla ensuite de la belle tenue des troupes ennemies, de leur discipline, de leur grand nombre et de l’impossibilité de leur résister. A ces mots, la plupart laissèrent échapper leurs pipes de leur bouche ; à peine s’ils pouvaient la tenir dans la main. Une douleur profonde avait pénétré dans tous les cœurs L’orateur interrompit son récit. Je m’approchai alors de lui, et lui demandai ce que faisait HusseinPacha. « Quant à celui-là, reprit-il avec feu, il ne s’endort pas : toujours actif, intrépide, il n’a cessé de harceler l’ennemi. » Ce dernier trait ranima un peu l’auditoire, qui se sépara presqu’aussitôt. Chacun, en s’éloignant, murmurait tout bas le nom d’Hussein, et semblait reprendre plus de confiance dans l’avenir.

Constantinople, 10 janvier 1830.
ASIE

CHINE. — Inondation de la ville de Canton. — Le mois de juin de 1829 a été annoncé par de hautes marées, comme il arrive toujours dans cette saison de l’année ; mais le 4, le.5 et le 6, les eaux se sont élevées à un degré extraordinaire.

On pouvait naviguer en bateau dans les rues de Canton. C’était même le seul moyen de communication, la plupart des maisons étant inondées à la hauteur de deux ou trois pieds. Tout commerce avait cessé.

Dans un village l’inondation fut si rapide, que plusieurs hahitans ne purent imaginer pour leurs enfans d’autre moyen de salut que de les placer dans des cuves, et de les confier aux eaux. On vit plusieurs de ces petites créatures exposées ainsi sur la rivière avec un écriteau où on lisait le nom et la demeure de leurs parens ; on y avait joint quelques pièces d’argent pour engager ceux qui les recueilleraient à leur donner des secours.

Dans un autre village, l’accroissement des eaux fut si alarmant, que les habitans renvoyèrent à leurs amis de Canton et des villes voisines tous leurs enfans, dont le nombre en un seul jour s’éleva à plus de cent. Deux bateaux qui portaient une troupe de comédiens coulèrent à fond, et environ cent quarante personnes qui les montaient périrent. Trois bateaux de transport eurent pareil sort : de deux cents ou trois cents personnes, un très-petit nombre eut le bonheur de se sauver.

Dans plusieurs villages, les courans étaient si rapides que deux ou trois mille habitans ont, dit-on, péri. Beaucoup d’entre eux, en essayant de se sauver à la nage, furent emportés par les flots. Quelques jours après, on a retrouvé leurs corps de divers côtés. On voyait des femmes ayant encore leurs enfans dans leurs bras, et mortes avec toutes les marques du désespoir.

Les manufactures de soie ont beaucoup souffert. Un grand nombre de maisons ont été entièrement renversées ; et il est à craindre que, si une forte pluie vient à tomber, les fondemens des meilleurs édifices ne soient ébranlés.

Il y a environ huit ans, une inondation très-considérable eut lieu ; mais celle-ci l’a surpassée de plusieurs pouces. Le temps cependant était très-beau, et on remarque, comme une circonstance assez singulière, que la marée avait un fort reflux au moment même où les eaux s’élevaient.

On évalue les pertes éprouvées à une somme beaucoup plus considérable que celle qui résulta de l’incendie de Canton en 1822.


NOUVELLE GUINEE. — Exploration des côtes. – Le roi des Pays-Bas ayant ordonné l’exploration des côtes septentrionales de la Nouvelle-Guinée, le Triton, commandé par le capitaine Steenhoom, et accompagné du brick l’Isis, sont partis pour remplir cette mission et prendre possession du pays au nom de ce monarque. Plusieurs officiers et quelques savans faisaient partie de l’expédition. En longeant la côte, on a découvert, par 3° 42’ S. Et 153° 57’ E. De Greenwich, une baie qui a été nommée baie du Triton. Là, les navigateurs, aidés par les indigènes qu’ils trouvèrent doux et traitables, construisirent un fort qu’ils nommèrent Bus, et où le pavillon national fut arboré le 23 août 1828, jour anniversaire de la naissance du roi des Pays-Bas. Suivant ce que l’on sait à Bruxelles, cette expédition a constaté plusieurs faits intéressans pour la géographie, l’histoire naturelle et la science nautique. L’établissement permanent d’un comptoir européen dans la Nouvelle-Guinée conduira sans doute à des découvertes importantes. L’une de celles que la science doit le plus désirer serait la reconnaissance complète de la rivière Dourga, qui se trouvera probablement être un détroit, formant ainsi une île de la partie méridionale de la Nouvelle-Guinée.


AFRIQUE


GUINÉE. — Nouvelle expédition des frères Lander. Les frères Lander, dont l’un (Richard) a été domestique du capitaine Clapperton, viennent de mettre à la voile de Spithead, pour la côte occidentale d’Afrique. ils sont porteurs d’une lettre du secrétaire d’état pour le capitaine du premier vaisseau de guerre que le hasard leur fera rencontrer, lequel devra les conduire à Badagry, et les présenter à Adoli, roi de ce pays, au nom de son souverain, comme des personnes auxquelles le gouvernement anglais s’intéresse particulièrement. Ces deux voyageurs doivent se rendre de là à Katunga, et ensuite à Boussa, où périt Mungo-Parck, à l’effet de suivre le cours du Niger jusqu’à sa fin. Si ce fleuve débouche dans lecgolfe de Benin, ils reviendront par cette route si, au contraire, il coule à l’est, et se décharge dans le lac de Tschad, ils traverseront le grand désert de Tripoli, et s’en retourneront par le Fezzan.

MADAGASCAR. — Expédition française contre les Ovas[4]. – Après les affaires des 11 et 16 octobre, dont la première a eu pour résultat la destruction du fort de Tamatave, et la seconde la défaite des Ovas, au village d’Ambatoumanoui, la Terpsichore, la Nièvre et la Chevrette vinrent se présenter devant Foulpointe le 26du même mois, et mouillèrent à une grande portée de la côte.

Le 27, dès le point du jour, les bâtimens se rapprochèrent de la terre. A huit heures et quart, ils avaient tous pris le poste qui leur avait été assigné dans le point d’attaque : la Terpsichoseà 700 toises du rivage, la Nièvreà 250 toises, la Chevrette, dans le Barachois, à 200 toises d’une petite batterie de côté établie sur la pointe auxBoeufs.

M. le commandant Gourbeyre avait posté son guidon à bord de la Chevrette. Il y est resté tout le temps qu’a duré l’action. – A 8 heures 20 minutes, tous les bâtimens étant prêts à combattre, le commandant ordonna de commencer le feu, et bientôt leurs canons firent taire les batteries établies pour la défense du rivage. Celle qui protégeait la pointe aux Bœufs tira sur la Chevrette, qu’elle couvrit de mitraille. A neuf heures et demie, les vigies placées au-dessus des mâts annoncèrent que les Ovas avaient quitté la palissade et se portaient en désordre vers la redoute du Champ-de-Mars. Le commandant fit débarquer les troupes, qui se formèrent en colonne et s’avancèrent jusqu’à l’angle S.-E. Du fort ; elles furent accueillies par une décharge à mitraille. Les Ovas sortirent en grand nombre de leurs retranchemens ; une vive fusillade s’engagea sur tous les points ; mais bientôt nous fîmes cesser le feu de l’ennemi, et nos troupes, après s’être emparées de la batterie de la pointe aux Boeufs, y restèrent en bataille. Les Ovas avaient eu 75 morts et 50 blessés ; nous avions eu 11 hommes tués et 15 blessés. Au nombre des premiers est le brave capitaine Schoell, de l’artillerie de la marine, qui avait sollicité l’honneur de marcher à la tête des soldats africains.

