Cours d’agriculture (Rozier)/ARÉOMÈTRE

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Hôtel Serpente (Tome premierp. 639-651).


ARÉOMÈTRE, ou Pèse-liqueur. Cet instrument, destiné à connoître la pesanteur spécifique des différens fluides, fut inventé, dit-on, par Hypacie, fille d’un célèbre mathématicien nommé Théon.
Planche XIX, fig. 11
Cette physicienne porta cet instrument presqu’à son point de perfection par la forme qu’elle lui donna ; car malgré tous les efforts que plusieurs savans ont fait pour lui trouver une forme & des proportions plus exactes, on est obligé d’en revenir à celles imaginées par Hypacie. En effet, elle convient jusqu’à présent le plus à l’objet qu’on se propose dans le service de l’aréomètre. Nous n’entrerons donc pas ici dans aucun détail sur les aréomètres inventés par MM. Homberg, Muschembroeck, Farenheit, Desaguillers, & Ratz de Lanthénée. Ils ne sont pas d’usage, & l’aréomètre commun, perfectionné par MM. Baume & Perica, est le seul dont le service soit simple & facile. (Voyez Pl. 19, Fig. 11.)

Il est composé d’une boule de verre soufflée, d’un pouce ou environ de diamètre. À son extrémité inférieure est une plus petite boule, ou plutôt un petit vase de verre conique qui n’est séparé de la grosse boule que par un petit col. La grosse boule est surmontée par un tube de verre d’une ou de deux lignes de diamètre, & de cinq à six pouces de longueur. Le petit vase conique contient une certaine quantité de mercure qui sert de lest à l’instrument, afin qu’il puisse se tenir dans une situation exactement perpendiculaire lorsqu’il est plongé dans un fluide. Le tube est garni intérieurement d’une bande de papier, sur laquelle sont tracés les différens degrés indiqués par l’aréomètre.

Ce fut cette table que M. Baume se proposa de rectifier & de rendre comparable ; & voici d’après quel principe il partit. « Tout corps plongé dans un fluide, & qui y surnage, déplace un volume d’eau proportionnel à son poids, & ce volume d’eau est en raison de la densité du fluide. Ainsi, plus le fluide sera dense, & moins le corps en déplacera, ou moins il y enfoncera ; plus le fluide sera léger, & plus le volume déplacé sera considérable, ou plus le corps enfoncera ». D’après ces axiomes d’hydrostatique, il imagina de varier la densité du fluide sans toucher au volume & au poids du corps. En conséquence, il prit un aréomètre dont le tube cylindrique étoit d’un diamètre parfaitement égal dans toute sa longueur, & le plongea dans une masse d’eau qui pesoit quatre-vingt dix-neuf livres, & qui tenoit en dissolution une livre de sel marin ; & l’endroit où le pèse-liqueur s’arrêta, il marqua le premier degré au dessous de zéro. Pour marquer le second, il fit dissoudre deux livres du même sel dans quatre-vingt dix-huit livres d’eau ; pour le troisième, il fît dissoudre trois livres de sel dans quatre-vingt dix-sept livres d’eau, & ainsi de suite, en augmentant toujours la quantité de sel, & diminuant la proportion de l’eau, marquant à chaque fois les différens points de l’immersion de l’aréomètre.

Cette méthode, très-exacte & très-simple, ne peut cependant servir que pour connoître les différens degrés de densité des saumures ; mais elle est insuffisante pour les fluides ordinaires. M. Baume y suppléa en construisant un instrument semblable d’après les mêmes principes hydrostatiques, mais en changeant la liqueur d’épreuve. Il prit deux liqueurs propres à donner deux termes fixes. L’une étoit de l’eau distillée, l’autre quatre-vingt-dix onces d’eau distillée, chargée d’une quantité donnée de sel marin, de dix onces de ce sel bien purifié & bien sec. Il plongea son aréomètre lesté de façon à pouvoir enfoncer de deux ou trois lignes au dessus de la grosse boule dans la liqueur salée, & marqua zéro à l’endroit où il se fixa ; ce qui lui donna le premier terme. L’instrument lavé & seché exactement fut plongé dans l’eau distillée, & il marqua dix degrés à l’endroit où il s’arrêta ; ce qui donna le second terme. Il ne s’agit que de diviser après cela en dix parties égales l’espace compris entre ces deux points, & de tracer de semblables degrés sur la partie supérieure du même tube, & l’on aura un aréomètre contenant une cinquantaine de degrés de graduation, ce qui sera plus que suffisant, suivant M. Baumé, pour peser l’esprit-de-vin le plus rectifié.

Les degrés de ce pèse-liqueur sont d’un usage inverse des degrés de celui qui sert aux liqueurs salines. Ce dernier en effet annonce une liqueur d’autant plus riche en sel, qu’il s’enfonce moins dans l’eau ; & l’autre, au contraire, annonce une liqueur d’autant plus abondante en esprit, qu’il s’y enfonce davantage.

