Coup d’œil statistique sur l’empire russe

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Variétés.

Coup-d’œil
géographique et statistique
sur la
partie européenne de l’Empire Russe
et le Royaume actuel de Pologne
[1]




ethnographie.

Aucun État de l’Europe n’offre un plus grand nombre de peuples différens que l’empire russe. Tous ceux qui vivent dans la partie européenne d’après les démarcations naturelles que les géographes modernes s’accordent à donner à cette partie du monde, peuvent être réduits aux souches suivantes : Souche Slave, qui dépasse de beaucoup toutes les autres en nombre ; elle comprend les Russes, qui sont la nation dominante, distingués en Grands-Russes, Petits-Russes, Rusniaks et Cosaques ; les Polonais, qui sont assez nombreux dans plusieurs gouvernemens du ci-devant royaume de Pologne ; les Lithuaniens, les Lettes, les Koures, et autres peuples moins nombreux. Souche Finnoise ou Ouralienne, à laquelle appartiennent les Finnois proprement dits de la Finlande, les Careliens, les Esthoniens, les Tcheremisses, les Votiaques, les Lapons, les Lives, les Zyraines, les Vogoules, les Permiens, les Mordva ou Mordouins, et une partie des Teptières. Souche Turque, improprement nommée Tatare ou Tartare, dans laquelle il faut ranger les Turks de Kazan, d’Astrakhan, etc. ; les Turkomans du Caucase, les Nogaïs, les Baschkires, les Tchouvasches, les Metcherieques, une partie des Teptières et autres. Souche Germanique, à laquelle appartiennent les Allemands des gouvernemens de Riga, Revel, Pétersbourg, Mitau, etc., et ceux des colonies dans les gouvernemens de Saratov, de la Tauride, etc. ; les Suédois, qui forment une partie considérable de la population de la Finlande, et un petit nombre d’Anglais et Danois établis en Russie. Souche Sémitique, qui comprend les Juifs, très-nombreux dans le royaume de Pologne et dans les gouvernemens ci-devant polonais, et quelques milliers d’Arabes dans la Région Caucasienne. Souche Greco-Latine, dans laquelle il faut classer les Moldaves et les Valaques de la province de Bessarabie, les Grecs, les Skipetars ou Albanais, et quelques milliers de Français et d’Italiens établis en Russie. Souches Circassienne, Lesghiennes, Abasse et Mitsdjeghienne, auxquelles appartiennent les Circassiens ou Tcherkesses, plusieurs peuples Lesghiens, tels que les Avars, les Kazi-Koumuk, les Akoucha, etc. ; les Abasses et les Mitsdjeghis, dans la partie européenne de la Région Caucasienne, Souche Arménienne, qui comprend les Arméniens, assez nombreux, surtout dans les provinces du Caucase et dans les villes les plus commerçantes de la Pologne. Souche Persane, dans laquelle il faut ranger les Ossetes, dans la région du Caucase, avec le Boukhares. Souche Mongole, qui embrasse les Kalmouks des gouvernemens d’Astrakhan, de Tauride, de Kherson, du Pays des Cosaques du Don et de la Région Caucasienne. Souche Samoyède, à laquelle appartiennent les petites tribus samoyèdes qui errent dans les vastes solitudes du gouvernement d’Arkhangel. Souche Samskrite, dans laquelle on range les Bohémiens de la province de Bessarabie, du gouvernement de la Tauride et autres.

La population du royaume actuel de Pologne est partagée entre les souches suivantes : Souche Slave, qui comprend les Polonais ; ils forment à eux seuls presque les trois quarts de la population ; les Rusniaks et les Lithuaniens. Souche Sémitique, qui comprend les Juifs, qui se sont tellement multipliés depuis quelques années, qu’on peut les regarder comme formant le dixième de la population totale du royaume. Souche Germanique, à laquelle appartiennent les Allemands, dont le nombre a beaucoup augmenté dans ces derniers temps ; ils forment un neuvième environ de la population. Viennent ensuite les Turks, les Bohémiens et les Arméniens, dont le nombre est très-petit ; les premiers appartiennent à la Souche Turque, les seconds à la Souche Hindoue ou Samskrite, et les troisièmes à la Souche Arménienne.

religions.