A onze heures, l’ennemi ne se montrant plus sur aucun point, l’ordre fut donné aux troupes de rentrer à bord. Les bâtimens conservèrent pendant toute la journée la position qu’ils avaient prise pour l’attaque.

Pendant le combat, le sous lieutenant Pasquet de la Revanchère, du 16e léger, entré dans la palissade par une embrasure de canon, avec 14 de ses soldats, ayant trouvé une issue pour marcher à l’ennemi, osa se mettre en bataille devant la redoute ; et sa petite troupe fit la fusillade sur les Ovas, étonnés de se voir attaqués sur ce point : forcé de céder au nombre, il effectua sa retraite dans le meilleur ordre, emportant deux de ses soldats blessés.

Le grand canot de la Terpsichore, armée en guerre, avait été envoyé sur la côte pour faire diversion et partager ainsi l’attention de l’ennemi. L’élève de 1re classe, Marceau, qui le commandait, voyant que les Ovas s’éloignaient d’une batterie qui défendait le rivage, sauta à terre, et encloua lui-même le seul canon qui s’y trouva. Il se porta ensuite devant une rue par laquelle débouchait un détachement ova, et, par quelques coups à mitraille habilement dirigés, le força promptement à se retirer dans la redoute.

Tous les bâtimens ont fait leur devoir. La Chevrette, plus exposée que les autres au feu de l’ennemi, a eu deux blessés.

La division quitta Foulpointe le 28 au soir, et après avoir remonté à Tintingue, où le commandant fut prendre 80 hommes appartenant à la garnison de ce poste, pour renforcer les troupes du débarquement, elle revint mouiller, le 3 novembre, sur la côte sud de la pointe à Lancé. La Terpsichore s’amarra à 320 toises du fort Ova et par son travers. La Nièvre s’embossa à 258 toises et de manière à battre en écharpe. La Chevrette qui prit poste à deux encâblures derrière la frégate, eut ordre de protéger le débarquement et de tirer sur les Ovas en retraite, si les résultats de l’attaque les amenaient de ce côté. Pendant la nuit, les équipages et les troupes prirent quelque repos.

Le 4 novembre, jour de la fête du roi, le branle-bas fut fait à bord des bâtimens dès le point du jour. A six heures 10 minutes, la canonnade commença. Nos canonniers avaient ordre de pointer bas et de tirer sans précipitation. A l’exception de quelques pièces réservées pour la mitraille, tous nos canons tiraient à boulet et à peu près sur le même point pour faire brèche. Les artilleurs de terre, dirigés par le lieutenant Baudson, lancèrent des obus dont plusieurs éclatèrent dans l’enceinte du fort. L’ennemi, qui avait tiré sur la Terpsichore et la Nièvre dès le commencement de l’action, cessa bientôt son feu ; la plupart de ses canonniers avaient péri ; les autres abandonnèrent les bastions, qui ne leur offraient plus d’abri contre les boulets et la mitraille.

A huit heures et demie, le commandant ayant distingué une brèche praticable, fit cesser le feu. Les troupes s’embarquèrent dans les chaloupes et canots qui se réunirent près de la Terpsichore. Au moment où les embarcations se dirigèrent sur le rivage, vers le point choisi pour faire la descente, la Terpsichore couvrit de mitraille tout l’espace compris entre la forêt et les retranchemens ; et continua de tirer dans cette direction, pour arrêter les Ovas qui auraient voulu s’opposer au débarquement. Elle cessa son feu quand nos troupes, ayant forcé la première palissade, marchèrent sur le fort. En abordant au rivage, la chaloupe et le grand canot de la Terpsichore tirèrent quelques coups de caronade à mitraille dans la forêt pour éloigner ceux qui auraient tenté de repousser le débarquement ; puis nos détachemens descendirent sans opposition et se formèrent immédiatement.

Le capitaine Despagne forma deux colonne d’attaque ; la première sous les ordres de M. Baudson, lieutenant à la Ire compagnie du 4e régiment d’artillerie à pied ; le commandement de la seconde fut donné à M. Pasquet de la Revanchère, sous lieutenant au 16e léger, et il se mit à la tête de la réserve, forte de 60 hommes, M. Maréchal, sous-lieutenant au corps africain.

Les deux colonnes d’attaque se portèrent en avant au pas accéléré, précédées de 45 soldats noirs, envoyés en éclaireurs, et marchèrent en très bon ordre jusqu’à une première palissade élevée à 200 pas du fort. Là cinquante Ovas, cachés derrière un retranchement, voulurent défendre le passage : mais ils ne résistèrent pas long-temps à la fusillade dirigée contre eux, et aux grenades qui leur furent lancées Cette première barrière fut bientôt renversée le poste abandonné, et les Ovas obligés de se sauver dans le fort principal. Après avoir franchi ce premier obstacle, nos troupes, marchant toujours dans le même ordre, se dirigèrent sur le fort, et déjà elles étaient à quarante pas des remparts, quand elles reçurent trois coups de canon à mitraille qui nous blessèrent quelques hommes. Ce fut alors que le capitaine Despagane ordonna l’assaut ; à ce commandement impatiemment attendu, l’intrépide Baudson, à la tête de la colonne de droite, se précipite vers la porte du S.-E., et malgré une grêle de balles entraîne les soldats dans le fort, où il tombe couvert de blessures, au milieu des ennemis. De son côté, le brave La Revanchère s’élance avec une telle impétuosité sur le côté opposé, que la colonne de gauche était sur le rempart avant que l’en nemi eût pu recharger ses canons. Les Ovas, qui avaient fait jusque-là une courageuse résistance, ayant vu succomber leurs chefs et les plus braves d’entre eux ne songèrent plus qu’à la fuite : ils sortirent du fort et se sauvèrent dans la forêt, en suivant le rivage de la côte du nord. Poursuivis par la réserve, ils perdirent encore beaucoup de monde dans cette déroute.

La Chevrette, qui tira en ce moment, dut en mitrailler plusieurs dans le bois. A midi, le commandant Gourbeyre descendit à terre, et fit arborer le pavillon de France sur le fort des Ovas.

L’ennemi a laissé 119 morts sur le champ de bataille, dont 45 tués dans le fort, auprès des canons ou sur la brèche. Les prisonniers que nous avons faits, au nombre de 27 assurent que beaucoup de leurs blessés ont dû périr dans les bois. Nous avons su par eux que le poste de la pointe à Lancé était commandé par Andrianamifidi, et que ce chef avait sous ses ordres plus de 400 Ovas. Quelques-uns affirment qu’il a été tué en combattant contre la colonne de Baudson, d’autres disent qu’il s’est sauvé. Huit canons, 700 livres de poudre, quelques fusils, quelques sagaies et un troupeau de 250 bœufs, sont tombés en notre pouvoir. Nous n’avons eu que neuf blessés, dont un mortellement.

