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Cours d’agriculture (Rozier)/ANALOGIE

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Hôtel Serpente (Tome premierp. 511-512).


ANALOGIE, ou ressemblance, ou approximation qui se trouve entre les sucs, la texture, la configuration d’une plante avec une autre plante, ou d’un arbre avec un autre arbre. Il convient d’examiner attentivement cette analogie, lorsqu’il s’agit de la greffe. Sans analogie dans les séves, dans les canaux de la végétation, point de succès. Par exemple, si la séve d’un individu tend par son cours & par sa figure à former dans le bois des fibres dont la direction sera perpendiculaire, ou en spirale, &c. il est constant que la spirale ne se mariera pas avec la perpendiculaire, & ainsi tour à tour. Si l’arbre qu’on veut greffer a des conduits séveux, larges & abondans, & que ceux de l’écusson de l’espèce qu’on veut lui donner à nourrir, soient au contraire très-étroits, très-resserrés, il est constant que l’écusson prendra mal parce qu’il sera noyé par une trop grande abondance de séve, qu’il ne pourra consommer par sa végétation, & ainsi tour à tour. Dès-lors on ne doit point être surpris si le noyer ne prend pas sur le saule, l’olivier sur l’amandier, le peuplier sur le pommier, &c. Mais si, contre toute apparence, quelques-uns de ces écussons végètent pendant la première année, ils résistent complettement à la seconde. Une autre raison qui rend l’analogie nécessaire, c’est le concours des séves. L’amandier végète & fleurit même dans l’hiver, si le froid ne modère son impatience naturelle ; le mûrier & le noyer, au contraire, plus prudens, attendent tranquillement le retour de la chaleur. Supposons actuellement qu’il y eût de l’analogie entre les fibres ligneuses de ces arbres, cette analogie partielle ne suffiroit pas. La chaleur de l’air ambiant suffira pour faire pousser la portion de l’amandier greffé sur le mûrier ; mais qui nourrira & entretiendra sa végétation jusqu’au moment où les principes séveux commenceront à s’élever des racines du mûrier à ses branches ? Sera-ce l’air ambiant, l’humidité de l’atmosphère ? ils y concourront, & n’y suffiront pas. Tous les végétaux suivent la loi expresse que le créateur a assignée à chacun d’eux séparément, & toutes fois que l’homme s’en écarte, il en est puni par la perte de l’arbre.

L’analogie doit encore s’étendre sur la nature du terrain auquel on confie la semence. Le riz semé, & le saule, le peuplier, &c. plantés sur des roches, ou dans un terrain sec, périront ; tandis que si le roc est calcaire, si ses couches sont susceptibles de divisions, l’abricotier y donnera des fruits délicieux, & le mûrier y fera des progrès rapides. Le cultivateur attentif & prudent ne tentera donc jamais aucune opération sans avoir étudié & vérifié auparavant, si l’analogie concourt avec ses idées.