La grecque orthodoxe, identique à celle des Grecs de l’empire Ottoman, est la religion dominante dans l’empire. Toutes les autres religions sont non-seulement tolérées, mais elles sont professées librement ; la différence de culte n’est jamais en Russie un obstacle pour parvenir aux emplois publics. Les Russes, les Cosaques, les Moldaves, les Valaques, etc., et de nombreux prosélytes parmi les Permiens, les Zyraines, les Vogoules, les Mordva, les Samoyèdes, les Lapons de la Laponie-Russe, etc., professent la religion grecque orthodoxe ; les Polonais, les Rusniaks et les Lithuaniens du ci-devant royaume de Pologne, sont catholiques ou grecs-unis ; les Finlandais ou Finnois, les Lettes, les Koures, les Esthoniens, les Suédois et les Lapons de la ci-devant Laponie-Suédoise, ainsi que la plus grande partie des Allemands, sont luthériens. La religion réformée ne compte qu’un petit nombre de Polonais et quelques Allemands. L’islamisme est professé par presque tous les peuples nombreux que nous venons de ranger dans la souche turque, et par les Arabes ; mais plusieurs des peuples turks mêlent beaucoup de superstitions à leur prétendu islamisme. Les Juifs professent la religion de Moïse, et les Kalmuks le lamisme. Ce n’est guère que dans la partie européenne de la Région du Caucase, vers l’Oural et dans les solitudes du gouvernement d’Arkhangel qu’on rencontre encore des idolâtres parmi les Samoyèdes, les Mitsdjeghis, les Ossètes, les Tchouvasches et les Mordva. La Mission établie par le gouvernement à Arkhangel a déjà baptisé environ 3,500 Samoyèdes, de manière qu’il n’existe plus que fort peu d’individus de cette nation qui professent encore l’idolâtrie.

Dans le royaume actuel de Pologne, le catholicisme est la religion dominante, et est professé par presque les trois quarts de la population, mais tous les autres cultes y jouissent d’une entière liberté d’exercice. Viennent ensuite la religion de Moïse et le luthéranisme, qui comptent beaucoup de sectateurs ; presque tous les Allemands sont luthériens ; une petite fraction seulement de la population du royaume professe la religion grecque et le calvinisme. L’islamisme n’y compte qu’environ 1,200 croyans.

places fortes et ports militaires.

L’empire Russe a peu de places fortes, relativement à son étendue. Dans la Russie que nous regardons comme européenne, il faut surtout mentionner les suivantes : Sweaborg, Helsingfors et Fredericksham, en Finlande ; Kronstadt, dans le gouvernement de Pétersbourg ; Riga, dans celui de ce nom ; Dunabourg en Courlande ; Bobrouisk, dans le gouvernement de Minsk ; Taganrog, dans le gouvernement de Iekaterinoslav ; Ismaïl, Bender, Chotim et Akkerman, dans la Bessarabie. Zamosk et Modlin sont les places les plus fortes du nouveau royaume de Pologne.

Les principaux ports militaires sont : Kronstadt, où stationne la flotte de la Baltique ; Revel, Sweaborg et Rotchensalm : ce dernier est la station de la flotille de la Baltique ; Arkhangel, sur la mer Blanche ; Sevastopol avec la rade d’Akhtiar, centre des forces navales de la Russie sur la mer Noire, et Nikolaïev sur le Bog, où stationne la flotille de cette mer ; Astrakhan, sur le Volga, station de la flotille de la mer Caspienne. Les principaux chantiers de construction se trouvent maintenant établis à Saint-Pétersbourg et à Okhta, tout près de cette capitale, à Kronstadt, à Arkhangel sur la mer Blanche, et à Nicolaïev.

industrie.

