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Cours d’agriculture (Rozier)/BAROMÈTRE

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 157-166).


BAROMÈTRE, Instrument qui indique les variations du poids & du ressort de l’air. Sa marche, comparée avec l’état actuel de l’atmosphère, semble encore annoncer les changemens de tems ; ainsi cet instrument météorologique peut être de la plus grande utilité pour l’agriculteur. S’il connoissoit bien les pronostics qu’il peut en tirer, il ne couperoit point son foin, son blé, &c. lorsqu’il prévoiroit que la pluie n’est pas éloignée, & que dans le jour même il doit craindre quelqu’orage. Il est de notre devoir de faire connoître cet instrument. Pour remplir ce but, nous le considérerons,

1º. Par rapport à sa construction & à sa correction.

2º. Par rapport à ses variations & aux différens principes qui en sont cause.

3º. Nous examinerons les conséquences les plus exactes que l’on en peut tirer.

4º. Nous dirons un mot de son usage & de la manière de s’en servir pour mesurer les hauteurs.


Section première.

De la construction des Baromètres.


En général, le baromètre est un instrument composé d’un tube de verre, rempli en partie d’une colonne de mercure en équilibre avec une colonne de l’air atmosphérique, de pareille base & de même pesanteur. Il doit son origine à Toricelli, disciple de Galilée, ou plutôt ce fut lui qui découvrit la pesanteur de l’air, (voyez Air) & qui la mesura par une colonne de mercure ; mais ce fut Otho de Guerike qui s’apperçut le premier que cette colonne de mercure haussoit, baissoit & souffroit des variations dans sa longueur, suivant les variations de l’atmosphère. Il remarqua que lorsque cette colonne s’alongeoit le tems devenoit beau & serein ; que lorsqu’elle diminuoit de hauteur, le mauvais tems & la pluie succédoient : il imagina donc que cet instrument pourroit être regardé comme un indicateur des changement du tems.

D’autres physiciens mirent plus d’exactitude dans leurs observations, & les perfectionnèrent ; mais le tube de Toricelli, premier baromètre, avoit deux défauts essentiels dont on s’apperçut bientôt, & qu’on parvint insensiblement à corriger. Le premier, c’est que la partie supérieure du tube qui paroît vide, ne l’étoit pas effectivement, puisqu’elle contenoit de l’air qui, jouissant d’une force expansive naturelle, & soumis aux variations de la chaleur & du froid, empêche nécessairement le mouvement de la colonne de mercure, & s’oppose à ce qu’elle ait sa hauteur exacte. Le second défaut venoit des molécules d’air même, disséminées dans le mercure, qui, se dilatant & se condensant suivant la température de l’atmosphère, fait varier la longueur de la colonne de mercure, la pesanteur & le ressort de l’air étant les mêmes. Ces deux défauts nuisoient absolument à la perfection de cet instrument ; ils disparoissent, ou plutôt ils n’ont pas lieu, quand il est construit avec exactitude, & d’après les principes que nous allons donner.

