Cours d’agriculture (Rozier)/APPÉTIT

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APPÉTIT, (Économie rurale et vétérinaire.) Lorsque les animaux paissent librement dans les pâturages, ils rejettent avec soin les plantes qui leur sont nuisibles ; et comme ils n’éprouvent jamais d’excessifs besoins, ils prennent rarement des alimens au delà de ce qui est nécessaire pour les nourrir. Ils ne sont victimes de leur voracité, que, lorsque rencontrant de jeunes pousses d’arbres, des blés verts, des luzernes, du sainfoin, ou des trèfles verts dont ils sont très-friands, ils en prennent avec excès. (Voy. Indigestions.)

Dans l’état de domesticité, la santé des animaux dépend, sous ce rapport, des soins de l’homme, car ils ne peuvent toucher aux alimens que quand il plaît à leur maître de leur en donner. Leurs repas doivent être réglés de manière à ce qu’ils n’éprouvent jamais une faim excessive ; car leur appétit devenant d’autant plus grand que l’on apporte plus de retardement à le satisfaire, ils sont alors seulement exposés à manger avec excès. On doit aussi veiller, pour entretenir leur santé, à ce qu’ils ne se repaissent qu’après s’être reposés quelques instans, et qu’ils ne retournent au travail que lorsque leur digestion est commencée, quelque temps après leur repas. (Voy. Exercice, Repos.)

Les indigestions sont plus fréquentes dans les animaux voraces, lorsqu’on ne leur donne pas une attention particulière ; quelques uns d’eux avalent avec une telle précipitation le grain qu’on leur présente, qu’ils semblent plutôt le boire, que le manger. Ou doit mêler leur grain avec de la paille hachée, leur donner beaucoup plus de paille que de foin ; en agissant autrement, leur estomac se gonfleroit, ils éprouveroient des Indigestions et des Coliques. (Voyez ces mots.)

Les animaux qui manquent d’appétit, ou dont la digestion languit, doivent être soumis à un régime opposé ; leur faim doit être excitée par le foin le plus fin, les alimens les plus savoureux et les plus délicats ; on doit même les saupoudrer de sel, ou les asperger d’eau salée. Les chevaux se dégoûtent assez ordinairement du vieux foin, quand l’on en récolte de nouveau ; dans les longues sécheresses, lorsqu’ils sont fatigués par des travaux trop pénibles, on doit alors humecter le fourrage avec de l’eau salée.

Quelquefois les chevaux ou les bœufs dont l’appétit est dépravé mangent du plâtre, de la terre, rongent leurs cordes, le cuir, et lèchent incessamment les murs ; si ces symptômes de digestions imparfaites sont souvent accompagnés de rots acides, on doit leur administrer en boissons des substances alcalines, telles qu’une lessive de bois non flotté ; s’ils sont affectés de rapports putrides, on leur donnera des substances spiritueuses ou purgatives, telles que l’aloès, l’eau-de-vie.

On tente quelquefois d’exciter leur appétit par des Billots, des Mastigadours ; (V. ces mots) mais ces moyens, ne remédiant point au mal, sont souvent insuffisans. (Ch. et Fr.)