Cours d’agriculture (Rozier)/ARRACHIS (supplément)

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Marchant (Tome onzièmep. 164-166).


ARRACHIS. (plant En) Ce mot, en jardinage et en terme de pépiniériste, exprime la manière d’être d’un plant nouvellement levé de terre, ou, ce qui revient au même, la manière dont il a été déplanté. Ainsi, l’on dit, du plant en motte, du plant en pot et du plant en arrachis.

Le plant en motte est celui qu’on enlève avec la terre qui accompagne les racines, et forme une motte autour d’elles. Celui-ci ne souffre que très-peu de la transplantation ; il n’a besoin que d’être arrosé trois ou quatre fois, et d’être ombragé du soleil, pendant quelques jours, pour reprendre et prospérer, comme s’il n’eût pas changé de place.

Le plant en pot est celui qui, semé dans des vases de terre, est arrivé à la hauteur requise pour être repiqué ou transplanté avec succès. Celui-ci exige plus de soin pour assurer sa reprise. Il est à propos de choisir un temps chaud et couvert, de l’arroser fréquemment pendant les premiers jours de sa plantation, de l’abriter des rayons du soleil jusqu’à ce que de jeunes pousses vigoureuses annoncent que son chevelu s’est étendu dans la terre ; s’il appartient à des plantes originaires de climats plus chauds que celui dans lequel on le cultive, il convient d’aider sa végétation par une douce chaleur humide, telle que celle que procure une couche de fumier, recouverte de cloches ou de châssis ombragés.

Le plant en arrachis, au contraire, est celui qui a été levé sans terre, et dont les racines sont à nu.

Lorsque le plant qu’on veut lever en arrachis est en pleine terre, on se sert d’une houlette, d’une bêche, ou mieux encore d’une fourche. Il faut, autant qu’il est possible, si les plants sont en végétation, choisir un temps chaud et couvert, et prendre un moment où la terre soit friable, parce que, si elle étoit trop humide et trop compacte, on risqueroit de rompre une partie des racines.

D’ailleurs, l’opération est très-simple : on prend d’une main une poignée de jeunes plants que l’on serre plus ou moins fortement, en raison de leur délicatesse ; et de l’autre, on soulève avec la houlette, la bêche ou la fourche, la portion de terre sur laquelle ils se trouvent. Lorsque la terre qui environne les racines est bien divisée, on enlève le jeune plant, sur lequel il faut toujours éviter de faire trop d’effort, dans la crainte d’endommager les racines.

Les plants en arrachis, qui sont en pleine végétation, sont ordinairement destinés à être replantés, sur-le-champ, en pépinière, ou en place, à demeure. Ce sont des légumes, des salades ou des fleurs dont on fait des planches, ou dont on garnit des plate-bandes. Il convient de ne les lever du semis qu’à mesure qu’on les plante, afin que l’air et le hâle ne les dessèchent pas trop. Aussitôt qu’ils sont en place, on les arrose copieusement, et l’on continue jusqu’à ce qu’ils soient bien repris. S’il survient des rayons de soleil un peu trop ardens, on les ombrage avec des feuillages, des pailles ou des paillassons.

Les plants en arrachis, qu’on se propose d’envoyer au loin, ont besoin d’une préparation, pour se conserver en état de reprendre. On les emballe dans des paniers à claire-voie, avec de l’herbe fraîche, de la mousse humectée ; et, si ce sont des arbres verts résineux, on les trempe, à mesure qu’on les lève de terre, dans un baquet rempli de terre franche et de bouse de vache, délayées avec de l’eau, à la consistance d’un mortier clair. Ou les lie ensemble par bottes qu’on a soin d’envelopper de mousse, et on les emballe dans des caisses percées de plusieurs trous, afin que l’air y puisse pénétrer et dissiper l’humidité surabondante.

Les pépiniéristes donnent plus particulièrement le nom de plant en arrachis à celui qui a été levé dans la campagne ou dans les bois, où il a été semé naturellement, soit parce que les graines sont tombées des arbres voisins, soit parce que le vent et les oiseaux les y ont portées.

Ce plant qui a pris naissance et s’est élevé dans une terre dure, laquelle n’a reçu ni labours, ni aucune espèce de culture, n’a ordinairement qu’un pivot long, dénué de racines latérales et de chevelu ; et, comme il se trouve ordinairement dans des lieux accessibles aux animaux sauvages et domestiques, il est rare que sa tige n’ait pas été endommagée. Il est donc inférieur, sous ces rapports, à celui qui a été semé et cultivé en pépinière. D’un autre côté, il reprend difficilement, et lors même qu’il réussit, il forme rarement des arbres d’une belle venue. Ainsi, ce plant qu’on achète presque toujours à bon marché, parce qu’il n’a coûté que la peine de l’arracher, coûte très-cher au propriétaire dont il trompe l’espérance, ou retarde la jouissance.

Mais, lorsqu’on est forcé de se servir de cette espèce de plant, pour former des plantations, si ce sont des bois forestiers d’une nature dure, tels que des chênes, des érables, des hêtres, des charmes, etc., il faut avoir soin, 1°. de rejeter tous les individus rachitiques ; 2°. ceux dont les racines ne sont que des portions de souches éclatées, qui n’offrent ni racines latérales, ni chevelu ; 3°. et enfin, ceux dont les tiges sont viciées par des chancres ou autres maladies qui, attaquant le cœur du bois, vont toujours eu augmentant et finissent par faire périr l’individu, ou rendent son bois inutile aux arts. A-t-on choisi les sujets qui paroissent les plus convenables ? il faut les tailler avec le plus grand soin. Il est indispensable de supprimer d’abord toutes les racines déchirées par le boyau, et ensuite celles qui sont éclatées, meurtries et viciées ; de faire tremper le pied de ces arbres dans de l’eau, pendant un ou deux jours, avant que de les planter, suivant qu’ils ont été arrachés depuis plus ou moins de temps, et que les racines sont plus ou moins sèches ; de les planter dès l’automne, ou pendant le courant de l’hiver ; et enfin, de rabattre à rez-terre les tiges qui viennent mal, ou qui ont de mauvaises racines. Il sera nécessaire ensuite, pour tirer parti de ces plants, de leur donner, la première année, des binages multipliés, pour détruire les mauvaises herbes, et rendre la terre perméable à l’eau, à l’air et aux gaz atmosphériques.

Si c’étoit une plantation de bois mous, tels que de peupliers, de saules, d’aulnes et autres bois de cette nature, on pourroit être moins sévère sur le choix des individus. Comme ils reprennent très-aisément de boutures et de plançons, il n’est pas nécessaire que leurs racines soient en aussi bon état que celles des bois durs ; il suffit qu’ils aient les tiges droites disposées à former des arbres d’une belle venue. Mais, dans tous les cas, il vaut beaucoup mieux, se servir de sujets tirés de pépinières, dont le terrain soit d’une nature inférieure à celui dans lequel on les plante, que d’employer des plants en arrachis pris dans les bois. Les premiers sont d’une réussite plus certaine, d’une plus belle venue, donnent toujours des jouissances pl us promptes, et des produits plus considérables, (Thouin.)