MM. de la Folie & Scanegatti de Rouen, pensant avec assez de raison que l’échelle du fécond aréomètre de M. Baume n’étoit pas assez exacte pour exprimer les différens degrés d’une liqueur spiritueuse quelconque ; que le rapport d’une eau saline à l’eau distillée n’étoit pas le même que celui de l’eau distillée à l’esprit-de-vin le plus rectifié, & que par conséquent il ne pouvoit pas servir d’étalon pour fixer les degrés de densité de l’eau-de-vie, imaginèrent en 1777 une autre division fondée, à la vérité, sur les mêmes principes. Ils prirent de l’esprit-de-vin le plus rectifié qu’il étoit possible, par des distillations répétées, mais dont le nombre étoit connu. Ils y plongèrent un aréomètre d’un volume & d’un poids déterminé, & marquèrent zéro au point d’immersion, où il se fixa. Sur quatre-vingt dix-neuf parties d’esprit-de-vin, ils mêlèrent une partie d’eau distillée ; ce qui donna le second degré. Le troisième fut trouvé par un mélange de deux parties d’eau distillée & de quatre-vingt dix-huit d’esprit de-vin, ainsi de suite pour les autres.

Cette méthode donne un aréomètre comparable & assez juste pour fixer les différens titres de l’eau-de-vie. L’eau-de-vie (voyez Eau-de-vie) n’étant qu’un mélange d’esprit-de-vin & de phlegme ou d’eau, fait par la nature, ils l’imitèrent ; & d’un esprit-de-vin très-rectifié, ils obtinrent une eau-de-vie très-foible qui avoit passé par tous les degrés intermédiaires sensibles au pèse-liqueur. MM. de la Folie & Scanegatti ne firent pas attention à la pénétration d’une liqueur dans l’autre ; & cet objet mérite d’être pris en considération, comme on le verra dans la description de l’aréomètre de M. Bories. L’eau distillée & l’esprit-de-vin le plus pur ont chacun séparément une pesanteur spécifique qui n’est plus la même après le mélange des deux fluides : c’est une troisième pesanteur spécifique.

La correction que M. Assier Perica a faite à cet instrument, consiste à l’avoir rendu en même tems aréomètre & thermomètre, en faisant servir le mercure de la petite boule inférieure qui sert de lest, de thermomètre. Avec cet instrument, non-seulement on s’assure de la densité d’un fluide, mais encore de sa température. La chaleur raréfiant toutes les liqueurs, & le froid les condensant, influent nécessaires ment sur leur densité ; & il n’étoit pas étonnant de trouver une différence sensible dans la densité d’une même liqueur, lorsqu’on l’éprouvoit dans des tems différens, & que leur température avoit changé sensiblement. Avec l’aréomètre de M. Assier Perica, cette différence est connue, & par conséquent peut être corrigée.

La plus grande utilité & le principal service du pèse-liqueur dans l’économie rurale, est de pouvoir indiquer avec précision les différens titres de l’eau-de-vie. Pour les connoître, on se sert ordinairement dans les brûleries d’une petite bouteille dans laquelle on renferme une certaine quantité de cette liqueur ; on la secoue, & le plus ou moins de bulles qui se forment à sa surface, indique la force ou la foiblesse de l’eau-de-vie. On sent combien cette méthode est fautive ; de plus, ce n’est qu’un très-long usage qui peut donner une connoissance exacte du rapport du nombre, & de la largeur des bulles avec la bonté de l’eau-de-vie : il seroit bien plus avantageux de se servir de l’aréomètre de MM. de la Folie & Scanegatti. Les principes sur lesquels il est construit, doivent donner de la confiance sur son exactitude. L’emploi en est simple & facile ; il pourroit encore servir à découvrir tout d’un coup les proportions d’eau & d’esprit-de-vin qui constitueroient les eaux-de-vie. Les fermiers généraux ont adopté cet instrument pour essayer les eaux-de-vie qui entrent dans les villes : mais il est singulier qu’ils aient préféré l’aréomètre de métal à l’aréomètre de verre. Le premier, plus susceptible de varier dans son diamètre par la chaleur & le froid, peut devenir souvent un indicateur infidèle & dangereux. Sa boule de cuivre mince, dilatée par la seule chaleur de la main, enfoncera moins dans l’eau-de-vie, & par conséquent la fera passer pour plus légère ou plus spiritueuse qu’elle n’est réellement ; les droits augmenteront en proportion ; & quel que soit l’esprit d’équité que l’on suppose aux fermiers généraux, ils se rendroient malgré eux coupables d’une injustice manifeste, qui pourroit entraîner des suites fâcheuses, dont le marchand sera toujours la victime. Si à la place de l’aréomètre de métal on substituoit un aréomètre de verre, dont les proportions & la graduation fussent connues, il y auroit moins de risque à courir, & le marchand qui pourroit avoir un instrument absolument pareil, ne seroit jamais exposé à se tromper à son très-grand désavantage, & sur-tout à être trompé. M. M.

Ce n’est pas assez d’avoir fait connoître deux aréomètres dont on se sert à Paris, & contre lesquels le négociant ne cesse de faire des réclamations, sur-tout contre celui de quartier. Il faut encore mettre sous les yeux du lecteur ceux qui méritent quelque considération. Peut-être qu’un jour, en les combinant les uns par les autres, on parviendra à en trouver un plus simple & plus analogue aux droits de la ferme générale & des commerçans. On diroit qu’il y a une guerre ouverte entre ceux qui perçoivent les droits & ceux qui les payent. L’un veut payer moins qu’il ne doit, & l’autre percevoir plus qu’il n’est dû. Si les droits étoient moins exhorbitans, la paix seroit bientôt conclue. Si on payoit les droits relativement au poids, alors le commerçant ne tireroit que des esprits, & ces esprits payeroient comme tels à l’entrée des barrières des villes, ou à la sortie du royaume. Il en résulteroit un bien pour le commerce. 1°. Sous un moindre volume, l’objet auroit plus de valeur ; 2°. une barrique d’esprit coûteroit moins de transport, &c. Les hollandois qui savent mettre de la finesse dans leur commerce, ne demandent presque que des esprits à Cette, où est établi le bureau de sortie de la province de Languedoc ; & ces esprits transportés chez eux, ils savent fort bien les baisser à la preuve de Hollande, par l’addition de l’eau, comme il sera expliqué plus bas. Il en seroit de l’eau-de-vie, pour les entrées de Paris & des autres villes, comme pour le vin. Une barrique de vin médiocre en qualité, & même de mauvaise qualité, paye autant de droit d’entrée qu’une barrique de vin d’une qualité supérieure. D’après cela, il est constant que le commerçant de Paris, par exemple, ne tireroit des provinces où l’on fabrique les eaux-de-vie, que des esprits les plus purs. En attendant cette réforme, ou la diminution des droits, faisons connoître les autres aréomètres.

