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Cours d’agriculture (Rozier)/AMARYLLIS

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Hôtel Serpente (Tome premierp. 468-471).


AMARYLLIS. Les amateurs cultivent quelques espèces d’amaryllis. Leur beauté leur a mérité ce nom. Dans les provinces du midi, elles réussissent en pleine terre, pourvu qu’on leur donne quelques soins : dans celles du nord, elles exigent l’orangerie. Nous ne parlerons pas de celles qui demandent la serre chaude.

Description du genre. La fleur est un calice ou spath, oblong, obtus, aplati, échancré ; il s’ouvre sur le côté, se sèche, est permanent, & est d’une seule pièce. Les pétales sont au nombre de six, en forme de fer de lance ; les étamines, au nombre de six, en forme d’alène ; les anthères oblongues & courbées ; le germe est arrondi, sillonné, situé au dessous de la fleur ; le style est filiforme, terminé par un stigmate fendu en trois. La capsule qui renferme les graines est à trois loges & à trois battans ; les semences sont nombreuses & arrondies ; les racines sont bulbeuses, & les feuilles opposées.


Amaryllis jaune. Amaryllis lutea. Lin. Narcissus luteus autumnalis major. Tourn. La bulbe ou oignon de celle-ci est ronde, blanche en dedans, & noirâtre en dessus. Sa tige est une hampe haute depuis deux jusqu’à quatre & six pouces. Ses feuilles sont au nombre de cinq ou de six, d’un verd noirâtre, & assez semblables à celles du narcisse le plus printanier. La fleur est seule dans chaque spath ; ses pétales sont d’un beau jaune & égaux. Ses étamines sont droites. La plante se multiplie par cayeux.

Elle est commune en Italie, en Espagne, &c. Ses feuilles paroissent au mois d’Août ; elle fleurit en Septembre, en Octobre, & même en Novembre, si les gelées ne l’arrêtent pas. Lorsque ces mois sont pluvieux, elle fleurit plutôt. Les feuilles poussent & croissent jusqu’en Mai, & elles se fanent alors. C’est le tems de l’arracher de terre pour la replanter. Elle aime le plein air ; l’ombrage des arbres & des murs lui est contraire. Cette plante fait très-bien en bordures ; on peut la mélanger avec les colchiques & les safrans d’automne.


Amaryllis ondée. Amaryllis undulata. Lin. La tige a un demi-pied de hauteur, terminée par un spath qui renferme environ douze fleurs disposées en bouquet & en forme d’ombelle. Les pétales des fleurs sont horizontaux, purpurins, ondés, étroits, en forme de fer de lance, leurs extrémités très-aiguës, & leur base ovale ; les étamines recourbées vers la base. Il suffit de la garantir des fortes gelées, ou avec de la balle du bled, ou avec des paillassons, ou des châssis, dans le nord. Elle fleurit en Octobre, & produit un bel effet.


Amaryllis de Guernesey, ou la Guernesienne. Amaryllis sarniensis. Lin. Les habitans des îles de Guernesey & de Jersey, dans la Manche, sur les côtes de Normandie, font un commerce assez considérable de cette plante, nommée mal à propos lis de Guernesey. Elle est originaire des grandes Indes, & particuliérement du Japon. Depuis la fin du siècle dernier, elle a végété spontanément sur les bords de cette île, où elle étoit inconnue avant cette époque. Sont-ce les courans qui en auront transporté la graine ou l’oignon ? ou doit-on l’attribuer au naufrage sur ces côtes, de quelques vaisseaux qui la rapportoient des grandes Indes ?

Comme je n’ai jamais cultivé cette plante, j’emprunte de l’Histoire universelle du règne végétal, publiée par M. Buc’hoz, les détails de la culture qu’on lui donne à Paris.

C’est dans les mois de Juillet & d’Août qu’on fait venir des îles les oignons de cette superbe fleur. Plutôt on les aura levés de terre après que la fane des feuilles sera tombée, mieux ils reprendront. Cependant on a observé que les oignons qu’on lève dans le tems que la fleur commence à sortir, sont ceux qui fleurissent le plus communément. Néanmoins les fleurs ne deviennent jamais aussi belles, & les oignons ne se trouvent pas, à beaucoup près, aussi bons que si on les eût tirés de terre avant d’avoir poussé leurs nouveaux chevelus. Quand les oignons seront arrivés dans ce pays, on les plantera aussitôt dans des pots garnis de terre neuve, légère, sablonneuse, mêlée d’un peu de terreau consommé. On les placera à une exposition chaude ; on les arrosera de tems à autre : ils pourriroient dans une terre humide. Lorsqu’ils ont une fois commencé à pousser leur tige, l’humidité ne leur est pas si contraire. Vers le milieu ou vers la fin de Septembre, quand il se trouve des oignons assez forts pour fleurir, on en voit sortir le bouton à fleur, qui, pour l’ordinaire, est d’une couleur rouge. On aura pour lors la précaution de placer les pots où sont les oignons, de façon que ces plantes soient frappées du soleil le plus long-tems que faire se pourra, & qu’elles soient principalement à l’abri du vent du nord. On évitera pareillement de les mettre trop près d’un mur, ou sous un châssis, parce qu’en ces deux cas, leurs tiges seroient foibles & grêles, & leurs fleurs n’auroient pas toute la beauté qu’elles doivent avoir. Si la température se trouve chaude & sèche dans cette saison, on donnera de tems en tems à ces plantes, assez d’eau pour que l’oignon puisse être tenu fraîchement ; il n’y a plus alors de risque qu’il pourrisse par trop d’humidité ; mais si la saison devient très-pluvieuse, il sera à propos de mettre ces plantes à couvert, afin qu’elles n’aient que la quantité d’eau qui leur convient.

