Coups d’ailes/Près de Vous

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Bibliothèque de l’Action française (p. 93-96).

Près de Vous

Je suis venu, mon Dieu, prier à votre autel.
Avide de bonheur, mon âme s’est blottie
À vos pieds que jadis perça le fer cruel,
Et, de mes yeux ravis, j’ai contemplé l’hostie.

J’ai vu qu’au tabernacle, hélas ! Vous étiez seul,
Seul en cette Prison, par amour pour les hommes,
Aussi seul qu’au tombeau, dans votre blanc linceul ;
Et j’ai rougi de voir quel peuple ingrat nous sommes !


Vous m’êtes apparu si radieux et doux,
Si prêt à recevoir mes prières naïves,
Que j’ai voulu veiller une heure auprès de Vous,
Tout comme au sol béni du Jardin des Olives.

Le silence régnait partout autour de moi.
Et je Vous ai parlé comme on parle à son père.
Je me suis prosterné, car Vous êtes mon Roi,
Et j’ai dit : « Oui,Seigneur, c’est en Vous que j’espère ! »

Je Vous ai dit bien bas quelles sont mes amours ;
Je Vous ai confié toutes mes espérances ;
Je Vous ai demandé de veiller sur mes jours,
Et de verser sur moi le fruit de vos souffrances.

Puis dans la paix du soir, j’ai fait taire ma voix.
J’ai voulu, de nouveau, relire l’Évangile :
Le testament qu’un Dieu nous laissa sur la croix !
Maître, je l’ai relu ; près de Vous, immobile.


Alors, mon pauvre front touchant presque le sol,
En esprit j’ai baisé vos divines blessures.
Et j’ai laissé mon âme, au ciel prendre son vol ;
Car les routes du ciel ne sont pas les plus dures.

J’ai pleuré, songeant au calice rédempteur
Que vous avez voulu boire jusqu’à la lie ;
Et j’ai compris, pourquoi vous aviez dit, Seigneur :
« Venez à moi, je suis le repos et la vie ! »