M. Farenheit a imaginé un aréomètre bien précis ; sa forme est celle d’une boule traversée dans son axe par une verge dont les deux extrémités qui débordent sont de longueur inégale : on fixe à la plus longue le poids qui sert à lester l’instrument pour le faire tenir droit. L’extrémité supérieure, beaucoup plus courte, est surmontée d’un bassin qui reçoit les divers poids dont on charge l’aréomètre. Cette tige est marquée dans son milieu, qui indique le volume que l’instrument doit déplacer dans chaque expérience.

Le poids total de l’aréomètre étant connu, on le plonge dans la liqueur, on charge le bassin jusqu’à ce qu’il s’arrête au trait qui partage la portion supérieure de la tige ; & d’après la somme des poids de l’aréomètre, & de ceux qui sont dans le bassin, il est facile de déterminer les rapports. Il n’est pas indifférent de remarquer que plus la boule est grosse, la tige inférieure longue, & la supérieure courte & grêle, moins il y a d’erreur.

Cet instrument est très-bien placé dans les mains des chimistes & des physiciens ; mais comment le proposer au commerce pour des vérifications faites par des mains trop peu exercées à de pareilles expériences, & qu’on ne peut assujettir à des procédés qui exigent des calculs, de la précision & des précautions ?

Cette partie du commerce des eaux-de-vie, si essentielle à la province de Languedoc ; la multiplicité des contestations qui s’élevoient chaque jour entre le vendeur & l’acheteur sur les différens degrés de spirituosité de l’eau-de-vie, engagèrent les états de cette province à proposer en 1771, pour sujet de prix, ce problême : Déterminer les différens degrés de spirituosité des eaux de-vie ou esprits-de-vin, par le moyen le plus sûr, & en même tems le plus simple & le plus applicable aux usages du commerce. En 1772, la société royale de Montpellier couronna les Mémoires de MM. l’abbé Poncelet & Pouget, quoiqu’ils ne remplissoient pas à la rigueur l’objet désiré. Le même sujet fut proposé de nouveau pour l’année 1773 : le Mémoire de M. Bories fut couronné ; la province l’a adopté, & il sert de règle à son commerce. Il convient donc de le faire connoître, puisque la somme des eaux-de-vie fabriquées en Languedoc, fait un tiers de celles du reste de la France. On y distingue trois espèces d’eaux de-vie. La preuve de Hollande est le premier produit de la distillation ; le trois-cinq est la rectification du premier produit, & le trois-six n’est autre chose que le trois-cinq passé de nouveau à l’alambic.

Pour s’assurer des degrés de spirituosité de l’eau-de-vie & de l’esprit-de-vin, M. Bories a considéré l’eau-de-vie comme un composé d’esprit & d’eau. Ces deux extrêmes ont déterminé les termes fixes dans la division de son échelle de graduation. L’eau pure distillée est le premier terme ; l’esprit ardent, dépouillé de tout autre principe étranger, le second. Le premier point étoit facile à trouver, & le second exigeoit plus de travail. M. Bories fit distiller cent trente pintes d’eau-de-vie rectifiée, connue dans le commerce sous le nom de trois-cinq. Il cessa la distillation lorsqu’il en eut obtenu soixante-cinq, qui subirent une troisième rectification. Le produit fut divisé de huit en huit pintes, & mis à part, jusqu’à ce qu’il en eût retiré quarante-huit.

Pour faire l’essai de l’esprit de vin de la dernière distillation, & s’assurer s’il contenoit encore de l’eau surabondante, il prit une des huit premières pintes de ce même esprit, sur lequel il jeta de l’alcali de tartre pur & sec. La bouteille fut agitée, le sel s’humecta, une partie tomba en déliquescence, une autre adhéra aux parois de la bouteille, & par le repos elle se rassembla au fond. Du nouvel alcali fut ajouté après avoir décanté cet esprit : ne trouvant plus d’humidité superflue, il se grumela & se précipita tout-à-coup dès que le vase fut en repos. Après une seconde décantation, l’alcali qui fut ajouté resta flottant comme une poussière, & l’esprit fut entièrement dépouillé de sa partie aqueuse.