On se trompe grossièrement lorsqu’on pense, avec beaucoup de géographes, que la Russie manque de fabriques et de manufactures : même long-temps avant le règne de Pierre-le-Grand, cette contrée possédait des fabriques de cuir, de toiles à voiles, de cordages, de coutil, de feutre, de chandelles, de savon, dont les produits étaient exportés. Pierre Ier, Elisabeth, Catherine II et Alexandre sont les souverains dont les règnes sont les plus mémorables pour les progrès de l’industrie ; mais c’est surtout depuis les dernières années de celui d’Alexandre, et depuis l’avènement au trône de Nicolas, que toutes les branches de l’industrie ont pris un grand essor : non-seulement leur nombre s’est beaucoup accru, mais leurs produits se sont aussi perfectionnés. En 1812, on ne comptait encore dans tout l’empire que 2,332 ateliers avec 119,093 ouvriers ; en 1828, les premiers s’élevaient à 5,244, les seconds à 255,414. Les gouvernemens de Moscou, de Vladimir, de Nijni-Novogorod, de Tambov, de Kalouga, d’Olonetz, se distinguent entre tous les autres par leur activité industrielle. Mais ce n’est pas seulement dans la fabrication des cuirs, du savon, du caviar, de la colle de poisson, des chandelles, de l’huile, de la toile à voile, des cordages, des nattes d’écorce d’arbre, de l’eau-de-vie de grain, de la carrosserie et de la bijouterie qu’on remarque ces progrès : la soierie, la verrerie, les draps, la papeterie, la faïence, la porcelaine, plusieurs articles de quincaillerie grosse et fine, d’armurerie, comptent aujourd’hui plusieurs manufactures dont les produits peuvent rivaliser avec ceux des meilleures fabriques de l’Europe. Lors de l’exposition des produits de l’industrie nationale, à Moscou, en 1830, on a vu des draps provenant des fabriques du comte Komarovsky, du prince Nicolas Troubetzkoï, etc., qui n’offraient aucune différence avec les plus beaux draps des fabriques françaises et anglaises. Les plus beaux cachemires de la fabrique de madame Merline, dans le gouvernement de Penza, se sont vendus jusqu’à 15,000 roubles la pièce ; les cristaux de M. Maltzov, et la porcelaine de M. Bakhmetev, ne le cèdent qu’aux cristaux et à la porcelaine des fabriques impériales, dont les produits, à quelques exceptions près, sont comparables avec tout ce que l’Europe offre de plus beau en ce genre. Les filatures et les manufactures de coton ont fait des progrès extraordinaires dans quelques gouvernemens ; celui de Vladimir les surpasse tous pour l’importance de ses produits en ce genre. La ville de Chouïa et Ivanovo, village appartenant au comte Scheremetiev, peuvent être regardés comme le centre de cette fabrication, qui, en 1828, n’employait pas moins de 15,612 métiers à tisser, et 24,217 ouvriers, sans compter les fabricans et leurs familles. Ce développement de l’industrie est dû en grande partie au nouveau système adopté par quelques manufacturiers de n’employer que des ouvriers libres et bien payés. Le gouvernement à son tour surveille l’administration des fabricans, et sévit contre ceux qui ne paient pas exactement les ouvriers. On a remarqué que les établissemens où l’ouvrage se fait par des esclaves, et où la main-d’œuvre peu-conséquent ne coûte presque rien, n’atteignent jamais la prospérité et le degré de perfection de ceux qui n’emploient que des ouvriers libres.

Nous devons aussi signaler un autre fait qu’on ne rencontre encore qu’en Russie et dans un petit nombre d’autres pays : c’est que le paysan fabrique lui-même presque tous les objets dont il a besoin. Il y a des villages entiers qui sont occupés par des ouvriers de la campagne ; c’est ainsi que Robotnika est peuplée de forgerons, Pavlovo de serruriers, Nikolskoï de tourneurs et de travailleurs en laque, Goroditch de charpentiers, Semenova de ferblantiers, Iagodnoge d’ouvriers en maroquin, Katunka de tanneurs en peaux de veau. Les meilleurs cuirs-maroquins se fabriquent à Iaroslav, Ouglitch, Kolomna, Arsamas, Viatka, Kazan, Toula, Nijni-Novogorod, Vladimir, Pskov, Vologda et Minsk ; les plus beaux maroquins, à Astrakhan, à Torjok dans le gouvernement de Tver, à Kazan et dans la Tauride : ces deux articles sont supérieurs à ceux que fabriquent tous les autres pays de l’Europe. Vladimir, Moscou, Kostroma et Kalouga se distinguent par leurs fabriques de linge de table ; Arkhangel, Riazan, Novogorod, Saint-Pétersbourg et Moscou, par la toile à voile ; Orel et Arkhaugel ont d’importantes manufactures de cordes, câbles et autres cordages. Sarepta fabrique une glande quantité de bas, de bonnets et de draps ; Akhlyrka, une étoffe nationale pour les femmes. On doit aussi mentionner les tapis persans de Kamenskoï, de Smolensk, de Koursk, de Mikhailovka, gros village du gouvernement de Voronége ; ceux de haute lice, du village d’Issa et de la fabrique impériale de Pétersbourg ; les fabriques de coton des gouvernemens deVladimir, Moscou, Pétersbourg, Kostroma et Astrakhan ; les manufactures de soieries de Moscou, de Koupavna (au prince Youssoupov), de Freneoe ( à M. Lazarev), etc. ; l’immense fabrique de drap du comte Potemkin, à Glouchkoov, qui seule suffit à l’habillement de l’armée russe ; celles de Moscou, de Sviblov près de cette ville, de Sarepta, etc. etc. ; le papier de Moscou, Pétersbourg, Iaroslav, Kalouga et de la Livonie ; les produits des verreries d’Ozerski, près de Pétersbourg ; ensuite ceux des gouvernemens de Volhynie, Livonie et Vladimir ; la porcelaine de Gatchina, Alexandrovsk et Verbitsk ; les manufactures d’armes de Toula, de Votka et Sestrabek ; les fonderies de canons à Petrozavodsk, Pétersbourg, Liperk et Kherson ; l’orfèvrerie et la bijouterie de Pétersbourg, Moscou et Oustioug-Veliki ; et les fabriques en cuivre des gouvernemens de Perm et de Moscou.