On distingue deux espèces de baromètre, le baromètre simple & le baromètre double ou composé. Le baromètre simple, qui approche le plus du tube de Toricelli, est, sans contredit, le plus parfait, pourvu que, dans sa construction, on apporte toutes les précautions nécessaires. Prenez un tube de verre de 30 à 36 pouces de longueur, de deux lignes ou environ de diamètre. Ce diamètre doit être bien égal dans toute sa longueur ; plus petit, la colonne de mercure éprouveroit trop de frottement ; plus gros, la ligne de niveau seroit sujette à trop de variations. Il faut que le tube soit bien net en dedans ; pour le nettoyer intérieurement, on y passe un peu de coton très-sec. On doit bien se garder de le laver avec quelque liqueur que ce soit, d’y souffler même dedans, en un mot, d’y introduire la moindre humidité, car l’expérience a appris que le mercure se tient plus bas dans un tube lavé que dans tout autre. On scelle hermétiquement un des bouts du tube A, B, (Fig. 1, Pl. 4) en faisant un petit étranglement en C, afin que si l’on vient à renverser ou incliner le baromètre, la colonne de mercure, tombant contre le haut A, ne puisse casser le tube. On fera ensuite chauffer le tube, & on y introduira une certaine quantité de mercure aussi chaud que le verre pourra le soutenir sans se casser ; & le tenant au-dessus d’un réchaud plein de charbons allumés, on fera bouillir le mercure, afin de le dégager de tout l’air interposé dans ses pores. Pour détacher ces bulles plus facilement, on se sert d’un fil de fer que l’on plonge dans le tube. En faisant agir & mouvoir ce fil de fer, les bulles s’échappent de la masse du mercure, & se portent au haut du tube. L’ébullition & le mouvement du fil de fer sont les moyens les plus simples & les plus commodes pour purger absolument d’air le mercure du baromètre. Quand cette première opération est achevée, on introduit dans le tube une seconde portion de mercure que l’on traite de la même manière que la précédente, & ainsi jusqu’à ce que le tube soit plein, & que la colonne soit entièrement purgée d’air ; ce que l’on reconnoît lorsqu’étant soulevée ou inclinée, elle retombe sur le fond du tube en frappant un coup sec, & que, contre les parois intérieures du tube, elle forme une surface aussi brillante que celle d’un miroir bien étamé.

Cela fait, on redresse le tube verticalement, on recouvre son ouverture d’un petit vaisseau qu’on nomme cuvette D, E, & l’on renverse ensuite le tout avec attention, afin que l’air ne pénètre pas dans l’intérieur du tube. Une partie du mercure se précipite dans la cuvette, obstrue l’orifice du tube, & contient la colonne de mercure en situation. Si la cuvette renferme trop de mercure, alors on en retire une partie au moyen d’un chalumeau, ou on en ajoute si elle n’en renferme pas assez ; car il faut que le mercure y jouisse de la plus grande surface possible, afin que, montant ou baissant dans le tube, il ne change pas sensiblement la ligne de niveau D, E de la cuvette, car alors la mesure de la hauteur de la colonne ne seroit plus exacte, le point de zéro ne se trouvant plus au même endroit.

On a eu soin auparavant de préparer une planche F, G, H, I, pour recevoir la cuvette & le tube. On y dresse une échelle qu’on divise en pouces, à commencer à la surface du mercure D, E, de la cuvette, & l’on sous-divise en lignes les espaces du vingt-septième & du vingt-huitième pouce. C’est dans cet intervalle que sont renfermées toutes les variations que parcourt la colonne de mercure du baromètre.

Tel est le baromètre simple, le plus exact & le plus sûr pour l’observation ; mais l’espace de deux pouces étant trop peu considérable pour saisir les petites variations, on a imaginé les baromètres inclinés, les baromètres doubles, les baromètres raccourcis, & les baromètres à cadran. Nous ne parlerons ici que de ce dernier, comme plus commun & très en usage. Pour la description des autres & l’examen de leur bonté ou de leurs défauts, nous renvoyons aux ouvrages de physique qui en traitent ex professo, & entr’autres à l’excellent Dictionnaire de Physique de M. de la Fond, & à son utile Description & usage d’un Cabinet de Physique.