Ce même esprit-de-vin déjà déflegmé fut encore agité avec du nouvel alcali ; & après plusieurs jours de repos & d’agitation successifs, il acquit une légère couleur citrine. Ces mêmes expériences furent répétées sur des eaux-de-vie de Provence, de Catalogne, de marc, &c. Elles prirent, après quelques jours, une teinte jaunâtre plus ou moins foncée. La gravité augmenta à proportion de l’intensité de la couleur, & au bout de quelques mois, l’esprit provenu de l’eau-de-vie de marc, étoit une vraie teinture alcaline onctueuse quoique faite à froid. Ainsi plus les eaux-de-vie sont huileuses, plus elles tiennent d’alcali en dissolution & l’esprit ardent qui surnage le sel n’est pas décomposé ; il reste intact, quoiqu’un peu altéré par une espèce de savon fait avec l’alcali végétal dissous dans l’esprit-de-vin. Le sel de tartre a donc la double propriété de priver l’esprit-de-vin de toute son eau surabondante, & de s’emparer de l’huile grossière qu’il contient.

D’après ce principe, & par cette méthode, M. Bories déflegma quinze pintes d’esprit de la troisième rectification ; elles en produisirent quatorze & un tiers, qui furent laissées en digestion au soleil, pour, donner le tems à l’alcali de se combiner avec l’huile. La liqueur devint couleur de paille.

Ces quatorze pintes furent distillées à un feu modéré, & le produit mis à part, pinte par pinte. On en retira huit pintes d’une parfaite égalité entr’elles ; & en augmentant le feu, il en vint cinq pintes & un tiers d’un esprit un peu plus foible. Il résulte de ces expériences, 1º. que l’esprit est privé de son huile douce du vin ; 2º. qu’il n’y a dans les eaux-de-vie que de l’huile douce non essentielle ; 3º. que porté à cet état de pureté, il établit comparaison entre l’eau distillée & l’esprit le plus pur.

Le rapport de cet esprit-de-vin à l’eau, déterminé par l’aréomètre de Fahrenheit, & par la balance hydrostatique, la température à +10, est comme à +15, comme à 20, comme .

Le pouce cubique de ce même esprit, à la température de +10, pèse de grain, & le même volume d’eau pèse .

Ces deux termes donnés, on peut être assuré d’avoir des hydromètres comparables avec plus de justesse que les thermomètres ; mais il se présente une difficulté si on mêle cet esprit-de-vin avec l’eau distillée ; il résulte de ce mélange une véritable dissolution, & la pesanteur spécifique des deux liqueurs réunies, n’est plus d’accord avec celle des deux fluides séparés, à cause de la pénétration des parties. M. Bories a donné des tables très-détaillées de la pesanteur spécifique d’un grand nombre de mélanges, & qu’il est inutile de rapporter ici.

Après avoir essayé plusieurs hydromètres, M. Bories s’est arrêté à celui qu’on va décrire.

Rozier - Cours d’agriculture, tome 1, pl. 19.png


La tige est quadrangulaire, telle qu’elle est représentée dans la Fig. 1, Planche 19, pag. 639, & on en voit le développement Fig. 2. Cette tige donne quatre faces ou parallélogrammes bien distincts au bas de la tige. À une petite distance de la boule, il trace une ligne horizontale, qu’il appelle, ligne de vie, Fig. 1& 2 : il ajuste ensuite son instrument de façon que, mis dans l’eau distillée à la température de dix degrés du thermomètre, il s’enfonce en tout sens jusqu’à cette ligne, ce qui fixe le terme fixe inférieur marqué A. M. Bories plonge ensuite l’hydromètre dans l’esprit-de-vin qui doit être son terme fixe supérieur, & il marque B, le point où il s’arrête dans cette seconde liqueur ; alors prenant l’intervalle d’un point à l’autre, il le porte sur un papier AB, Fig. 3, & divise l’espace compris entre A & B en mille parties égales, ce qui forme la table des rapports de dilatation & de condensation, & il gradue son hydromètre de la manière suivante.

La première face de la Figure 2 indique toutes les variations causées par la diverse température, depuis 0 jusqu’à 5 ; la seconde, celles depuis 5 jusqu’à 10 ; la troisième, de 10 à 15 ; la quatrième enfin, de 15 à 20 ; de sorte que les quatre faces ensemble sont le complément de vingt degrés du thermomètre, Fig. 4. Chacune se trouve par-là divisée en cinq parties égales.

La ligne de vie, Fig. 1 & 2, sert de point fixe pour la formation de l’échelle de la tige de l’hydromètre. La table des rapports de la dilatation & condensation, indique le nombre des parties qu’il y a de cette ligne de vie au point correspondant à chaque espèce d’eau-de-vie pour chaque degré de température, & l’échelle de mille parties, Fig. 3, en donne les distances.

Pour rendre la chose plus sensible, en voici une application. La table des rapports indique qu’une eau-de-vie formée par le mélange, d’une partie d’esprit-de-vin sur neuf d’eau, ne donne à zéro que 6,3. On prend avec un compas, sur l’échelle de mille parties, Figure 3, un intervalle de 6,3, que l’on porte sur la ligne EF de la Fig. 2 de la première face, en appuyant une des pointes du compas sur la ligne de vie au point E, & l’autre arrive au point 1 que l’on marque. Cette même table fait voir que la même eau-de-vie, à la température de 5, donne 6,6 qu’on va lever sur l’échelle, pour la porter ensuite sur la ligne CD de la même face, en appuyant toujours la pointe du compas ; & de ce point 1 pris dans la ligne CD, au point 1 déjà marqué dans la ligne EF, on tire une ligne transversale qui ne doit pas être parallèle à la ligne de vie.