Les principaux articles de l’industrie du royaume actuel de Pologne ne sont pas nombreux, malgré les progrès que ce pays a faits sous ce rapport depuis quelques années ; les draps, les toiles, les cuirs et les fourrures y tiennent le premier rang.

Nous avons déjà indiqué les lieux de l’empire qui, plus que les autres, se distinguent par leur industrie ; nous ajouterons encore que Moscou, Saint-Pétersbourg, Riga, Toula, Vladimir, Vologda, Astrakhan, Arkhangel, Voronége, Iambourg, Schlusselbourg, Serpoukhov, Chouïa, sont les villes que l’on doit regarder comme les plus industrieuses. Dans le nouveau royaume de Pologne, on doit citer surtout Varsovie, Lublin, Kalisz, Tomaszow.

commerce.

Les importans travaux exécutés, surtout depuis le commencement du siècle actuel, pour faciliter le transport des marchandises dans toutes les parties de l’empire, et les progrès extraordinaires faits par les fabriques et les manufactures nationales, ont puissamment contribué à donner une grande étendue aux relations commerciales, non-seulement des provinces entre elles, mais aussi aux relations de l’empire avec les nations étrangères. Nous bornant au commerce extérieur, qui est le seul dont nous parlons ici, nous ferons observer que des calculs officiels ont démontré qu’il a plus que doublé depuis trente ans. Les principaux articles d’exportation de l’empire consistent en suif, lin, chanvre et farine, fer, cuivre, graine de lin, bois de construction, soies de porc, cire, cuirs, toiles à voiles, potasse, goudron, poix, huile à briller, cordages, fils, pelleteries, cuirs, maroquins. Les principales importations sont : vins, coton, soie, draps fins, soieries, cotonnades, articles de teinture, étain, thé, sucre, café et autres denrées coloniales, fruits, eau-de-vie, plomb, mercure, tabac, bois de menuiserie, résine, machines, outils et instrumens.

La Russie compte trois compagnies marchandes : la compagnie d’Amérique, créée en 1797, dont la direction est à Pétersbourg, et dont dépendent les établissemens de l’Amérique Russe ; elle a des comptoirs à Moscou, Kazan, Tomsk, Irkoutsk, Iakoutsk, Okhotsk et Kamtchatka ; la compagnie pour la navigation à vapeur, fondée en 1828 ; son but est de faciliter la navigation par des bateaux à vapeur établis sur le Volga, la Kama et la mer Caspienne ; la compagnie Russe du sud-ouest, fondée en 1824, pour étendre la navigation sur les grands fleuves de l’intérieur, la mer Noire et la mer Baltique.

Les principales villes marchandes dans l’intérieur et sur les frontières terrestres, sont : Moscou, qu’on peut regarder comme le centre de tout le commerce russe par terre, et Nijni-Novogorod, où depuis 1817, se tient la plus riche foire de l’empire et peut-être de l’Europe ; viennent ensuite Kalouga, Orembourg, Kours, Kherson, Toula, Oustioug-Veliki, Orel, Iaroslav, Mohilew, Brzesc-Litowski, Wilna, Iourbourg, Samara, Toropetz, Rostov, Kiev, Nejin, Dubno, Berdyczew et Radzivilov. Les principaux ports de mer marchands sont : sur la Baltique, Saint-Pétersbourg avec Kronstadt, Riga, Abo, Helsingfors, Reval, Pernau, Libau, Uleâborg, Wasa, etc. etc. ; dans la mer Blanche, Arkhangel ; dans la mer Caspienne, Astrakhan, Bakou et Kisliar ; dans la mer Noire, Odessa, Taganrog, Théodosia ou Kaffa, Kertch. Les villes les plus commerçantes du royaume actuel de Pologne sont Varsovie et Lublin.

divisions administratives.

