Cours d’agriculture (Rozier)/ARROCHE

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 3-5).


ARROCHE. Les botanistes en comptent huit à dix espèces, sans comprendre dans ce nombre plusieurs variétés ; mais pour ne pas sortir de la loi que nous nous sommes imposée, nous ne parlerons que de l’espèce cultivée dans nos jardins, & de sa variété.

M. Tournefort place l’arroche dans la seconde section de la quinzième classe, qui comprend les fleurs apétales, à étamines, dont le pistil devient une semence enveloppée par le calice, & il l’appelle atriplex hortensis alba, sive pallide virens. M. le chevalier Von Linné l’appelle atriplex hortensis, & la classe dans la polygamie monœcie. Cette plante est connue par les jardiniers sous plusieurs dénominations différentes ; ils la nomment follette par rapport à la promptitude avec laquelle elle croît ; bonne dame, ou belle dame. L’auteur du Dictionnaire d’agriculture imprimé à Paris, la confond au mot Belle dame, avec la belladone, (voyez ce mot) plante narcotique & vénéneuse. Sans doute que cet auteur ne connoissoit ni l’une ni l’autre de ces plantes.

Fleur, apétale, à étamines. Les fleurs hermaphrodites, ou les fleurs femelles, sont sur le même pied. Les fleurs hermaphrodites sont placées dans un calice concave, divisé en cinq parties ; les fleurs femelles dans un calice, divisé en deux folioles planes, droites, ovales, aiguës, comprimées.

Fruit. Le pistil se change en une semence ronde, comprimée ; celle de la fleur hermaphrodite est renfermée dans le calice devenu pentagone, & celle de la fleur femelle est contenue par les deux folioles de son calice.

Feuilles, sinuées, crénelées, triangulaires, blanchâtres, assez ressemblantes à celles de la poirée, mais plus petites, plus molles, recouvertes d’une espèce de poussière dont la couleur est d’un verd pâle.

Racine ; longue d’un pied, fibreuse.

Lieu. Originaire de Tartarie, cultivée dans nos jardins, où elle fleurit communément en Juin ou en Juillet, ce qui dépend du tems auquel elle a été semée. Cette plante est annuelle.

Propriétés. L’herbe a un goût insipide ; elle est délayante, rafraîchissante, peu nourrissante. Les semences sont inodores, leur saveur nauséabonde, légèrement âcre, sur-tout lorsqu’elles sont récentes. Ces semences sont purgatives & émétiques. Un usage fréquent & trop continué des feuilles, diminue sensiblement les forces de l’estomac, & occasionne la diarrhée.

Usages. On emploie rarement les semences. On les prescrit pulvérisées depuis demi-drachme jusqu’à deux drachmes, délayées dans cinq onces d’eau. La dose, si on s’en sert en décoction, est depuis deux drachmes jusqu’à une once, dans huit onces d’eau ou de lait. Les feuilles sont utiles pour les décoctions émollientes, pour les fomentations &c les lavemens. Appliquées sur des tumeurs inflammatoires & circonscrites, elles calment sensiblement la dureté, la chaleur & la douleur, & quelquefois les disposent à se convertir en abcès ; appliquées sur des hémorroïdes externes, elles diminuent la douleur & la démangeaison.

Culture. Quoique cette plante soit originaire de Tartarie, il est inutile, dans aucune province du royaume, de la semer sur couche, ainsi que le conseille M. de la Quintinie, & plusieurs auteurs après lui. La terre ordinaire des jardins lui suffit. Dans les provinces méridionales, on peut la semer dès la fin de Mars ; il vaut cependant mieux attendre le mois de Mai pour tout le reste du royaume. Le jardinier d’Artois conseille de la semer depuis la fin de Février jusque dans le mois de Juin. Cette plante craint la gelée, & il est à craindre, dans les provinces du nord, de voir dans une matinée ses espérances détruites. Au mois de Juillet, ou plutôt, suivant le climat, la graine est mûre ; & après avoir laissé pendant quelques jours les tiges sur des draps exposés au soleil, pour en détacher les semences, on peut semer de nouveau cette graine, & on aura une assez bonne récolte.

Avant de la semer on trace des sillons si on doit arroser par irrigation, (voyez ce mot) ou bien on dresse des tables si on arrose avec la main : la graine est jetée à la volée, ou semée dans des raies ; quelques coups de râteau suffisent pour l’enterrer, & elle paroît quelques jours après. Dès que la graine germe, elle exige de fréquens arrosemens. Sa végétation est prompte & rapide, sa durée est courte, & elle monte promptement en graine. On est dédommagé d’une existence si passagère, par la facilité qu’on a d’en semer tous les huit ou quinze jours pendant la belle saison.

Il est très-inutile de replanter quelques pieds à part pour avoir la graine. Laissez la plante dans le lieu qui l’a vu naître, & ne dérangez pas sa végétation. Les seuls soins qu’elle exige consistent dans l’arrosement & le sarclage.

On se sert de cette arroche pour les potages qu’elle colore ; on l’unit avec l’oseille, & on la mange assaisonnée comme les épinards ; ce mets affoiblit trop l’estomac. Il vaut mieux lui préférer la poirée (voyez ce mot) pour les usages auxquels on l’emploie dans les cuisines. En total, cette plante mérite bien peu les soins qu’on lui donne.