Sur cette même face, on parcourt les autres eaux-de-vie, dont on marque les points selon que la table des rapports les indique, & que les distances en sont données par l’échelle ; & de chacun de ces points marqués dans la ligne EF, on tire des lignes aux points correspondans dans la ligne CD ; par ce moyen toute cette face est divisée. Il faut observer la même méthode pour toutes les autres faces ; mais comme chacune de ces faces est sous-divisée en cinq parties égales, il se trouvera que la ligne tirée d’un point à celui qui lui correspond, coupera obliquement les lignes qui sous-divisent chaque parallélogramme, & le point de concours de ces lignes indiquera les degrés de température intermédiaire de 0 à 5 dans la première, de 5 à 10 dans la seconde, &c. Prenons pour exemple l’esprit-de-vin dont le point 10 marqué dans la ligne EF, est distant de la ligne de vie de 93,2 ; & le même point 10 pris dans la ligne CD se trouve éloigné de cette même ligne de vie de 96,6. La ligne oblique tirée d’un de ces points 10 à l’autre, doit coïncider avec la ligne verticale de la première colonne, à 93,9 ; avec celle de la seconde, à 94,6 ; avec celle de la troisième, à 95,3 ; avec celle de la quatrième, à 96,0 ; & ainsi de suite pour chaque face & chaque espèce d’eau-de-vie intermédiaire.

On voit par ces résultats qu’on peut, avec un seul & même hydromètre, vérifier non-seulement la même eau-de-vie à tous les degrés de température, mais qu’on peut encore pousser l’exactitude jusqu’à reconnoître des moitiés, des quarts, des huitièmes de degrés ; de sorte qu’on trouve dans un même instrument une infinité d’hydromètres gradués pour des températures différentes.

Les dimensions de l’hydromètre sont arbitraires ; mais il n’en est pas de même des proportions de ses différentes parties entr’elles. Il faut que le volume de la verge de la graduation soit au volume total comme 1 est à 6.

La sensibilité de l’instrument dépend de la longueur de l’intervalle du point A au point B, Fig. 1, qui sont les deux termes.

Plus la verge de graduation est longue, plus le lest doit être distant du corps pour contre-balancer la force de gravité, sans quoi l’instrument, loin de se tenir droit, feroit la bascule.

La preuve de Hollande, dont on a parlé plus haut, est le premier objet de consommation, & a pour ainsi dire servi jusqu’à présent, en Languedoc, de boussole, soit pour le titre, soit pour le prix des autres degrés d’eau-de-vie.

Pour le titre, en ce que la spirituosité de celle-là étant connue, celle des-autres devroit l’être dans l’acception du terme & d’après les notions reçues, quoique fausses. Suivant donc l’idée générale, le trois-cinq est une eau-de-vie dont trois parties mêlées à deux d’eau pure, doivent rendre cinq parties preuve de Hollande ; & parties égales de trois-six & d’eau commune, doivent donner encore la même preuve de Hollande, dont le prix détermine encore celle des deux autres eaux-de-vie.

Pour remplir ces objets par une règle facile à appliquer journellement, M. Bories a pris la moyenne sur une grande quantité de pièces d’eau-de-vie voiturées au port de Cette, des différens cantons du Languedoc ; mais comme les eaux-de-vie ne sont pas chaque année égales en qualité, il a combiné ses expériences sur les eaux-de-vie de 1771, 1772 & 1773. Le titre ainsi fixé, il est facile d’en donner le rapport à l’esprit-de-vin & à l’eau distillée, & d’assigner leur place sur le bathmomètre.

Dix verges ou veltes d’esprit de vin, (voyez Velte) sur une verge d’eau distillée, sont la combinaison du trois-six, & ce mélange pèse exactement à l’aréomètre de grain, comme la moyenne du trois-six. Il y a eu dans ce mélange une augmentation de densité de quatre grains ; car si on calcule le poids qu’il devroit avoir, on ne trouve que  ; il y a donc eu une différence de presque du volume total. Un pouce cubique de ce même trois-six pèse de grain, tandis qu’un pareil volume d’esprit a pesé de grain, & celui de l’eau distillée . Le rapport de cette eau-de-vie de +10 degrés de température, est à l’eau & à l’esprit-de-vin, comme est à 1,000 & à .

Il résulte de ce qui vient d’être dit, que le trois-six, à dix degrés de température, doit se trouver sur le bathmomètre, Fig. 5, distant de la ligne de vie, de 841 de l’intervalle total de l’eau à l’esprit-de-vin ; alors on le prend au moyen de l’échelle de mille parties, pour le porter à la colonne de 10 du bathmomètre, sur laquelle on le marque au point 3. La table des rapports des dilatations & condensations, apprend ensuite la série des variations que suit cette liqueur en dessus & en dessous du dixième degré, & on trouve qu’à 15 degrés on a 870, à 20, 900, &c. que l’on marque de la même manière que pour les eaux-de-vie, par dixièmes d’esprit. Ce qu’on a pratiqué pour les trois-six s’observe également pour les trois-cinq & pour la preuve de Hollande.

La graduation du bathmomètre ainsi fixée pour les usages du commerce de la province, l’essai de chacune des espèces d’eau-de-vie en sera facile. Pour le rendre encore plus facile avec cet instrument, M. Bories y a ajouté un curseur, dont les mouvemens sont toujours parallèles à la ligne de vie. (Voyez ce curseur PP, monté sur le bathmomètre, Fig. 5, & cette même pièce séparée de l’instrument, Figure 6.)