Les troupes ont occupé le fort pendant deux jours, et les bâtimens sont restés au mouillage pour embarquer les canons, les poudres, les bœufs, et tout ce qu’il pouvait être utile d’emporter à Sainte-Marie, où la Nièvre et la Chevrette ont débarqué les bœufs. De là ces deux bâtimens ont ramené les détachemens fournis à l’expédition par la garnison de Tintingue, et sont revenus de nouveau au mouillage du Port-Louis.

L’action des bâtimens a été très puissante ; les chefs de pièces, comme les maîtres canonniers, se sont fait remarquer par la justesse de leur tir, et ont maintenu le plus grand ordre dans toutes les parties du service de l’artillerie.

A la pointe à Lancé, comme à Tamatave et à Foulpointe, MM. Le Tourneur, capitaine de frégate, commandant la Nièvre, Depanis, lieutenant de vaisseau, commandant la Chevrette, et Prévost de Langristin, second de la Terpsichore, ont mérité les éloges du commandant Gourbeyre.

Le 20 novembre, deux envoyés du gouvernement d’Emirne, les généraux Coroller et Ratsitouhaine firent demander à M. Le commandant Gourbeyre un sauf-conduit pour se rendre auprès de lui, lui remettre deux lettres de la reine Ranavalo-Manjaka, et traiter de la paix.

Le 21, la Terpsichore, suivie de la Nièvre et du Madagas car, revint au mouillage de la pointe à Lancé, où le commandant avait annoncé aux envoyés qu’il les recevrait.

Le 22, ils se rendirent à bord de la Terpsichore, où ils furent accueillis avec le plus grand appareil : le commandant les admit à sa table ; ils demandèrent jusqu’au lendemain pour réfléchir sur le traité qui leur était offert.

Le 23, l’état de la mer les ayant empêchés de venir à bord de la frégate, le 24 ils s’y rendirent, et après avoir exprimé les dispositions les plus favorables, ils emportèrent avec eux le traité.

Le 26, ils sont partis de Ténériffe pour le soumettre à la signature de la reine.

Le commandant Gourbeyre leur a accordé jusqu’au 30 décembre pour rapporter cette ratification.

Avant de le quitter, le général Coroller lui a remis une invitation à tous les traitans de rentrer à Tamatave et autres lieux occupés par les Ovas, un ordre aux chefs de la côte de cesser immédiatement les hostilités, et une lettre par laquelle ce général déclare que les navires du commerce français seront admis, comme par le passé, dans tous les ports, sous la domination de la reine Ranavalo-Manjaka.

Le 26 novembre, M. le commandant Gourbeyre, ayant ainsi glorieusement terminé la mission qui lui avait été confiée, appareilla avec la Terpsichore et la Nièvre, pour rentrer à Bourbon, après avoir complété la garnison de Tintingue et pourvu à tous les besoins de cet établissement.

AMERIQUE[modifier]

AMERIQUE RUSSE. — Situation des colonies de la côte nord-ouest. — Le directeur général de la compagnie américaine russe vient d’adresser à ses actionnaires un rapport dans lequel il leur annonce que, pendant la navigation de celle année, il est arrivé des colonies russes de l’Amérique, dans le port d’Okhotsk, deux bâtimens appartenant à la compagnie. L’un, l’Okhotsk, a apporté de Novo Archangel pour onze cent mille roubles de pelleteries, et l’autre, le Tchitchagoff pour quatre cent mille des îles Kouriles. On attendait en outre, au Kamtschatka, le brick de la compagnie, le Baïkal, qui avait été expédié de Novo-Archangel, avec un chargement de sel, au mois de mai. Le.rapport du directeur général de ces colonies est fort satisfaisant. L’approvisionnement en est suffisamment assuré, et un détachement nouvellement débarqué dans les Kouriles, y a commencé des chasses qu’il poursuit avec succès. Une expédition a également été envoyée de Kadiak au nord, pour explorer l’intérieur du pays qui est resté jusqu’ici inconnu, et établir des relations commerciales avec les naturels. Les deux bâtimens sont depuis repartis d’Okhotsk pour l’Amérique, chargés de marchandises russes, et emmenant un nombre considérable d’individus qui vont, servir dans les colonies.

CANADA. — Voyage de découvertes dans l’intérieur des terres – une expédition, commandée par Le lieutenant Ingall, du quinzième régiment, partit, le 30 juin dernier, de la Forge de trois Rivières, et, remontant le Saint-Maurice.jusqu’à la rivière au Rat, elle s’arrêta trois semaines en cet endroit à attendre l’arrivée de M John Adams, l’ingénieur qui devait l’accompagner. Celui-ci l’ayant enfin rejointe, l’expédition alla explorer une vaste étendue de pays, située sur les derrières du poste de la rivière au Rat où elle espérait trouver de bonnes terres, qu’on disait exister dans cette portion de la province. M. Ingall, quoiqu’en partie trompé dans son attente, reconnut cependant avec plaisir qu’elle renfermait une suite de lacs spacieux et d’une grande beauté.

L’expédition retourna, après une absence de quelques jours, à la rivière au Rat, d’où elle remonta le Saint-Maurice jusqu’à son confluent avec le Vermillion, qu’elle suivit pendant plusieurs jours, jusqu’à des lacs nommés Cou-coucache, qui versent leurs eaux dans le Saint-Maurice, à 45 milles environ au-dessus de sa jonction avec le Vermillion. L’expédition reprit alors la route du Saint-Maurice, jusqu’à un poste de la compagnie de la baie d’Hudson, appelé Wemontachinque, qui est à 200 ou 300 milles des Trois Rivières, et à six journées de marche de la baie d’Hudson. Le Saint-Maurice prend sa source dans le voisinage.

Nos voyageurs ayant quitté Wemontachinque, remontèrent une petite rivière qui les conduisit à de vastes et beaux lacs, dont ils firent le tour. Un de ces amas d’eau, qui reçut le nom de Kempt, en l’honneur du gouverneur de la province, était si considérable, qu’ils mirent neuf ou dix jours à en parcourir la circonférence.

Au sortir de ces lacs, dont la reconnaissance avait occupé l’expédition l’espace de plusieurs semaines, elle descendit la rivière aux Lièvres durant quelques jours, et s’avança jusqu’à un autre poste que la compagnie de la baie d’Hudson a établi sur le bord du lac au Sable, à 80 milles de la rivière d’Ottawa.

La partie supérieure du cours de la rivière aux Lièvres est interrompue chaque instant par des chutes plus ou moins élevées, où le bateau de l’expédition faillit plusieurs fois se perdre. Elle essuya des pluies et des tempêtes continuelles sur les lacs, et, de temps en temps, il tombait de la neige. Le thermomètre marquait ordinairement, pendant la nuit ; de 5 à 10 degrés au-dessous de zéro. Les voyageurs souffrirent considérablement du manque de vivres dans le trajet au lac au Sable. De là, ils descendirent l’Ottawa jusqu’à Montréal, où ils arrivèrent le 22 octobre, après une absence de quatre mois.