Le baromètre imaginé par M. Hook est composé d’un tube de verre A B C D E F, (Fig. 2, Pl. 4) recourbé en D, & ayant deux renflemens, l’un à l’extrémité supérieure fermée hermétiquement, & l’autre à l’extrémité inférieure ouvert en F. On le remplit de mercure à la manière ordinaire ; le mercure abandonne une partie du renflement supérieur AB pour remplir celui d’en bas jusqu’en E, ligne de niveau ; & l’espace depuis EC jusqu’en B est la hauteur de la colonne de mercure qui doit exprimer les variations de l’atmosphère. Pour les rendre sensibles, on établit ce tube sur une planche LM, à laquelle est fixé un cadran IK, dont on divise la circonférence en 36 parties égales, dont chacune désigne une ligne réelle d’abaissement ou d’élévation du mercure dans le tube, ce qui forme par conséquent un espace de trois pouces. Derrière ce cadran est une petite poulie P, extrêmement mobile, dont l’axe porte une aiguille très-légère OR. Cette poulie a deux gorges sur l’une desquelles est attaché, par le moyen d’une soie F, le petit poids G, beaucoup moins pesant qu’un pareil volume de mercure. Sur l’autre gorge est attaché, par la soie I, H mais dans un sens contraire, le petit poids H, moins pesant que le poids G.

Telle est toute la construction du baromètre à cadran, en voici le mécanisme. Quand, par la pression de l’atmosphère, la colonne de mercure descend de E vers D, le poids G le suit, & par-là fait tourner la poulie P, & par conséquent l’aiguille OR ; si au contraire la pression diminue, & que la colonne remonte de D en F, elle soulève le poids G, & alors le petit poids H, qui n’est plus soutenu, fait tourner dans l’autre sens la poulie & l’aiguille.

On sent facilement que la perfection de cet instrument dépend de l’exacte proportion entre le diamètre de la poulie & la division du cadran. Pour qu’elle soit juste, il faut que la poulie fasse un tour entier sur elle-même, lorsque la colonne de mercure E varie de dix-huit lignes dans le renflement DF ; mais, avec tout cela, cette espèce de baromètre ne doit jamais être préféré au baromètre simple de Toricelli, & ne peut servir que pour des observations météorologiques générales ; car 1º. les petites variations du mercure ne s’y font point appercevoir aussi promptement que dans un baromètre simple & ordinaire, à cause des frottemens ; 2º. le fil qui embrasse la poulie est susceptible des impressions de la sécheresse & de l’humidité ; lorsqu’il se dessèche, il s’allonge, & le contre-poids H descend & fait tourner l’aiguille ; lorsque ce fil s’imbibe d’humidité, il se raccourcit & la poulie tourne encore, quoique le poids de l’atmosphère demeure le même dans l’un & l’autre cas.

En supposant ces deux baromètres aussi parfaitement exécutés qu’il est possible, sur-tout le premier, on croira avoir un instrument qui devra suivre exactement les variations de l’atmosphère, & indiquer les changement de tems ; cependant ce baromètre composé de mercure doit nécessairement éprouver différens degrés de dilatation & condensation, & devenir, pour ainsi dire, un thermomètre. Ce défaut très-considérable par les conséquences, dans les observations délicates & minutieuses, a fixé l’attention des savans qui ont travaillé sur l’usage du baromètre. Une colonne de mercure de vingt-sept pouces, qui éprouve la chaleur de l’eau bouillante, se dilate de six lignes, suivant M. Deluc, de six lignes & demie suivant M. de Rocheblave ; & de cinq lignes seulement, suivant M. Legaux de Metz. Cette variété annonce au moins que les expériences ont été faites par des procédés différens, mais ces physiciens admettent la même correction, c’est-à-dire, celle proposée par M. Deluc. Il s’agit de ramener le baromètre toujours à la même température ; pour cela prenez un terme moyen, par exemple, dix degrés au-dessus du terme de la glace, du thermomètre de Réaumur : à ce terme, la hauteur du mercure dans le baromètre sera prise telle qu’elle se trouvera. Si la chaleur est plus forte, on retranchera de cette hauteur autant de seizième de ligne, que le thermomètre marquera de degrés au-dessus de dix ; si au contraire elle est moindre, on ajoutera autant de seizième de ligne que le thermomètre marquera de degrés au-dessous de dix ; alors toutes les observations seront faites comme si la température étoit constante. Suivant M. Legaux de Metz, c’est du point de zéro du thermomètre qu’il faut commencer à compter les degrés pour la correction.