L’empire russe offre de grandes différences dans l’organisation de ses divisions administratives. En combinant ce que nous trouvons dans MM. Hassel, Ziablovsky, Storch et autres auteurs, avec les renseignemens que nous devons à l’obligeance de MM. de Tolstoy, Edme Hereau et Klaproth, nous trouvons que l’empire russe est partagé actuellement en quarante-neuf gouvernemens et douze provinces (oblast). A ces divisions il faut ajouter le territoire des Cosaques du Don, espèce de république militaire ; le grand duché de Finlande, qui a une administration entièrement particulière ; le royaume de Pologne, qui n’avait de commun avec l’empire que le souverain qui le gouverne. Viennent ensuite plusieurs pays vassaux de nom ou de fait, dans la région du Caucase, dans la Sibérie, etc. etc., savoir : les khanats de Tarkou, de Koura, d’Avar, d’Akzaï, d’Endcry et des Kasi-Koumuk ; la Grande et la Petite-Cabarda, la Mingrelie, la Petite-Abassie, le Pays des Kaitak, de Thabesseran, etc. ; les Kirguiz de la Petite et de la Moyenne-Horde, et, depuis 1819, une partie de ceux de la Grande ; enfin, plusieurs autres pays entièrement indépendans, tels que la république de Koubitchi ; les Mitsdjeghi, à l’exception de la partie des Ingouches, qui sont vassaux ; les Ossetes, à l’exception du petit nombre qui est soumis ; les Tcherkesses occidentaux, les Abasses de la Grande-Abassie, les Nogai à la gauche du Kouban et les Tchouktchis, à l’extrémité nord-est de l’Asie, ainsi que les Kolioudjes et les autres peuples de l’Amérique russe.

Les provinces (oblast) ne sont, à proprement parler, que de petits gouvernemens, puisqu’elles sont indépendantes des gouvernemens proprement dits, dont elles ne diffèrent que par leur étendue ou leur population. Leurs gouverneurs jouissent en outre d’une autorité plus étendue que celle dont sont investis les gouverneurs civils des divisions qui ont le titre de gouvernemens. Ces derniers sont divisés en plus ou moins d’arrondissemens ou cercles, selon leur étendue. Plusieurs divisions administratives sont soumises à un gouverneur militaire, et forment en quelque sorte des vice-royautés. C’est ainsi que les gouvernemens de Pskov, de Livonie, d’Esthonie et de Courlande relèvent du gouverneur-général, qui réside à Riga ; que les gouvernemens de Tobolsk et de Tomsk, avec la province d’Omsk, forment le gouvernement général de la Sibérie occidentale, dont le chef-lieu est Tobolsk ; tandis que ceux d’Ienisseïsk et d’Irkoutsk, avec la province de Iakoutsk et les territoires riverains d’Okhotsk et de Kamtchatka, forment le gouvernement général de la Sibérie orientale, dont le chef-lieu réside à Irkoutsk. Cependant quelques-uns de ces gouverneurs généraux n’étendent leur juridiction que sur un seul gouvernement ; ceux de Pétersbourg, de Moscou, de la Finlande, appartiennent à cette catégorie. Comme les limites de ces grandes divisions sont très-variables, et n’ont offert jusqu’à présent rien de permanent, elles ne doivent ni ne peuvent figurer ici.

Le gouvernement russe ne reconnaît pas la distinction faite par les géographes entre la Russie d’Europe et celles d’Asie et d’Amérique. Les deux premières se trouvent fondues dans plusieurs gouvernemens. Perm et Orembourg, par exemple, étant traversés par la chaîne de l’Oural, ont une partie de leur territoire en Europe et une autre en Asie. Nous avons cependant tâché de combiner, autant qu’il était possible, les divisions administratives avec les grandes divisions géographiques. Ayant fixé les confins de l’Europe à la crête de l’Oural et à celle du Caucase, nous avons admis dans le tableau ci-dessous, la totalité des deux gouvernemens de Perm et d’Orembourg, quoiqu’une grande partie de leur territoire, étant à l’est de l’Oural, appartienne réellement à l’Asie, et nous avons rejeté dans le tableau de la Russie Asiatique, tout le gouvernement général du Caucasse, bien que sa partie septentrionale soit située dans les confins que nous avons assignés à l’Europe. C’était le seul parti que nous pouvions prendre pour ne pas diviser ce que le gouvernement russe a voulu réunir, et pour conserver jusqu’à un certain point les grandes divisions naturelles qui doivent être toujours la base de tout traité de géographie. D’ailleurs, la partie la plus importante de la région Caucasienne étant placée au sud du faîte du Caucasse, nous avons préféré laisser pour la description de la Russie d’Asie la totalité de cette région, plutôt que de la donner avec celle d’Europe, à laquelle n’appartient que sa partie la moins considérable.