On prépare en ce moment le journal et une carte exacte et scientifique de l’itinéraire de l’expédition. Les échantillons des diverses espèces de roches et de terres qu’elle a rapportés, ainsi qu’une collection d’insectes, de reptiles et de plantes sont destinés à l’institution de Montréal et au cabinet de la société littéraire et historique de Québec.

ÉTATS-UNIS. — Route de Buffalo à la Nouvelle-Orléans. — Un bill a été soumis à la chambre des représentans, par le comité des améliorations intérieures. Il s’agit de la construction d’une nouvelle route qui doit partir de Buffalo et aboutir à la Nouvelle-Orléans, en passant par Washington. C’est probablement le plus. Important de tous ceux qui ont dû être examinés par la chambre dans la session actuelle. Ce magnifique projet intéresse toute l’Union, et il a en particulier pour plusieurs états un intérêt si immense, que nous ne doutons pas de son adoption.

Chemins de fer. – On a reconnu depuis long-temps aux États-Unis que les chemins de fer offraient un moyen de communication à la fois prompt, sûr et économique. Aussi il n’y a guère d’état qui n’en possède déjà plusieurs. Le Maryland en construit actuellement deux, dont l’un qui doit aller de Baltimore à l’Ohio, à travers une partie de la Virginie et de la Pennsylvanie, aura au-delà de 300 milles de longueur. Suivant le rapport présenté par le comité à l’assemblée des actionnaires, à la fin d’octobre, 25 milles de ce chemin étaient déjà achevés. Les ingénieurs ont eu jusqu’ici de grands obstacles à vaincre, et les travaux ont coûté environ 20,000 dollars par mille. Il a fallu construire dans cet espace plusieurs ponts en pierre, dont l’un jeté sur les chutes de Gwynn, a une seule arche de 80 pieds d’empan, 58 de hauteur et 300 de longueur. Un autre, sur le Patapsco, a deux arches de 55 pieds d’empan, et deux de 20, une élévation de 46pieds et une longueur de 375. Il existe encore plusieurs autres ponts, de moindres dimensions, également bâtis en pierres. Le terrain ne présentant point les mêmes difficultés dans les 41 milles suivans que la route aura à parcourir pour atteindre la pointe des rochers, sur le Potomac, le comité espère l’avoir achevée, dans toute cette distance, avant la fin de l’année 1830, et il calcule que, de là à l’Ohio, il sera possible d’en construire 50 milles par an. La route, une fois terminée jusqu’au Potomac, ouvrira à la ville de Baltimore le commerce des vastes et fertiles vallées qu’arrosent ce beau fleuve et ses nombreux affluens, et deviendra dès lors fort avantageuse pour le public et pour les actionnaires.

Un autre chemin de fer est en construction dans le même état. Il doit aller de Baltimore au port d’York, sur la Susquehannah, en Pensylvanie, et avoir 70 milles, de longueur. La première pierre en a été posé par la grande loge maçonnique du Maryland, le 8 août dernier, centième anniversaire de la fondation de Baltimore ; et le rapport lu à l’as semblée des actionnaires, le 19 octobre suivant, annonce qu’il y en avait alors 3 milles achevés. La commission attendait pour en pousser les travaux avec activité, que la législature de Pensylvanie lui accordât l’autorisation de pratiquer la route à travers son territoire Ce travail, sans être aussi gigantesque que la route de Baltimore à l’Ohio, promet néanmoins d’être avantageux pour les : habitans de cette ville, et profitable aux entreprises. Il rencontrera à New-York le grand chemin de fer, actuellement en construction de Philadelphie à cet endroit, et qui aura une longueur de plus de 80 milles. Il ouvrira ainsi une communication sûre et peu dispendieuse pour le transport des marchandises et des voyageurs, entre ces deux grandes villes, et traversera un des pays les plus beaux et les mieux cultivés de l’Union.

La Penslvanie construit aussi en ce moment plusieurs canaux et chemins de fer. Depuis 1826, il y a été ouvert 177 milles de canaux, qui sont aujourd’hui en pleine activité, et l’on calcule qu’il en sera achevé 400 milles dans l’été de 1830, ainsi que 50 milles du chemin de fer qui joindra Philadelphie à la Susquehannah. Ces ouvrages exécutés pour le compte du gouvernement, sont distincts de ceux des compagnies particulières qui ont terminé, dans l’espace des huit dernières années 47 milles de chemins de fr et 380 de canaux. On comptait, au mois de juillet 1829, 47,000 ouvriers employés à ces travaux, dont les 95e étaient des Hollandais. En conséquence des immenses constructions publiques qui s’exécutent dans la Pensylianie, le New-York, sur le chemin de fer de Baltimore à Ohio et le canal de la Chesapeake à l’Ohio, le prix de la main d’œuvre a considérablement augmenté (80 francs par mois et la nourriture). Les irlandais qui ont le bonheur de gagner les plages américaines y affluent de toutes parts. Ce sont eux qui ont construit tous les canaux du New-York.

Le chemin de fer de Mauch-Chunk est ouvert depuis deux ou trois ans. Comme il descend par un plan incliné, du sommet d’une montagne, sur une distance de huit milles, jusqu’à la rivière de Lehigh, on a fait dernièrement, au moyen de machines, des expériences afin de déterminer le degré de vélocité qu’on pourrait atteindre pour le transport des chariots chargés de houille, et des chevaux et mulets destinés à les remonter lorsqu’ils auraient été vidés. On a reconnu que cette vélocité pouvait être portée de 30 à 40 milles par heure, sans.crainte d’accident ; mais la rapidité du trajet était telle, et les objets environnans se présentaient à la vue d’une manière si confuse, que conducteurs et animaux en devenaient malades au bout de quelques jours. Les directeurs ont été obligés en conséquence de restreindre à 14 milles à l’heure la marche du chariot en descendant.

Des expériences semblables ont été depuis peu exécutées sur la route en fer de Liverpool à Manchester, en Angleterre. Une des machines fit 11 milles à l’heure, une autre 14, et une troisième 26, en parcourant des distances de 21, 25 et 70 milles. Une autre machine franchit un certain espace, à raison de.32 milles à l’heure, c’est-à-dire qu’elle parcourut un mille en une minute et 53 secondes.

On vient de commencer encore un chemin de fer en Virginie, qui ira de Manchester à des carrières de charbon, et aura 13 milles de longueur. On espère l’avoir achevé à la fin de l’été. Un autre est également projeté de Boston à Lowell dans le Massachusets.