Après s’être assuré de la température de la liqueur à vérifier, on y plonge l’instrument. S’il s’enfonce de façon que la ligne du titre soit au dessous de la surface de la liqueur à vérifier, l’eau-de-vie est au dessus du titre, & la quantité des degrés secondaires indique le degré de la spirituosité supérieure. Si au contraire cette même ligne du titre surnage le nombre des degrés secondaires, depuis la surface de la liqueur jusqu’à cette ligne du titre, elle annoncera les degrés de spirituosité qui manquent, & par conséquent la quantité de la liqueur d’un titre supérieur qu’il faut ajouter pour que l’eau-de-vie essayée soit ramenée au titre qu’on desire.

À l’instrument qu’on vient de décrire, M. Bories en a ajouté un autre dépendant du précédent, plus commode, plus simple, & plus à la portée des fabricans d’eau-de-vie, & de ceux qui en font le commerce.

Cet instrument représenté, Fig. 7, diffère des hydromètres ordinaires par l’échelle graduée sur une tige quadrangulaire G, H, Fig. 7 & 8. La Fig. 8 représenté cette tige dégarnie de son curseur, Fig. 9, & dans sa moitié supérieure PH seulement. Cette tige est munie d’un curseur IK, Fig. 19, qui porte sa graduation, & fait les fonctions de compensateur. Les développemens des échelles de la tige & du curseur se voient à côté.

Ce compensateur est divisé en deux parties par un bouton ou point saillant L, Fig. 7 & 9, qui doit être en or, pour qu’il soit plus sensible, & c’est à ce point L que doit toujours se trouver la liqueur qui est au titre juste.

Les degrés de ce compensateur qui sont au dessus du point faillant de L en I, indiquent les degrés de spirituosité trop grande, & par conséquent au dessus du titre. La graduation qui est en dessous de ce même point de L en K, est destinée à faire connoître les liqueurs qui sont au dessous du titre, & fait apprécier les eaux-de-vie foibles.

L’échelle qui est sur la partie supérieure de la même tige de l’instrument de P en H, Fig. 7 & 8, marque les variations causées par les diverses températures depuis zéro jusqu’à vingt : cette portion s’appelle le thermomètre, & est divisée figurativement comme ce dernier instrument, Fig. 4 ; le zéro étant le degré inférieur, & vingt le supérieur.

L’autre moitié inférieure de P en G, Fig. 8, reste sans graduation, & sert à fournir un espace au mouvement du curseur ; il fait en outre connoître l’emploi de chaque face.

Au bas de l’instrument, Fig 7, est une autre tige terminée par un taraud FF, servant à recevoir l’écrou, Fig. 10, des quatre poids T, X, Y, Z, chacun desquels porte, gravé en toutes lettres, le nom de la liqueur pour laquelle il est destiné ; en sorte qu’on doit adapter à l’instrument celui de ces

TARIF
À l’usage du Commerce de l’Eau-de-vie, Preuve de Hollande, pour trouver la quantité de Trois-cinq qui manque à une Pièce foible, pour la mettre au titre, quelles qu’en soient la contenance & la température ; & qui désigne en même temps l’excédent de ce même Trois-cinq dans les Pièces sur-fortes.
Nombre des Verges. Degrés de foiblesse ou de sur-force de l’Eau-de-vie.
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
60 12,0 24,0 36,0 48,0 60,0 72,0 84,0 96,0 108,0 120,0 132,0 144,0 156,0 168,0 180,0
61 12,2 24,4 36,6 48,8 61,0 73,2 85,4 97,6 109,8 122,0 134,2 146,4 158,6 170,8 183,0
62 12,4 24,8 37,2 49,6 62,0 74,4 86,8 99,2 111,6 124,0 136,4 148,8 161,2 173,6 186,0
63 12,6 25,2 37,8 50,4 63,0 75,6 88,2 100,8 113,4 126,0 138,6 151,2 163,8 176,4 189,0
64 12,8 25,6 38,4 51,2 64,0 76,8 89,6 102,4 115,2 128,0 140,8 153,6 166,4 179,2 192,0
65 13,0 26,0 39,0 52,0 65,0 78,0 91,0 104,0 117,0 130,0 143,0 156,0 169,0 182,0 195,0
66 13,2 26,4 39,6 52,8 66,0 79,2 92,4 105,6 118,8 132,0 145,2 158,4 171,6 184,8 198,0
67 13,4 26,8 40,2 53,6 67,0 80,4 93,8 107,2 120,6 134,0 147,4 160,8 174,2 187,6 201,0
68 13,6 27,2 40,8 54,4 68,0 81,6 95,2 108,8 122,4 136,0 149,6 163,2 176,8 190,4 204,0
69 13,8 27,6 41,4 55,2 69,0 82,8 96,6 110,4 124,2 138,0 151,8 165,6 179,4 193,2 207,0
70 14,0 28,0 42,0 56,0 70,0 84,0 98,0 112,0 126,0 140,0 154,0 168,0 182,0 196,0 210,0
71 14,2 28,4 42,6 56,8 71,0 85,2 99,4 113,6 127,8 142,0 156,2 170,4 184,6 198,8 213,0
72 14,4 28,8 43,2 57,6 72,0 86,4 100,8 115,2 129,6 144,0 158,4 172,8 187,2 201,6 216,0
73 14,6 29,2 43,8 58,4 73,0 87,6 102,2 116,8 131,4 146,0 160,6 175,2 189,8 204,4 219,0
74 14,8 29,6 44,4 59,2 74,0 88,8 103,6 118,4 133,2 148,0 162,8 177,6 192,4 207,2 222,0
75 15,0 30,0 45,0 60,0 75,0 90,0 105,0 120,0 135,0 150,0 165,0 180,0 195,0 210,0 225,0
76 15,2 30,4 45,6 60,8 76,0 91,2 106,4 121,6 136,8 152,0 167,2 182,4 197,6 212,8 228,0
77 15,4 30,8 46,2 61,6 77,0 92,4 107,8 123,2 138,6 154,0 169,4 184,8 200,2 215,6 231,0
78 15,6 31,2 46,8 62,4 78,0 93,6 109,2 124,8 140,4 156,0 171,6 187,2 202,8 218,4 234,0
79 15,8 31,6 47,4 63,2 79,0 94,8 110,6 126,4 142,2 158,0 173,8 189,6 205,4 221,2 237,0
80 16,0 32,0 48,0 64,0 80,0 96,0 112,0 128,0 144,0 160,0 176,0 192,0 208,0 224,0 240,0
81 16,2 32,4 48,6 64,8 81,0 97,2 113,4 129,6 145,8 162,0 178,2 194,4 210,6 226,8 243,0
82 16,4 32,8 49,2 65,6 82,0 98,4 114,8 131,2 147,6 164,0 180,4 196,8 213,2 229,6 246,0
83 16,6 33,2 49,8 66,4 83,0 99,6 116,2 132,8 149,4 166,0 182,6 199,2 215,8 232,4 249,0
84 16,8 33,6 50,4 67,2 84,0 100,8 117,6 134,4 151,2 168,0 184,8 201,6 218,4 235,2 252,0
85 17,0 34,0 51,0 68,0 85,0 102,0 119,0 136,0 153,0 170,0 187,0 204,0 221,0 238,0 255,0
86 17,2 34,4 51,6 68,8 86,0 103,2 120,4 137,6 154,8 172,0 189,2 206,4 223,6 240,8 258,0
87 17,4 34,8 52,2 69,6 87,0 104,4 121,8 139,2 156,6 174,0 191,4 208,8 226,2 243,6 261,0
88 17,6 35,2 52,8 70,4 88,0 105,6 123,2 140,8 158,4 176,0 193,6 211,2 228,8 246,4 264,0
89 17,8 35,6 53,4 71,2 89,0 106,8 124,6 142,4 160,2 178,0 195,8 213,6 231,4 249,2 267,0
90 18,0 36,0 54,0 72,0 90,0 108,0 126,0 144,0 162,0 180,0 198,0 216,0 234,0 252,0 270,0
poids qui répond à l’espèce d’eau-de-vie dont on doit faire usage.