Section II.

Des variations des baromètres, & des causes qui les produisent.

Un baromètre bien construit & très-sensible reste rarement dans la même position ; on le voit s’élever & s’abaisser tour à tour, tantôt par une progression insensible, tantôt très-rapidement. Les changemens de tems paroissent succéder à ces variations, & quelquefois les précéder. Quelle en peut être la cause ? Beaucoup de physiciens l’ont cherchée, plusieurs ont bâti sur cet objet des systêmes qui tous expliquent très-bien quelques variations isolées, mais aucun ne peut rendre raison de toutes à la fois. Il est donc plus prudent de choisir, dans ces différens systêmes, les parties qui se rapprochent du fait & de la vérité, que d’adopter un systême entier.

Il est constant d’abord que la hauteur moyenne du mercure est en france de vingt-sept pouces & demi ; que les variations ne s’y étendent guère au-delà de trois pouces, c’est-à-dire, son plus grand abaissement est à vingt-six pouces, & sa plus grande élévation à vingt-neuf. Ces variations diminuent à mesure que l’on approche de l’équateur, où elles sont très-peu de chose ; au contraire, elles vont en augmentant, en s’approchant des régions septentrionales. Communément lorsque le mercure baisse, à quelque hauteur qu’il soit, il annonce que le tems va passer du beau au variable, du variable au mauvais, & que s’il est au mauvais, il le deviendra encore davantage ; au contraire, s’il monte, le tems tournera au beau.

Tout ce qui peut augmenter la pesanteur de l’atmosphère, tout ce qui peut la diminuer, déterminera nécessairement l’élévation & la descente du mercure dans le tube du baromètre ; ainsi les vents, les vapeurs, les exhalaisons, la chaleur, le froid, la quantité d’air que l’eau réduit en vapeurs & nageant dans l’atmosphère, sous la forme de brouillard ou de nuage, laisse échapper par sa dilatation, toute celle qu’elle absorbe par sa condensation, toute celle encore que les fermentations intestines du globe, celles des corps en fermentation ou en putréfaction laissent échapper, sont autant de causes principales qui font mouvoir le baromètre.

Les vents froids, les vents impétueux ou qui soufflent les uns contre les autres en différens sens, condensent l’air, l’accumulent, pour ainsi dire, dans de certaines régions, ce qui rend l’atmosphère plus pesante, & en état de soutenir la colonne de mercure plus haut ; au contraire les vents chauds, mais secs, dilatent l’air & le rendent plus léger, &, dans ce cas, la colonne de mercure est moins haute.

Les vapeurs & les exhalaisons augmentent la masse de l’air. Si elles ne sont pas raréfiées sur le champ par la chaleur atmosphérique, elles ne s’élèvent point dans les régions supérieures, & agissent immédiatement, par leur poids, sur la colonne de mercure. Elle descendra lorsque ces vapeurs & ces exhalaisons auront été entraînées vers la terre par la chute de la pluie, de la neige & de la grêle, parce que l’atmosphère aura repris alors sa première légèreté. Il en sera de même de l’absorption & de la restitution de l’air échappé des différentes substances qui le contenoient, soit par la chaleur générale, soit par les fermentations.


Section III.

Indications les plus exactes du baromètre.

Les principales causes des variations connues, peut-on compter sur sa marche, & doit-on ajouter quelque confiance à ses indications ? On le peut jusqu’à un certain point, & il y a des cas où cette indication est assez sûre ; cependant il ne faut pas y ajouter foi en toute occasion, & en même tems accuser de mensonge cet instrument, si le changement annoncé n’a pas lieu. Il peut arriver que la cause qui devoit opérer ce changement cesse tout d’un coup d’agir, par une révolution subite & imprévue ; mais à force d’observations & d’exactitude, voici quelques règles tracées par d’excellens physiciens, & sur lesquelles on peut compter. Elles sont tirées du Mémoire de M. Changeux, inséré dans le Journal de physique 1774, Août, p. 100.