Caravane de Saint-Louis à Santa-Fé. – L’Amérique a ses caravanes aussi bien que l’Orient. Chaque année, au mois de mai, il en part une de Saint-Louis, sur les bords du Mississipi, pour Santa-Fé du Mexique, laquelle retourne en automne, aux États-Unis. Le général Jackson, sentant toute l’importance. de ce débouché pour le commerce américain, fit escorter la dernière par quatre compagnies de troupes régulières, sous le commandement du major Riley, pour la protéger contre les attaques des Indiens Comanches, qui l’ont déjà pillée plusieurs fois. Cet officier avait ordre de passer l’été dans l’île de Chouteau, et d’y attendre le retour de la caravane, pour la ramener à sa destination Malheureusement, plusieurs de ses soldats furent tués, pendant son séjour dans cette île, les Pawnées, qui lui enlevèrent ses chevaux, ses mulets et ses bœufs. Il accomplit néanmoins sa mission. Deux cents cavaliers mexicains accompagnèrent la caravane, moins par mesure de sûreté, que pour conduire jusqu’aux frontières plusieurs Espagnols et leurs familles, qui étaient obligés de quitter le territoire de la république. Ces malheureux arrivèrent aux États-Unis, pour apprendre.par les journaux de la Nouvelle-Orléans que le décret d’expulsion du 15 avril était rapporté par un autre du 16 septembre, qui leur permettait de rentrer dans leur patrie. La caravane a découvert le trésor que la précédente avait été obligée d’enterrer dans la crainte des Indiens, et est revenue avec une quantité considérable d’or et d’argent. Les profits de l’expédition ont été de plus de cent pour cent. Les habitans le Saint-Louis considérant l’importance de ce commerce, se proposent d’adresser une pétition au gouvernement pour l’inviter à organiser d’une manière régulière le service de cette caravane.

GEORGIE - Loi barbare contre les hommes de couleur. — On a appris, il y a quelque temps, que le grand jury du comté de Richemond, dans l’état de Georgie, considérait comme un grand danger pour l’état, l’habitude qu’avaient prise quelques imprimeurs d’employer des nègres dans leurs ateliers, parce qu’ils leur donnent ainsi l’occasion d’apprendre à lire et à écrire. Depuis, la législature de cet état a adopté une loi, dont les dispositions renchérissent encore sur les opinions du grand jury, et à laquelle nous ne pourrions croire si nous n’en avions eu le texte tout entier sous les yeux.

Il est d’abord défendu aux nègres ou aux hommes de couleur libres, venant des autres états, de quitter le bâtiment qui les aura amenés et de communiquer avec les nègres ou hommes de couleur libres de la Georgie. S’ils contrevenaient à cette défense, ils seraient arrêtés immédiatement, et le capitaine devrait payer les frais de détention jusqu’au jour du départ du bâtiment et ramener les prisonniers.

Si un esclave, un nègre libre, ou tout autre personne, apprend à lire ou à écrire à un esclave ou à une personne de couleur libre, l’esclave ou l’homme de couleur libre sera puni de l’amende et du fouet, et si c’est un blanc, il sera seulement puni de l’amende et de l’emprisonnement.

Cette loi digne des siècles de barbarie, est datée du 22 décembre 1829, et signée : WARREN JOURDAN, orateur de la chambre des représentans, THOMAS STOCKS, président du sénat, et GEORGES R. GILMER, gouverneur.

Il est important de remarquer que la Géorgie fait partie des états du Sud de l’Union, dont les principes en matière d’esclavage sont beaucoup plus rigoureux que ceux des états du Nord (Voyez l’article suivant, et ci-dessus le Voyage de M. Hulswitt).


NEW-YORK - Envoi d’esclaves affranchis à la colonie de Libéria. — La société de colonisation, qui cherche à provoquer dans ce pays l’affranchissement des esclaves, et qui a fondé une colonie d’esclaves rendus à la liberté à Libéria, sur la côte occidentale d’Afrique, a reçu de divers propriétaires l’offre de mettre 2,000 nègres affranchis à sa disposition, à condition de les transporter a ses frais Elle a fait un appel aux amis de l’émancipation des nègres, et leur demande des fonds pour le transport de ceux qu’elle va rendre citoyens dans l établissement qu’elle a créé

BALTIMORE. — Monument de Washington. -. La ville de Baltimore possède enfin un monument digne du fondateur de la liberté américaine, il se compose d’une colonne d’ordre dorique qui s’élève sur une base ou socle surmonté d’un piédestal circulaire, où l’on vient de placer la statue de Washington. Ce socle a 50 pieds carrés sur vingt-cinq de hauteur. Le diamètre du fût de la colonne est de 20 pieds et son élévation de 105 ; le chapiteau a 20 pieds carrés. La hauteur totale du monument, y compris la statue qui a quinze pieds, est de 176 pieds, et, comme il est construit sur une colline de cent pieds d’élévation, le faîte en sera à 276 pieds au-dessus de la mer. Il est bâti en marbre blanc légèrement varié, tiré des carrières voisines, et s’aperçoit à une distance considérable. Le monument s’élève au point d’intersection de quatre rues, qui vont en s’élargissant dans la direction de la colonne, de sorte qu’elle est complètement à découvert. Une partie de l’emplacement voisin doit être enclose et entourée d’arbres, et le tout sera environné d’une grille en fer massif, de 350 pieds de circonférence. A chaque façade de la base, il a un perron bordé de blocs de marbre surmontés de trépieds, et qui conduit aux portes d’entrée. Au-dessous de la corniche règne une large frise qui est enrichie de couronnes civiques et d’autant d’étoiles qu’il y a d’états dans l’Union. Au centre de cette frise, et au-dessus des portes, sont placées des tables de marbre où est inscrit le nom de Washington et aux quatre angles de la corniche, l’on voit des trophées militaires, également en marbre. Des inscriptions latines et anglaises, commémoratives des principaux évènemens de la révolution, qui se rattachent à la vie de Washington, décorent les différentes faces du monument. Voici une de ces inscriptions :

Fama manet perennis
Quia populi arbitrio
Sumpsit posuitq. secures.
Georgio Washington,
Patri patriae,
Quo duce,
Summo numine favente.
Civitates foederatae
Americae septentrionalis
Libertatem legesq.
Impetrarunt
Cives Baltimorieuses,
Haud inani studio
Tantae laudis augendae,
Sed ut
Exemplar vita
Patriaeq. Amoris
Semper in conspectu
Hominum esset.
H. M.
P. C.

Au-dessus de la grande plate-forme, à la base de la colonne, se trouvent treize boucliers en bronze, de dimension colossale, emblèmes de la première union fédérative, et recouverts des armes de chacun des états qui la composaient. Quatre aigles, sculptés en bas-reliefs, tiennent dans leurs Serres des couronnes, d’où partent des guirlandes qui entourent la colonne. Le grand homme est représenté au moment où il se démet du commandement de l’armée, et rend au peuple l’autorité qu’il lui a confiée. Cette statue également en marbre blanc et en trois morceaux, fait beaucoup d’honneur au sculpteur Causici. Un escalier en spirale de 220 degrés en marbre, pratiqué dans l’intérieur de la colonne, conduit à son sommet, et l’on se propose de l’éclairer au moyen du gaz.

MEXIQUE - Colonie française du Guazacoalco. — Les renseignemens suivans sur la colonie française, qui va se former sur les bords du Guazacoalco, au Mexique, dans es concessions faites par cette république à M. Laisné de Villevêque, sont extraits d’une lettre adressée à ce député par M. l’abbé Baradère, qui est arrivé récemment de ce pays, où il a séjourné quelque temps.