Le bathmomètre, Fig. 5, qui est l’archétype de ce dernier instrument, Fig. 7, détermine le titre de chaque pièce d’eau-de-vie, & par conséquent donne le point principal de chaque face. Il indique aussi le rapport de la tige à la boule, & fait trouver tout d’un coup l’échelle de la graduation, tant de la tige que du compensateur, dans chacune de ses divisions. L’eau-de-vie preuve de Hollande, comme la plus ordinaire dans le commerce, va servir d’exemple.

Cette eau-de-vie donnant au degré 10 de température 340 sur le bathmomètre, il faut ajuster le poids de cette preuve de Hollande, de manière que l’instrument indique ce même point 340 ; mais comme on a reconnu que la diverse température fait varier la densité de la preuve de Hollande depuis 294 jusqu’à 386, il faut nécessairement que la moitié supérieure de la tige soit en état de mesurer cet espace ; d’où il faut conclure que la moitié supérieure de la tige dans la face destinée à la preuve de Hollande doit être un volume total, comme 1 à 60, & par conséquent la totalité de la tige, comme 1 à 30. On a par ce moyen les proportions des différentes parties de l’instrument pour la preuve de Hollande, & ainsi de suite pour les autres espèces d’eaux-de-vie.

Avec cet instrument doivent toujours marcher un thermomètre & une table qui sert de tarif (il est ci-joint), & qui indique dans toute sorte de cas la quantité de trois-cinq qui est de trop, où qui manque dans une pièce preuve de Hollande pour la mettre au titre, quelle que soit la contenance de la futaille.

La première colonne de ce tarif est hors de rang, & indique la contenance de la futaille par le nombre des veltes, depuis 60 jusqu’à 90. Les futailles pour l’eau-de-vie preuve de Hollande, excèdent rarement ces proportions.

La première ligne également hors de rang, marque les degrés ou distance du point de section de la liqueur au point saillant L, Fig. 7, tant en dessus qu’en dessous.

Les 465 cases qui forment ce tarif, représentent en décimales la quantité de livres de trois-cinq qu’il faut ajouter ou retrancher, pour que la liqueur soit au titre juste.

Dès qu’on connoît, par le moyen du thermomètre, le degré de température des eaux-de-vie qu’on se propose d’essayer, on porte le sommet I du curseur au degré de la graduation de l’hydromètre, correspondant à celui qu’a donnée la liqueur dans le thermomètre ; enfin on adopte pour la preuve de Hollande, le poids X, Fig. 10, qui répond à cette espèce d’eau-de-vie.

L’instrument ainsi préparé est plongé dans la liqueur contenue dans un cylindre de fer blanc, & on considère le point où la surface de l’eau-de-vie coupe le curseur. Si c’est au bouton d’or L, Fig. 7, la liqueur est au titre juste ; mais si c’est en dessous au point N, par exemple, ou au douzième degré, (la futaille supposée contenir 76 veltes) la case du tarif qui se trouve dans l’angle commun de la colonne 12 en chef, & de la ligne 76 marge, donne 1824 ; ce qui indique que, pour mettre la pièce vérifiée au juste titre, il faudrait, 182 livres & de livre, ou bien 9 veltes & , en négligeant les fractions de livre.