Le tableau suivant offre les divisions administratives de la Russie d’Europe, moins la partie septentrionale du gouvernement général du Caucase, par les motifs que nous venons de dire. On les a rangées d’après de grandes divisions géographiques et historiques, en mettant ensemble les contrées qui ont porté autrefois une dénomination générale, justifiée par l’ethnographie et que l’usage n’a pas encore entièrement effacée, et en réunissant les pays qui autrefois ont fait partie de la Suède, de la Pologne, des royaumes turcs de Kazan et d’Astrakhan, etc. etc. C’est ainsi, par exemple, que l’on a compris sous le nom de Grande-Russie, tous les gouvernemens qui forment le véritable noyau de l’empire, et dont la grande masse des habitans se compose de Grands-Russes. On a appelé Petite-Russie les gouvernemens où demeurent les Petits-Russes. Nous avons nommé Russie-Baltique les gouvernemens qui s’étendent autour de la mer Baltique, et qui, à l’exception de la Courlande, ont été conquis à différentes époques sur les Suédois ; nous avons désigné sous la dénomination de Russie-Méridionale ceux qui s’avancent considérablement vers le sud, et qui ont été enlevés successivement à l’empire ottoman. On a appelé Russie-Occidentale tous les gouvernemens qui formaient jadis partie du vaste et puissant royaume de Pologne ; leur position justifie cette dénomination. Enfin on a nommé Russie-Orientale tous les gouvernemens qui, à quelques exceptions près, sont situés à l’est des autres parties de l’empire ; ils formaient les puissans royaumes turcs de Kazan et d’Astrakhan. Nous avons réservé pour l’Asie-Russe les grandes divisions de la Sibérie et de la région du Caucase. Pour rendre ce tableau plus utile, on a ajouté à certaines divisions administratives la qualification qui leur convient, afin de ne pas les confondre avec celles qui ont le titre de gouvernement. On doit remarquer qu’à l’exception de la Finlande et des gouvernemens d’Esthonie, de Livonie, de Courlande, de Volhynie, de Podolie, de Slobod-Ukraine, de Tauride, d’Olonetz, d’Orembourg, des provinces de Géorgie et du Caucase, toutes les divisions administratives de l’empire prennent leurs dénominations de leurs chefs-lieux respectifs. Le grand-duché de Finlande, qui a une constitution à part, est divisé en sept petits gouvernemens qui prennent le nom de leurs chefs-lieux respectifs ; le ci-devant gouvernement russe de Vibourg en est un, et y a été réuni dernièrement ; chaque gouvernement est subdivisé en cercles. Le royaume de Pologne était divisé en huit palatinats, subdivisés en trente-neuf arrondissemens et soixante-dix-sept districts. M. Serge Poltoratzky, de Moscou, a bien voulu rédiger pour notre Abrégé, un tableau de la population des villes de l’empire, par gouvernemens, d’après les renseignemens publiés dans l’almanach de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg pour l’année 1830. C’est à ce document que nous avons emprunté les populations des villes de l’empire. Ces estimations de l’almanach, malgré quelques erreurs partielles et quelques grandes lacunes, sont toujours tout ce que cette partie de la statistique de la Russie offre de moins inexact ; d’ailleurs elles méritent plus de confiance que les données statistiques qu’on a publiées jusqu’à présent. Il paraît que c’est à l’année 1829 qu’on doit rapporter le recensement sur lequel elles sont basées. A l’égard du gouvernement de Tchernigov, du grand-duché de Finlande et du nouveau royaume de Pologne, entièrement omis dans l’almanach, nous n’avons pu que répéter les populations que nous avons données dans notre Tableau de l’empire Russe comparé aux principaux États du monde ; elles se réfèrent toutes, à l’exception de Varsovie et de Tomaszow, à l’année 1819, et sont par conséquent de beaucoup au-dessous du nombre réel. Les populations de la Bessarabie se réfèrent à l’année 1828. Pour ménager l’espace, on s’est borné à indiquer en milliers le nombre des habitans, en exprimant en fractions décimales, les centaines d’habitans de tous les lieux, dont la population est au-dessous d’un millier ; on a mis un astérisque après les chiffres empruntés à d’autres, sources qu’à l’almanach de l’Académie.