« Avant d’indiquer les terres destinées aux cultures, divers commissaires furent envoyés dans toutes les directions afin d’examiner cette vaste contrée Tous les rapports ont désigné, le Guazacoalco comme le point le plus fertile, le plus sain et le plus heureusement situé pour l’avantagé commercial. Le fleuve réunira un jour les deux Océans, et ses nombreux affluens peuvent recevoir les produits de Guatimala et des plus riches états du Mexique. Fernand Cortès avait connu toute l’importance du Guazacoalco, en fondant la ville de Spiritu-Santo, à quatre lieues de la barre, et en se faisant accorder pour son compte particulier, des terres considérables sur l’autre versant des Cordillères, au milieu de l’isthme.

« Le gouvernement mexicain a voulu donner une récompense nationale a plusieurs de ses généraux. Deux, trois et quatre lieues de terres ont été accordées à chacun d’eux ; Guerrero, Victoria, Santa-Anna, Barraga et Bravo sont en tête de la liste, et tous ont obtenu leurs terres en face de la Concession française, dont ils ne sont séparés que par le fleuve. C’est la prospérité de la colonie française qui doit leur donner de la valeur.

« La lecture de divers rapports sur le Guazacoalco, continue M. Baradère, et ceux que me donna verbalement M. Labe, sénateur et naturaliste distingué, me firent concevoir le projet de visiter moi-même une contrée qui devait recevoir mes compatriotes. Après avoir parcouru la province de la Puebla et l’état de la Véra-Cruz, j’arrivai par terre à Minotitlan, village bâti sur le fleuve en l’honneur du fameux Mina ; le lieu est bien choisi, puisqu’il sert de communication avec Acaycan, chef-lieu de département, et avec tout le pays jusqu’à la Véra-Cruz. Ce village peut être regardé comme l’entrepôt du Guazacoalco : déjà plusieurs négocians américains y sont établis. M. Waldevin y possède une scierie, où il emploie une dizaine d’ouvriers de sa nation, et envoie ses planches d’acajou et autres bois précieux à la Nouvelle-Orléans, où elles se vendent très-bien, et qu’un brick vient prendre au chantier. Il s’occupe en outre de la culture des terres qu’il a achetées à un de ses voisins. La population de Minotitlan est d’environ 300 personnes ; le gouvernement mexicain y a fait bâtir une chapelle et trois maisons pour servir de logement au colons nouvellement arrivés. Quatre autres villages sont échelonnés sur le fleuve, à une journée de distance les uns des autres, afin d’offrir au voyageur les moyens de transport nécessaires pour descendre ou remonter le fleuve : On trouve dans ces villages de la volaille, des oeufs, du pain de maïs, des bananes et du gibier en abondance.

« Minotitlan est à six lieues de la mer, en ligne directe, et à dix lieues en descendant le fleuve. Non loin de là se trouvent les ruines de la ville de Spiritu-Santo fondée à l’embouchure de l’Uspanapa, par Fernand Cortès, et détruite plus tard par les Anglais. Elle était destinée jadis à devenir l’entrepôt du commerce des deux mondes. Le Guazacoalco est en général bien encaissé ; à son embouchure il paraît encore plus resserré : aussi la barre est très-bonne et le canal ne change jamais de place. On n’a pas besoin de pilote pour entrer ni sortir ; les brisans des deux côtés indiquent la route à suivre. Le commodore Porter, commandant l’escadre mexicaine, a reconnu une partie de la côte et sondé la barre. Son travail, envoyé à Mexico, nous fut communiqué par M. Pedraza, alors ministre de la guerre ; d’après M. Porter, la barre dans les plus basses eaux, a seize pieds ; les hautes marées lui donnent quatre pieds en sus. Les bâtimens calant dix pieds peuvent remonter à Minotitlan : de Minotitlan à la concession, on trouve généralement six pieds d’eau : la marée remonte quinze lieues environ.

« Le Guazacoalco est un fleuve dont le cours, sans être trop rapide, l’est cependant assez pour la fertilité des terres qui sont en général fort hautes. Celles qui sont sujettes aux sujettes au inondations, s’élèvent insensiblement sur les deux rives, de sorte que les eaux ne s’étendent jamais a de grandes distances, et rentrent dans leur lit dès que le fleuve baisse Les accidens du terrain forment, dans quelques endroits, des mares dont le voisinage serait malsain ; mais cela a lieu dans tous les pays du monde encore ces inconvéniens n’arrivent qu’au bas du fleuve grossi par l’Uspanapa très-fort lui-même.

« Depuis la barre jusqu’aux Cordillères, le pays s’élève insensiblement, de sorte que la température de Minotitlan diffère de quatre degrés de celle de la barre, et progressivement jusqu’aux Cordillères Je ne crois pas me tromper en disant qu’il a de douze a quinze degrés de différence de la température de la barre à celle de la concession. La même disparité a lieu entre Véra-Cruz et Jalappa, qui n’est qu’à quinze lieues de cette dernière ville, et qui jouit d’une température délicieuse et constante.

« Le Guazacoalco est un fleuve très-poissonneux et ses bords sont remplis de tortues dont les oeufs sont bons à manger. Une quantité prodigieuse de canards sauges de diverses espèces, des oies, des poules d’eau et autres oiseaux aquatiques le parcourent dans tous les sens, et offrent au voyageur une ressource assurée et abondante. Le Guazacoalco renferme aussi des crocodiles ; l’espèce en est plus petite que celle qu’on trouve au Sénégal et dans la Gambie. L’enveloppe des crocodile du Guazacoalco ne résiste point aux balles ; aussi sont-ils plus timides ; ils n’attaquent point l’homme, et on n’a point à craindre, comme en Afrique l’amputation d’un bras qu’on laisse pendre en dehors de la pirogue. Il nous est plusieurs fois arrivé d’en trouver sur le bord du fleuve, blottis dans l’herbe, et se roulant a notre aspect, dans l’eau, sans faire mine d’attaque.

« A droite et à gauche du fleuve, le terrain est tout à tour boisé et découvert, si l’on peut appeler découvertes des plaines où l’herbe est à la hauteur de dix pieds.

« Ces plaines n’ont jamais plus d’une lieue carrée, et se succèdent à droite et à gauche du Guazacoalco. Le reste du pays n’est qu’une vaste forêt de cèdres, acajous, de bois de teinture, de poivriers, d’ébéniers, et d’autres bois précieux. Les orangers, limoniers, bananiers, citronniers, palmiers, cacaotiers, etc., etc., se trouvent aussi mêlés et confondus dans les forêts. Le cèdre, l’acajou, le chêne et le sapin qui est très-commun à l’extrémité de la concession, sont de grandeur colossale. Ils servaient jadis, dans les chantiers de la Havane, à la construction des vaisseaux de haut bord, et aujourd’hui les Indiens construisent sur le Guazacoalco des pirogues en acajou, et d’une seule pièce, de cinq pieds de largeur sur cinquante de longueur. Ces forêts vierges contiennent des milliers de sangliers, de cochons marons, de cerfs, gazelles, lièvres, faisans, poules sauvages et quantité d’oiseaux charmans. Mais à côte de ces animaux inoffensifs, se trouvent aussi quelques animaux destructeurs, tel que le tigre ; du reste, jusqu’ici l’homme n’a pas eu à se plaindre de sa griffe, tout ce qu’on a à lui reprocher c’est l’enlèvement de quelques poules qui allaient fourrager dans les bois, et se perchaient la nuit sur des arbres. Cependant depuis qu’on y. emploie des chiens, et que le mouvement et le bruit ont troublé le silence des forêts, cet animal a disparu. »

M. Baradere ne pense pas que les serpens ou les moustiques puissent être un obstacle à la prospérité de la colonie, ainsi que des personnes ont paru le croire. Pendant les quatre mois que ce voyageur a passés dans le pays, il n’a jamais vu un seul serpent ni entendu dire aux européens qui l’habitaient depuis plusieurs années qu’ils en eussent jamais rencontré. Quant aux moustiques, il assure que la concession, étant fort élevée au dessus du niveau de la mer et sans cesse exposée à un air vif et raréfié, n’en est point incommodée, et que d’ailleurs les insectes disparaîtront à mesure que le terrain sera dégarni de bois et livré à la culture.