Première Règle.

Le mercure qui monte & descend beaucoup annonce changement de tems. En général les différentes inconstances du mercure dénotent les mêmes inconstances dans le tems.


Deuxième Règle.

La descente du mercure n’annonce pas toujours de la pluie, mais du vent. Les vents, en rassemblant ou dissipant les vapeurs aqueuses & les nuages, augmentent ou diminuent la masse de l’atmosphère. Ils doivent donc, suivant leur nature, faire monter & baisser le baromètre, & cet instrument indique autant la différence des vents, que la pluie ou la sécheresse ; de là la règle suivante.


Troisième Règle.

Le mercure descend plus ou moins, suivant la nature des vents ; le mercure baisse moins lorsque le vent est nord, nord-est & est, que pendant tout autre vent. Les vents froids & ceux qui règnent dans la basse région, les seuls que nous puissions sentir, condensent l’air, & le rendent plus propre à supporter les nuages. À l’égard des vents qui règnent dans les régions supérieures, ils ont un effet contraire, parce qu’ils font refluer les nuages vers la terre.


Quatrième Règle.

Lorsqu’il y a deux vents en même tems, l’un près la terre, & l’autre dans la région supérieure de l’atmosphère, si le vent le plus haut est nord, & que le vent bas soit sud, il survient quelquefois de la pluie, quoique le baromètre soit alors fort haut ; si, au contraire, c’est le vent du sud qui est le plus élevé, & le vent du nord le plus bas, il ne pleuvra point, quoique le baromètre soit très-bas. Dans le premier cas, les nuages sont condensés, & l’atmosphère qui les soutient est raréfiée ; l’équilibre est donc rompu, & l’air ne peut plus soutenir les nuages. Dans le second, les nuages sont raréfiés, & l’air qui les soutient est condensé ; il soutiendra d’autant mieux les nuages.


Cinquième Règle.

Pour peu que le mercure monte & continue à s’élever, après ou pendant une pluie abondante & longue, il y aura du beau tems.


Sixième Règle.

Le mercure qui descend beaucoup, mais avec lenteur, indique continuation de tems mauvais ou inconstant ; quand il monte beaucoup & lentement, il présage la continuation du beau tems. Dans ces deux cas, la condensation & la raréfaction des nuages, l’élévation des vapeurs est graduelle, uniforme & lente ; & l’atmosphère, par conséquent, ne s’allège ou ne se charge qu’au bout d’un long tems.


Septième Règle.

Le mercure qui monte beaucoup & avec promptitude annonce que le beau tems sera de courte durée ; quand il descend beaucoup & promptement, c’est une indication pareille pour le mauvais tems.

La raison contraire de la règle précédente donne l’explication de celle-ci.


Huitième Règle.

Quand le mercure reste un peu de tems au variable, le ciel n’est ni serein ni pluvieux, il ne fait ni beau ni mauvais ; mais alors, pour peu que le mercure descende, il annonce de la pluie ou du vent : si, au contraire, il monte, ne fût-ce que de très-peu, on a lieu d’espérer du beau tems. Le conflit qui s’est opéré entre les nuages & l’air qui les soutient, fait rester le mercure au variable ; mais quand il remonte ou descend, c’est qu’il s’est opéré des changemens qui, s’ils ne sont pas trop considérables, doivent déterminer le tems au beau ou au mauvais ; car s’ils étoient violens ils ne dureroient pas. (Voyez les deux règles précédentes)


Neuvième Règle.

