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Cours d’agriculture (Rozier)/BELLADONE

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 196-197).


BELLADONE, ou Belle-dame. (Pl. 4, pag. 181.) M. Tournefort la place dans la première section de la première classe, qui comprend les herbes à fleur en forme de cloche, dont le pistil devient un fruit mou & assez gros ; & il l’appelle bella dona majoribus foliis & floribus. M. le chevalier von Linné la classe dans la pentandrie monogynie, & la nomme atropa mandragora. C’est aux italiens que cette plante est redevable de son nom de bella dona, ou belle-dame, parce que les dames de quelques contrées d’Italie, préparent avec le suc de son fruit, un rouge pour s’en servir comme du fard. La multiplicité des noms jette souvent les compilateurs peu instruits, dans des erreurs dangereuses. Par exemple, l’auteur du Dictionnaire d’Agriculture, dit, en parlant de la belle-dame : « Sorte d’herbe potagère. Les botanistes l’appellent bella dona, de l’italien. C’est, selon eux, une plante assoupissante. » Ils ont raison. C’est l’auteur qui confond, arroche, ou belle-dame, (voyez Arroche) avec la bella-done, mot qu’on a très-mal à propos francisé en celui de belle-dame.

Fleur, d’une seule pièce, en forme alongée, & découpée en cinq parties à son extrémité ; les étamines, au nombre de cinq, B, adhérentes par leur base à la corolle B, qui est représentée coupée & ouverte. Le calice C, également d’une seule pièce, & découpé en cinq, renferme une baie, sur le milieu de laquelle est implanté le pistil.

Fruit. Baie molle, verte d’abord, & ensuite d’un violet noir ; divisée intérieurement en deux loges remplies d’une substance pulpeuse, rougeâtre, & de semences petites, en forme de lentilles. En D, on voit ce fruit coupé transversalement, & environné par le calice.

Feuilles, blanchâtres en dessous, & d’un verd noir en dessus, ovales, entières, terminées en pointe.

Racine A, grosse, pivotante, quelquefois divisée en plusieurs autres racines, blanchâtre en dedans, rousse en dehors, poussant des bourgeons & des racines chevelues à la base de ces bourgeons.

Port. Les tiges sont cylindriques, hautes de deux à quatre pieds ; elles partent de la racine, sont molles, velues, feuillées, rameuses, & la première gelée les fait périr. Les fleurs naissent des aisselles des feuilles ; elles sont d’un rouge triste, portées sur un péduncule ordinairement accompagné à sa base de deux folioles.

Lieu. Sur les bords des bois, le long des murs ; fleurit en Mai, en Juin ; la plante est vivace.

Propriétés. Les feuilles ont une odeur virulente, une saveur nauséabonde & médiocrement âcre, ainsi que les baies. Ces baies sont un poison plus actif que les feuilles ; leur contre-poison immanquable est le vinaigre.

Usage. Extérieurement, les feuilles fraîches, pilées & appliquées, sont résolutives ; on s’en sert pour retarder les progrès du cancer ulcéré, & diminuer la vivacité des douleurs qu’il fait éprouver. C’est fort mal à propos qu’on a conseillé contre les ophtalmies, le suc exprimé sous forme de collyre… L’extrait des feuilles, donné intérieureusent & à doses un peu fortes, procure le sommeil avec fièvre & agitation, fatigue l’estomac, cause des anxiétés, & souvent des mouvemens convulsifs. Si on le donne à petite dose, il diminue quelquefois les progrès du cancer occulte & du cancer ulcéré ; il favorise la détersion des ulcères invétérés, & il suspend les diarrhées opiniâtres. Au surplus, les seuls maîtres de l’art doivent administrer cette plante vénéneuse.

Quelques auteurs ont conseillé de placer cette plante dans les plates-bandes d’un jardin, à cause de la couleur des fruits ; ces auteurs supposoient, sans doute, que les enfans n’iroient pas se promener dans ce jardin. Peu accoutumés encore à comparer les objets les uns avec les autres, ils prennent les fruits de la bella-done pour des cerises, & ils les mangent ; un seul suffit pour les empoisonner. Combien d’exemples ne pourroit-on pas citer ici ! Comme cette plante aime les lieux pierreux, frais, il n’est pas rare d’en trouver près des habitations. La prudence dicte de la faire détruire, de ne pas se contenter de couper les tiges, mais encore de fouiller la terre jusqu’à la profondeur de la dernière de ses racines.