« Le sol de la concession est formé du détritus de mille générations d’arbres : la terre végétale y a une épaisseur de terreau et favorable à toutes sortes de productions tant indigènes qu’exotiques. Le maïs peut produire jusqu’à quatre récoltes par an ; le riz, on le recueille deux fois. Dans quarante-cinq jours on peut avoir des haricots, la canne à sucre y est en végétation constante ; le café croît promptement et magnifique ; le cacao n’a besoin que d’être recueilli dans les bois, comme la vanille et le poivre ; le coton est très-abondant dans les villages qui le cultivent, et d’une finesse extrême. Le tabac, qui est une des plantes les plus productives, y prospère volontiers ; l’indigo de même ; les oranges, les cédras, les bananes, les patates, les ananas, n’exigent aucun soin pour s’y multiplier : la vigne et l’olivier y réussiront aussi, etc. Ajoutez à ces riches productions un ciel toujours enchanteur et un printemps continuel : dans cet heureux climat jamais l’arbre n’est dépouillé ; il reste toujours couvert de feuilles. Les pluies, fort rares dans certaines provinces du Mexique, ne manquent jamais au Guazacoalco ; le pic Saint-Martin attire les nuages, et, tous les quinze jours à peu près, on a de l’eau. Les Européens et les individus établis dans ce pays n’ont jamais connu les maladies des Antilles : l’élévation des terres, l’absence des grandes chaleurs et l’air pur qu’on y respire, en font une région aussi saine que Jalappa qui est à la même hauteur, et où jamais maladie endémique n’a existé. Etc… »

BARADERE

LA HAVANE. — Cétacé inconnu. — Voici la relation faite au capitaine de port de La Havane, par don José-Maria Lopez,.arrivant de Matanzas sur le navire, à vapeur le Neptune ; que commande cet officier.

« Partis de Matanzas, le 3 janvier, à sept heures du matin, dit ce capitaine, nous faisions route pour notre destination, lorsque, vers midi, nous aperçûmes, à quatre milles de la côte que nous longions, un objet fort élevé au dessus de la surface des flots ; les matelots et les passagers que je transportais, crurent d’abord comme moi que c’était un bâtiment chaviré. Je fis aussitôt gouverner de manière à m’en approcher le plus possible. Mais, parvenus à une petite distance, l’objet sur lequel nous avions les yeux parut changer d’aspect, et nous crûmes que c’était une grande embarcation en détresse. Croyant pouvoir être utile à quelques malheureux, je l’accostai à portée de fusil. Nos doutes furent alors éclaircis ; cette prétendue embarcation nous présenta la mâchoire supérieure d’un monstre d’une effroyable dimension. Il s’élevait, dans une position presque horizontale, à environ seize pieds de l’eau, et était entouré d’une innombrable quantité de poissons de diverses grandeurs, qui nageaient dans toutes les directions, en occupant un espace de près d’un mille autour de lui. En nous rapprochant encore de cet immense cétacé, nous le vîmes ouvrir ses mâchoires ; et un bruit terrible et semblable à celui produit par un éboulement de terre se fit entendre. Une nageoire de couleur noire et de près de neuf pieds d’élévation, placée à soixante pieds peut-être de sa gueule, se dressa lentement. Nous n’avons pu estimer la longueur totale de ce montre, dont la queue ne s’est pas montrée au dessus de la surface de la mer. Sans les instances réitérées de mes passagers, dont l’effroi était visible, je m’en serais approché de manière à pouvoir donner sur cette rencontre extraordinaire des détails plus précis.

« A l’instant où nous revirâmes de bord, le monstre disparut dans le nord-ouest, mais il se montra bientôt après dans le nord, à une plus grande distance, et il nous sembla avoir repris la position qu’il avait quand nous l’aperçûmes la première fois. Ses dimensions sont infiniment plus grandes que celles que pourrait offrir la plus forte de toutes les baleines ; et sa conformation, qui ne ressemble nullement à celle de ce denier genre de cétacé, me porte à croire qu’il doit appartenir à une espèce tout-à-fait inconnue jusqu’à présent.

« Certifié sincère et véritable à la Havane, ce 5 janvier 1830. » Suivent les signatures des passagers et matelots du Neptune, et celle du capitaine José-Maria Lopez.”

COLOMBIE ; — Communication entre les Océans Pacifique et Atlantique. – La commission topographique, chargée par le gouvernement Colombien d’examiner les obstacles qui s’opposent à la jonction des deux Océans, a reconnu que leur niveau était le même ; mais elle ne pense pas cependant que l’entreprise soit d’une exécution facile. La route suivie jusqu’ici, lui paraît la plus directe. Elle recommande d’améliorer la navigation de la Chagre, d’y établir des bateaux à vapeur, et de construire une route, praticable pour les voitures, de Cruces à Panama, qui sont seulement éloignés l’une de l’autre de sept lieues Par ce moyen, le trajet à l’Océan Pacifique serait fort court. On se rend, par la route actuelle, de la Jamaïque à Buenaventura, dans le Popayan, par la voie de Panama, en moins de 20 jours. Le gouvernement est disposé à encourager les projets qui lui sont proposés pour ouvrir la communication à travers I’isthme, et accordera aux entrepreneurs tous les avantages et facilités compatibles avec la sûreté et la défense du pays.

AMERIQUE DU SUD. — Service des postes entre Buenos-Ayres, le Chili et le Pérou. – La correspondancet entre Buenos-Ayres, le Chili et le Pérou, à travers le continent, vient d’être rétablie. Interrompue durant toute la guerre, elle avait été suspendue en 1829 à cause des dissensions intestines qui désolèrent les provinces de Buenos-Ayres. L’intérieur de ce pays, comme le reste de l’Amérique méridionale, est privé de routes praticables pour les voilures, et l’on y transporte la malle et les marchandises à dos de mulets ou de chevaux. Quoique la distance de cette route, de Buenos-Ayres au Chili, soit d’environ mille milles, on la trouve néanmoins plus courte et plus sûre que celle du cap Horn. Le départ de la malle de Buenos-Ayres au Chili, a lieu tout les quinze jours, le premier et le seize de chaque mois.