Tableau
statistique et topographique de l’Empire Russe et du Royaume de Pologne
.

noms
des régions,
gouvernemens et provinces.
superficie en milles carrés. population à la fin de 1826. chefs-lieux
villes principales
et lieux remarquables.
Russie Baltique.
Saint-Pétersbourg 14,080 845,000 Saint-Pétersbourg, 449. Kronstadt, 10. Narva, 5. Tzarkoïé-Selo, 4. Schusselbourg, 3. Novaïa-Ladoga, 2. Gatchma, 2. Pavlovsky, 1. Oranienbaum, 0,7. Iambourg, 0,7. Sestrabeck.
Estonie 5,500 303,000 Revel, 12. Weissenstein, 3. Weissenberg, 3. Habsal, 1. Baltisch-Port, 0, 5. L’île Dagœ.
Livonie 13,170 754,000 Riga, 42. Dorpat, 9. Pernau, 4. Fellin, 2. Venden, 2. Dunamünd, 0,6. L’île Œsel, où se trouve Arensbourg, 2.
Courlande 8,260 581,000 Mittau, 14. Libau, 7. Goldingen, 4. Jakobstadt, 2. Polanden, 1.
Grand-Duché de Finlande 102,500 1,350,000 Helsingfors, 8. Sveaborg, 3. Borgo, 2. Lowisa, 3. Abo (Turku), 11. Wasa, 3. Gamla-Kalerby (Kokkola), 2. Uleaborg, 4. Tornea, 1. Enontekis, 0, 8. Imbilazk, 3. Salminsk, 4. Fridrichshamm, 2. Rotschensalm, 1. Vilbourg, 3. L’archipel d’Aland.
Grande Russie.
Moscou 9,220 1,338, 000 Moscou, 250. Kolomna, 10. Serpoukhov, 6. Vereïa, 5. Dmitrov, 4. Bronnitzi, 2. Mojaïsk, 2.
Smolensk 17,000 1,326,000 Smolensk, 11. Viazma, 8. Dorogobouge, 4. Beloï, 3. Roslavle, 3. Poretchïé, 3.
Pskov 12,780 865,000 Pskov, 9. Toropetz, 5. Velikié-Louki, 4. Porkhov, 3. Izborsk, 0,3.


Tver 19,360 1,261,000 Tver, 22. Torjok, 12. Rjev, 10. Ostachkov, 8. Vychni-Volotchok, 6. Kaliazine, 5. Kachine, 5.
Novgorod 36,510 916,000 Novogorod ou Novogorod-Yeliki (Grand-Novogorod), 8. Staraïa-Roussa, 9. Borovitchi, 5. Tikhvine, 4. Valdaï, 4. Oustioujna, 3. Belozersk, 5. Kirilov, 2.
Olonetz 46,920 360,000 Petrozavodsk, 5. Kargopole, 2. Vytegra, 1. Olonetz, 1.
Arkhangel 12,780 865,000 Arkhangel, 19. Mezen, 1. Onega, 1. Kholmogory, 1. Keme, 1. Kola, 0,7.
Vologda 122,530 802,000 Vologda, 13. Oustioug-Veliki, 7. Totma, 3. Oust-Sysolsk, 2. Griazovetz, 2. Solvytchkégodsk, 1. Nikolsk, 1. Iarensk, 1.
Iaroslav 10,800 1,038,000 Iaroslav, 24. Ouglitch, 8. Romanov-Borisoglébsky, 6. Rostov, 6. Mologa, 3. Rybinsk, 3. Pochékhonié, 3. Lubime, 2.
Kostroma 24,140 1,456,000 Kostroma, 12. Galitch, 5. Kinechma, 3. Makariev (sur l'Ounja), 2. Soligalitch, 2.
Vladimir 14,830 1,335,000 Valdimir, 7. Mourom, 6. Péréslavle-Zalesky, 5. Melenki, 3. Viazniki, 2. Alexandrov, 2. Chouïa, 2.
Nijni-Novogorod 13,920 1,380,000 Nijni-Novogorod, 14. Arzamas, 8. Potchinki, 6. Balakbna, 3. Madaïevsk, 3. Makariev (sur le Volga), 2. Pavlova, 6. Mouraschkina, 6.
Tambov 19,440 1,422,000 Tambov, 16. Kozloz, 14. Temznikov, 6. Ousmane, 6. Lipetzk, 6. Morchansk, 6. Spassk, 6. Elatma, 5. Kadom, 4. Chatzk, 4.
Riazan 11,310 1,309,000 Riazan, 19. Pkopine, 8. Zaraïsk, 6. Kassimov, 6. Ranenbourg,3. Spask, 3. Donkov, 1.