Aussitôt que les fleurs commenceront à épanouir, on portera les pots dans un endroit moins chaud, où ils ne soient exposés ni à la pluie, qui gâteroit les fleurs & nuiroit à leur belle couleur, ni aux rayons du soleil, qui avivent, il est vrai, les couleurs, mais qui les rendent trop foncées, & ne donnent pas le tems à l’amateur de jouir de la beauté de la fleur qu’il a cultivée. Une orangerie où l’air se renouvelle continuellement, & qui est fraîche & sèche en même tems, est un lieu convenable pour assurer une plus longue existence à la fleur. Avec ces secours, les fleurs se conservent presque un mois entier.

Lorsque les fleurs sont passés, les feuilles commencent à pousser ; & si on a soin de les garantir du grand froid, leur végétation ne cesse point de tout l’hiver ; c’est même pendant ce tems-là qu’elles s’alongent. Si la saison est douce, on laisse ces plantes au grand air, & on ne les couvre que pendant les pluies & les froids vifs. Une couche chaude, garnie d’un châssis, leur devient avantageuse.

On arrache tous les quatre ou cinq ans les oignons de terre pour séparer les petits cayeux qui se dévorent les uns & les autres, & on les replace dans une terre neuve.

Les habitans de Guernesey ne se donnent pas autant de peine que les fleuristes de Paris. Ils plantent tout simplement les oignons dans une couche ou planche de terre commune, & ils les y laissent pendant plusieurs années sans culture. Ces oignons produisent dans cet espace de tems, une si grande quantité de cayeux, qu’à différentes fois on en a trouvé même plus d’un cent autour d’un seul oignon. Leur grand nombre nuit à leur qualité.

Lorsque les cultivateurs de ces oignons veulent en faire plusieurs pieds, ils séparent les cayeux ; mais auparavant ils choisissent dans leurs jardins une place abritée, & ils y font une couche. Pour cet effet, ils prennent dans une prairie un tiers de terre végétale neuve & légère, pour être mêlée avec une égale quantité de sable de mer ou de rivière, & l’autre tiers est du fumier consommé. Le tout est criblé séparément, ensuite bien mêlé ensemble. Ils font avec ce mélange, une couche d’environ deux pieds d’épaisseur, & elle s’élève de quatre ou cinq pouces au dessus des planches voisines, si le terrain est sec ; & s’il est humide, cette couche doit s’élever de huit à neuf pouces au dessus du sol. Ils plantent leurs oignons dans cette couche, au mois de Juin, & à huit pouces de distance en tout sens. Quand les gelées commencent, la planche est couverte ou avec des châssis de verre, ou avec des paillassons, ou enfin avec la litière sèche. Dès que le printems est venu, tous les abris sont enlevés. La planche doit être sarclée rigoureusement, & piochetée de tems en tems. On répand chaque fois un peu de terre neuve pour l’amender. Les oignons restent en terre autant d’années qu’il en faut pour les mettre à fleur ; alors on les transplante dans des pots, si on ne veut pas les laisser fleurir dans le même endroit. Aucune plante de nos jardins, & même la plus belle, ne peut avoir la préférence sur celle-ci.


Amaryllis, (la très-belle) ou Lis de Saint-Jacques. Amaryllis formosissima. Lin. Sa tige est haute d’un pied ; lorsqu’il se trouve plusieurs fleurs sur la même, elles sont toutes du même côté, & le cas est rare. Ses feuilles sont larges, épaisses, d’un verd noir, semblables à celles du narcisse commun, ce qui l’a fait appeler lilio-narcissus par Dillenius. Chaque spath ne renferme qu’une fleur. Les pétales de la fleur sont inégaux, larges, d’un rouge pourpre très-foncé, très-nourri, & pour ainsi dire glacé sur un fond d’or. Les étamines, le pistil, & trois pétales, sont penchés presque perpendiculairement du même côté. Les nectaires de cette fleur sont presque en aussi grand nombre que les filamens ; ils naissent de la corolle, & sont étroitement unis à la base des filamens d’où ils partent.

Quoique cette plante naisse au Mexique & dans toutes les îles qui se trouvent entre les deux tropiques, elle exige l’orangerie seulement pendant l’hiver dans nos provinces du nord, & elle passe facilement l’hiver en pleine terre dans celles du midi, pour peu qu’on la recouvre avec de la paille menue, & qu’elle soit abritée des vents froids. M. le chevalier Von Linné dit qu’elle a commencé à être connue en Europe en 1593.

Ce lis de Saint-Jacques, ou cette très-belle amaryllis, fleurit deux ou trois fois dans l’année, lorsque la bulbe principale est accompagnée de cayeux de la seconde ou de la troisième année, & elle fleurit depuis Mars jusqu’en Octobre. Si on veut la voir fleurir sous le climat de Paris, il faut la tenir pendant l’hiver dans une serre passablement chaude, ou dans une bonne orangerie ; le vrai tems pour séparer les cayeux est le mois d’Août.

Nous ne parlerons pas de quelques autres espèces d’amaryllis, parce qu’elles exigent décidément la serre chaude. Dès-lors elles ne sont plus l’objet de l’amusement du simple cultivateur ou fleuriste.