PROVINCE DE LA PLATA. — Nouveau conquérant.- Un nouveau conquérant, nommé Pincheira, s’est élevé dans les guerres que les Monténéros ont faites dernièrement à Buénos-Ayres. C’est le chef d’une tribu des Pampas. Son père était Européen, et sa mère indienne.

Les habitans des Pampas, toujours armés contre Buénos-Ayres, ont plusieurs fois signalé, dans des combats opiniâtres, la haine que leur inspire les nouveaux républicains. Pincheira à la tête de ses sauvages, s’est rendu redoutable aux habitans de la Plata. il y a un an qu’on le vit, après une défaite, se porter subitement sur l’établissement des Buénos-Ayriens en Patagonie, et ravager pendant plusieurs mois les campagnes qui l’environnaient. Ce fut sous ses ordres que les naturels de Bahia Branca assassinèrent la garnison de la place, pour se venger du massacre de plusieurs indiens que Lavalle avait fait passer au fil de l’épée. Après la paix avec Buénos-Ayres, il traversa tout le continent américain, et alla, à 500 lieues de Palagonie, au pied des Andes du Chili, attaquer la province de Mendoza, et la ravagea.

On ne sait pas encore comment se terminera la révolution que vient de provoquer Pincheira, ni au profit de qui elle aura été faite. Comme Indien, Pincheira a des opinions favorables à cette indépendance que par-dessus tout chérissent les sauvages ; mais comme fils d’un blanc, il tient à l’honneur de passer pour défendre, en vertu des pouvoirs qu’il dit avoir reçus, les intérêts de S. M catholique, Ferdinand. VII. C’est au nom de ce souverain qu’il a toujours combattu, et il se glorifie beaucoup de la qualité de colonel, grade qu’on lui a effectivement donné dans l’armée espagnole.

MONTEVIDEO. — Découverte d’un tombeau grec. – Nous donnons avec quelque défiance la nouvelle suivante qu’on nous prie de publier.

Un laboureur à découvert dernièrement, dans un champ, aux environs de Monte-Video, une espèce de pierre tumulaire, portant des caractères à demi effacés par le temps, et recouvrant une excavation entourée de maçonnerie, où étaient enfermés deux glaives, un casque et un bouclier. Le tout fut porté à Monté-Video, et l’on put, non sans beaucoup de peine, déchiffrer sur la pierre, les mots suivans, en caractères grecs : Sous le règne d’Alexandre, fils de Philippe, roi de Macédoine, dans la 63 olympiade, Ptolemaïos… Il fut absolument impossible de lire la suite. Sur la poignée d’une des deux épées, était en demi-relief, un profil que l’on crut reconnaître pour celui d’Alexandre, et le casque portait des ornemens d’un travail exquis, représentant Hector traîné par Achille autour des murs de Troie.

Il est plus que probable, d’après cette découverte, qu’un contemporain d’Aristote a foulé le sol du Brésil de la Plata. On pense que Ptolemaïos était le commandant de la flotte d’Alexandre ; jeté par les vents sur la côte du Brésil, il y aura déposé ce souvenir de son voyage dans des régions aussi éloignées. Dans tous les cas, une pareille découverte est de nature à fixer l’intérêt et l’attention des antiquaires de tous les pays.

BRÉSIL. — Situation des émigrés allemands. — Nous avons toujours pensé qu’il ne fallait adopter qu’avec beaucoup de prudence les projets de colonisation lointaine. Voici un rapport adressé par le consul suisse, au Brésil, à son gouvernement : le consul y trace le tableau le plus décourageant des peines et des contrariétés de tous les genres auxquelles sont en butte les Européens que des espérances de fortune et de bonheur attirent dans ce pays. Après avoir détaillé les obstacles que l’on éprouve à se procurer un terrain convenable et quelques esclaves, il ajoute : « D’ailleurs, qui pourra diriger l’émigré dans l’établissement qu’il va former ? Ses voisins peut-être ? Mais il ne doit ni ne peut s’en rapporter à eux ni à leur conseils. Jaloux des moyens qu’ils lui supposent et qu’ils portent toujours au-dessus de la réalité, ils ne cherchent en secret qu’à entraver ses démarches et ses opérations. Si malheureusement il a besoin d’eux, ils lui font payer leurs services au poids de l’or, et ne participent à ses travaux qu’avec l’intention d’en retarder les progrès ; trop heureux alors, si par des erreurs, de fausses spéculations où des mesures mal combinées, il ne se prépare pas des regrets pour l’avenir.

« Dans tous les cas, il doit s’attendre à de très-fortes dépenses pour sa nourriture et celle de ses esclaves, puis que huit mois au moins doivent s’écouler avant qu’il puisse songer à retirer du sol, de quoi pourvoir à leurs premiers besoins Enfin, après trois ou quatre ans d’anxiétés et de souffrances il verra ses moyens pécuniaires totalement épuisés, et commencera à s’apercevoir trop tard, qu’après tant de sacrifices il n’a acquis qu’une propriété dont la valeur est à peine suffisante pour fournir à ses besoins Alors le découragement viendra l’accabler et les maladies termineront peut-être sa triste existence.

« Mais il est des émigrés dont la chute est plus rapide et le sort plus funeste encore. Je veux parler des infortunés qui, séduits par les illusions dont on se berce trop souvent en Europe, abandonnent leur patrie, pour venir, sans argent et quelquefois sans talens, chercher dans ces contrées lointaines une fortune qu’ils croient aussi certaine que brillante. A leur arrivée, la misère la plus affreuse les accueille, et ils attendent que les secours de la charité les arrachent à une mort imminente. On en a vu un exemple récent et terrible dans ces malheureux Allemands débarqués au nord du Brésil.

« Dès son arrivée, cette troupe composée d’hommes, de femmes et d’enfans de l’âge le plus tendre, fut réduite à implorer la pitié publique. L’ignorance de la langue du pays est un obstacle de plus pour les étrangers, et cependant ceux qui sont familiarisés avec cette langue et qui la parlent avec facilité, n’en retirent aucun avantage.

« Ce que peuvent attendre de plus ces émigrés, c’est de trouver un propriétaire qui les emploie pour la nourriture seule. Dans ce cas, après deux ou trois ans, ils obtiennent la conduite subalterne des esclaves, et les modiques appointemens de trois cents francs. Mais combien de privations ne doivent-ils point subir ; par quelles épreuves ne doivent-ils point passer, avant de parvenir à ce point ? Dégoûtés, découragés, ils cherchent à s’étourdir, à oublier leurs maux, par l’usage immodéré des boissons ; ils finissent ainsi par ruiner entièrement un tempérament déjà miné par les travaux et les chagrins, et ils terminent d’une manière affreuse une carrière de privations et de dégoûts.

« Tel est le sort presque inévitable qui attend les Européens attirer dans ce pays par l’espoir d’y faire fortune. Le service militaire, qui, partout ailleurs est une ressource, n’offre pas ici le moindre avantage, attendu que l’avancement y est nul. Le Brésil est un pays superbe, et extrêmement riche des dons de la nature ; mais, dans son état actuel, les Européens ne doivent pas songer à y former des établissemens. »


  1. Voir plus bas l’article La Havane.
  2. La Petite Provence des négocians francs à Constantinople.
  3. Cimetière de Constantinople.
  4. Voyez notre cahier de janvier.