L’opération d’essai est si prompte, qu’en moins d’une heure M. Bories a essayé 110 pièces d’eau-de-vie, & a indiqué ce qu’il y ayoit à changer à chacune. Comme cet instrument est en argent, & qu’il y a beaucoup de lettres, de chiffres, de lignes gravées sur les tiges, sur les poids, &c. &c. il coûte 72 liv. & c’est un peu cher pour le particulier. C’est le seul reproche qu’on puisse lui faire. M. R.

Après avoir fait sentir l’utilité d’un aréomètre comparable, surtout pour les eaux-de-vie & les esprits-de-vin, & tout l’avantage d’un tel instrument qui feroit en même temps l’office de thermomètre, & après avoir décrit plusieurs de ces instrumens, nous allons donner le moyen de faire celui de M. Peric, & décrire ses proportions : il est bien moins dispendieux que celui de M. Bories.

Au bout d’un tube de verre de quatre lignes de diamètre, & de six à sept pouces de longueur, on souffle une boule AG, (Fig. 11, Pl. 19) de seize lignes de diamètre. À environ huit lignes de la boule, on en souffle une autre petite HI de cinq à six lignes de diamètre, terminée par un cylindre B de quatre lignes de diamètre, & de huit de longueur, terminé en pointe, comme on le voit dans la figure. Cette pointe reste ouverte jusqu’à ce que l’instrument soit terminé ; c’est par cette extrémité que l’on y introduit un thermomètre à mercure, coudé au point L, pour pouvoir passer au dessus de la table des divisions que l’on a fait entrer dans le tube DF par l’extrémité F, & qui doit descendre jusqu’à la naissance du coude L du thermomètre, dont toute la partie, depuis L jusqu’en M, doit être considérée comme la boule. On soude ensuite le thermomètre avec le cylindre B aux points KK, de façon qu’il ne fait plus qu’un corps avec lui, & que le cylindre devient en même tems & réservoir du thermomètre, & lest de l’aréomètre. On fait passer ensuite du mercure dans le tube du thermomètre par l’extrémité M qui doit rester ouverte, comme nous l’avons dit ; on en introduit la quantité nécessaire pour que, l’eau étant à la température de la glace, il se fixe au zéro de l’échelle du thermomètre, & qu’il monte à l’eau bouillante à quatre-vingt-cinq degrés. On ferme alors la pointe M, & l’on essaie l’instrument comme aréomètre en le plongeant dans l’eau distillée, où il doit s’arrêter au n°. 10 de l’échelle de l’aréomètre. S’il est trop léger, & qu’il n’enfonce pas assez, on leste avec un peu de mercure. Pour cela on rouvre la pointe M, on introduit une certaine quantité de mercure, & on la referme ; si, au contraire, il est trop pesant, on en retire un peu jusqu’à ce qu’enfin il se trouve juste au numéro 10.

Ce n’est, comme on le voit, que par des tâtonnemens que l’on peut espérer d’abord de réussir dans la construction de cet instrument ; mais avec de la patience & de l’adresse, on en viendra à bout.

Chaque degré du thermomètre équivaut à cinq degrés du pèse-liqueur. Il est facile d’en sentir toute l’utilité & toute la commodité. Il peut servir en même tems à connoître, non-seulement les pesanteurs spécifiques des diverses liqueurs comme aréomètre, mais encore leur température & leurs degrés de dilatation & de condensation, ce qui influe plus qu’on ne pense dans la densité relative des fluides. En effet, si l’on compare les degrés de pesanteur de l’eau chaude & de l’eau froide, on s’appercevra d’une différence sensible : ayant exposé de l’eau ordinaire à la gelée, & le thermomètre ordinaire marquant zéro, l’aréomètre dont nous venons de donner la description s’est arrêté après plusieurs oscillations à 11° ; l’ayant transporté dans l’eau de même qualité, mais plus chaude, il s’est enfoncé jusqu’à 12° ; enfin, au degré de l’eau bouillante, il s’est tenu plongé jusqu’à 15°. À mesure que l’eau se refroidissoit, il remontoit insensiblement pour se fixer à où il étoit à la température de la glace. Il faut donc bien faire attention dans les observations de l’aréomètre aux différens degrés de température, & c’est en quoi consiste le principal avantage de celui que nous proposons.

Dans les brûleries d’eau-de-vie, si, pour connoître ses qualités, on adopte cet aréomètre, on pourra voir tout d’un coup sa juste densité qui résulte de la proportion de l’esprit-de-vin avec le phlegme ou l’eau. Le degré de chaleur qu’elle aura dans le moment, sera corrigé sur le champ par le thermomètre ; mais en général, il faudra avoir l’habitude de l’essayer à la même température, par exemple, au degré 10°, qui marque une chaleur modérée, & que l’on retrouve facilement en toute saison ; l’hiver, en chauffant un peu la liqueur, & l’été, en la plaçant dans un endroit frais. Pour spécifier la qualité de l’eau-de-vie, il ne faudra qu’exprimer le degré de l’aréomètre, sa température étant au degré 10° du thermomètre ; ce qui pourra servir de base générale & de terme de comparaison qu’il seroit intéressant d’adopter dans tous les pays. Ceux qui désireront plus de précision, se serviront de l’aréomètre de M. Bories. M. M.