Cours d’agriculture (Rozier)/ANTIDOTE

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Hôtel Serpente (Tome premierp. 572-573).


ANTIDOTE. Dénomination employée pour caractériser les remèdes qu’on suppose être capables de résister à l’action des poisons, de la peste même, des piqûres & morsures des animaux venimeux, de la contagion de l’air, de la putréfaction des humeurs dans les fièvres malignes, &c. Ces prétendus antidotes sont les grandes ressources des praticiens ignorans, & sur-tout des charlatans qui courent & pullulent dans les campagnes lorsqu’il s’agit de traiter les bestiaux.

Ces remèdes sont, pour l’ordinaire, composés avec des substances âcres, échauffantes, vivement stimulantes ; telles sont les résines. S’il y a inflammation, ils l’augmentent encore plus, & sont très-dangereux ; si, au contraire, les forces sont abattues, du bon vin vieux donné, soit aux hommes, soit aux animaux, sera le meilleur, le plus simple & le moins coûteux des antidotes. Il est vrai que pour l’homme qui fait un usage immodéré de cette boisson, ce remède ne produira aucun effet. Lorsqu’il y a putridité, l’acide du citron, le vinaigre sur-tout, ainsi que le quinquina en poudre, à la dose d’une once, sont trois excellens antidotes. On vante beaucoup celui de Paracelse. En voici la composition, & elle donnera une idée des autres. Prenez aloès hépatique, myrrhe choisie, de chacun six drachmes ; storax, deux onces ; safran, une drachme ; sel d’absinthe, demi-once ; fleur de soufre, vingt-quatre onces ; thériaque, deux onces ; une livre d’huile de térébenthine, & sept livres d’extrait de genièvre. Faites digérer les baies de genièvre récentes & concassées, dans un matras de verre bien bouché, avec une livre d’eau-de-vie : distillez ensuite pour en tirer l’esprit, dans le quel vous mêlerez exactement toutes les drogues qu’on vient de citer ; le tout sera mis dans un alambic de verre, mis en digestion, pendant cinq jours, sur des cendres chaudes : le feu doit être modéré & égal. Ensuite distillez le tout, & vous obtiendrez l’élixir de Paracelse. Si vous versez la liqueur non distillée doucement par inclinaison, en sorte qu’il ne s’y mêle point de fèces, vous aurez l’antidote de Paracelse. La dose de l’un & de l’autre est de vingt-cinq à trente gouttes.

On regarde ce remède comme antihystérique, cordial, stomachique, & on assure qu’il est un contrepoison certain contre l’arsenic ; ce qui demande confirmation.

On voit par l’énumération des drogues combien on doit être circonspect dans l’usage de ces remèdes incendiaires. Il est plus facile de mettre le feu à une maison, que de l’éteindre. Le peuple, si souvent trompé, sera-t-il toujours le jouet du charlatanisme, qui abuse de sa crédulité pour soutirer son argent !