Toula 8,850 1,040,000 Toula, 39. Belev, 5. Bogoroditzk, 4. Efremov, 3. Venev, 3. Epifane, 2.
Kalouga 9,410 1,175,000 Kalouga, 26. Gisdra, 7. Borovsk, 5. Kozelsk, 4. Mestchovsk, 3. Mosalsk, 3. Maloïaroslavetz, 1.
Orel 13,220 1,300,000 Orel, 30. Eletz, 15. Bolkhov, 13. Metzensk, 10. Karatchev, 9. Livny, 7. Sevsk, 6. Briansk, 5. Kromy, 4. Draitrovsk, 4. Maloarkhangueisk, 4.
Koursk 12,610 1,649,000 Koursk, 23. Belogorod, 10. Soudja, 7. Rylsk, 7. Poutivl, 6. Miropolié, 5. Novoï-Oskole, 5. Stchigry, 5. Staroï-Oskole, 5. Oboïane, 4.
Voronege 22,160 1,446,000 Voronege, 19. Ostrogojsk, 4. Novokhopersk, 3. Pavlosk, 3. Mikhaïlovka, ??. Valouiki, 3. Biruch, 2.
Petite Russie.
Kiev 14,980 1,472,000 Kiev, 56. Bougouslavl, 7. Ouman, 7. Zofiowka, ??. Tcherkacy, 6. Vasilkov, 5. Makhnovka, 5. Skvira, 4. Tchiguirine, 3. Radomysle, 3. Lipovetz, 3. Kanev, 3.
Tchernigov 17,600 1,472,000 Tchernigov, 10. Nechin, 16. Novogorod Severski, 8. Goukhov, 9. Starodoub, 4. Mglin, 5. Batourin, 5. Oster, 4.
Poltava 16,240 1,878,000 Poltava, 8. Kobéliaki, 11. Krementchoug, 8. Mirgorod, 7. Zenkov, 7. Prilouki, 6. Gradijsk, 5. Pereïslav, 6. Lokhvitza, 4. Zolotonocha, 4. Gadiatch, 3. Romene, 3. Khorole, 3. Glinsk, 2. Loubny, 2.
Kharkov ou Slobodes d'Ukraine 11,230 914,000 Kharkov, 13. Akhtyrka, 13. Bélopolié, 11. Lebedine, 11. Soumy, 9. Bogodoukhov, 9. Valki, 7. Tzume, 6. Bélovodsk, 6. Zolotchev, 6. Krasnokontzk, 5. Voltchansk, 5. Nedrigaïlov, 5. Slaviansk, 4. Koupiansk, 4. Starobelsk, 3. Zmiev, 3.

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Podlaquie 4,040 347,000 Siedlee, 3. Biala, 3. Wengrow, 4. Lukow, 2.
Plock 4,830 454,000 Plock, 6. Pultusk, 3. Modlin, ??. Wyszogrod, 2. Dobrzyn, 2. Pultusk, 2. Ostrolenka, 1.
Augustow 5,200 476,000 Suwalki, 3. Lomza, 2. Ciekhanowiec, 3. Tykoczin, 3. Kalvary, 4. Augustow, 1. Dospuda, ??. Nowemiastoz (Neustadt), 2. Seyny, 0,8.

  1. Les événemens mémorables qui se passent actuellement en Pologne, et dans les gouvernemens limitrophes de l’empire Russe, attirent spécialement l’attention de tous ceux qui aiment à suivre les phases de leur développement, aussi important qu’inattendu. Il sera sans doute agréable à nos lecteurs de trouver résumés en quelques pages les principaux élémens de la géographie politique de ces vastes contrées, d’après les sources les plus authentiques et les documens les plus récens. Ce tableau fera partie d’un ouvrage important (Abrégé de Géographie générale) y que prépare en ce moment M. Balbi, aidé de plusieurs savans.