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Cours d’agriculture (Rozier)/ANGAR

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Hôtel Serpente (Tome premierp. 544-545).


ANGAR. Espèce de remise destinée à mettre à couvert les chariots, les charrettes, les outils du labourage, du bois, &c. Cette partie essentielle à la ferme, est communément la moins dispendieuse à construire. De simples pieds droits, soit en bois, soit en pierres ou en briques ; une charpente grossière, des tuiles ou du chaume suffisent pour l’élever. Je regarde l’angar comme un objet indispensable & de la plus grande ressource dans une métairie. Je desire que tout autour des murs qui lui servent de point d’appui, sur un, deux ou trois côtés, des planches d’une certaine épaisseur soient fortement scellées ; que ces planches soient garnies de chevilles plus ou moins fortes, de distance en distance, afin d’y accrocher chaque soir les harnois des chevaux, des mulets, les cordes des charrettes, enfin tous les outils de la métairie, comme pêles, pioches, fourches, râteaux, &c. Tous les instrumens du même genre seront rangés du même côté, afin de les trouver plus commodément. Il est aisé de sentir combien cet arrangement conserve les choses, & les met, pour ainsi dire, à la main de l’homme qui en a besoin. Il n’en coûte pas plus à un paysan d’accrocher une pioche sur sa cheville, que de la laisser par terre dans un coin lorsqu’il la quitte. Il ne faut jamais perdre de vue que l’esprit d’ordre facilite toutes les opérations, & fait gagner un tems considérable. Que de momens perdus & vainement employés, pour trouver un outil enfoui sous un monceau d’autres qui l’écrasent & le brisent ! Je ne connois point de classe d’hommes moins soigneuse & moins rangeante que celle du paysan. Le valet se prêtera avec peine à ces petits soins, sur-tout si le maître-valet n’y veille de très-près. Mais qui doit surveiller le maître-valet, sinon le propriétaire ? Il faut donc que ce propriétaire vienne au commencement, plusieurs fois par jour, & sur-tout le soit, visiter son angar ; qu’il revienne ensuite très-souvent faire la même revue, & à des époques indéterminées. Dès qu’un outil ne sera pas mis à sa place, il appellera le maître-valet, & l’obligera de le ranger lui-même. Celui-ci, ennuyé d’être réprimandé, & d’être chargé des négligences de ses sous-ordres, les forcera enfin à mettre les choses en état.

Les conseils que je donne aux autres sont mis en pratique chez moi, & je m’en trouve très-bien. Ce n’est pas tout : le propriétaire obligera chaque soir le maître-valet de faire sa revue, d’examiner si aucun outil n’est égaré. Je ne connois qu’un seul moyen de le rendre soigneux & vigilant : c’est de lui donner en compte le nombre des outils, de le rendre responsable de ceux qui seront perdus ou cassés, à moins qu’ils ne soient brisés par vétusté. Son intérêt lui tiendra l’œil ouvert.

La circonférence de l’angar ainsi garnie d’outils, les charrettes, tombereaux, &c. en occuperont le milieu ; mais entr’eux & le mur il doit rester un passage de quelques pieds de largeur, afin de pouvoir commodément se procurer les outils dont on a besoin ; & ceux qui servent le moins souvent, seront placés dans l’endroit le moins commode de l’angar.

On connoît par la seule inspection, en entrant dans une métairie, si le propriétaire a l’esprit d’ordre. Si au contraire le désordre y règne, il est très-naturel de supposer que le même désordre règne dans la culture des champs, dans le gouvernement du bétail, &c.