Dans un tems fort chaud, la descente du mercure prédit le tonnerre, quand elle est cousidérable & si elle est très-petite, il y a encore du beau tems à espérer. Les grands changemens qui s’opèrent, par la condensation des nuages & l’allégement de l’atmosphère, causent des agitations qui électrisent les nuages, & enflamment les substances gazeuses qui se sont élevées, par la chaleur, à différentes distances ; de là le tonnerre & les météores ignées qui se rapportent à ce terrible phénomène. On ne doit pas être étonné que, dans les tremblemens de terre, lorsque l’air est rempli d’exhalaisons chaudes qui s’élèvent du sein des cavernes échauffées & des gouffres qui s’entr’ouvrent & se crevassent, le baromètre descende au plus bas degré ; l’air est alors très-raréfié ; & comme il ne soutient plus le nuage, il tombe souvent des pluies considérables, il se forme des vents, & des tempêtes violentes agitent & soulèvent les flots des fleuves & des mers des voisinages.


Dixième Règle.

Quand le mercure monte en hiver cela annonce de la gelée. Descend-il un peu sensiblement ? il y aura un dégel. Monte-t-il encore lors de la gelée ? il neigera. C’est ordinairement le vent du nord qui, dans l’hiver, fait monter le mercure ; il y aura donc du froid, & par conséquent de la gelée. Le vent du sud, au contraire, le faisant descendre, ammenera du dégel. Si les nuages se condensent & tombent durant la gelée, ils se résoudront en pluie que le froid convertira en neige ; mais, comme nous l’avons déjà remarqué, ce mouvement des nuages fera hausser la colonne de mercure.

Telles sont en général les règles de conjectures sûres que l’on a tirées des observations exactes de la marche du baromètre ; tous les autres cas dépendent de ceux-ci, & peuvent y être facilement ramenés.


Section IV.

De l’usage du baromètre, & de la manière de s’en servir pour mesurer les hauteurs.

Le plus grand avantage que l’on retire du baromètre est, sans contredit, la connoissance qu’il nous donne de la pression actuelle de l’atmosphère sur tous les corps, pression qui, comme nous l’avons vu déjà, (voyez Air) influe si considérablement sur l’économie animale & végétale. Outre cette connoissance certaine de sa marche comparée, on peut tirer des inductions plus que probables des changemens prochains de tems, & dresser à volonté une table exacte de ses variations, qui font partie des observations météorologiques. Pour former ces tables, voyez l’article Météorologie, où nous en donnerons d’universelles pour tous les instrumens propres aux observations.

Pour tirer tout le parti d’un baromètre dont on est assuré de la bonté & de la justesse, il faut qu’il soit suspendu contre un mur solide ; bien d’à-plomb, perpendiculaire à l’horison, & d’une manière fixe ; le moindre mouvement, la moindre oscillation est en état d’altérer, jusqu’à un certain point, son exactitude. Il faut encore, s’il se peut, l’exposer dans un endroit dont la température soit celle de l’atmosphère, afin qu’il éprouve les mêmes altérations de chaleur & de froid ; car s’il est renfermé dans un appartement très-chaud, par exemple, tandis que l’air sera très-froid, la colonne de mercure, dilatée par la chaleur de l’intérieur, sera nécessairement plus élevée qu’elle ne le seroit en plein air.

Le principe, l’élévation de la colonne de mercure dans le baromètre est en raison de la hauteur de la colonne d’air qui pèse sur le mercure, a conduit à l’application du baromètre, pour mesurer la hauteur des montagnes. En effet, plus on monte & plus la colonne d’air diminue ; & plus elle diminue, plus le mercure baisse dans le baromètre. Cela posé, voici comme on emploie cet instrument. Il faut d’abord en avoir deux parfaitement d’accord, & qui marchent bien ensemble. On en laisse un au bas de la montagne & on transporte l’autre au haut, ou à différentes stations, & l’on tient registre à chacune, de l’abaissement exact du mercure. On compare ensuite les deux baromètres, après avoir retranché ou ajouté à celui que l’on a employé sur la montagne, les variations du stationnaire, s’il en a éprouvé quelques-unes. En général, l’abaissement d’une ligne de mercure indique une élévation de treize toises ; ainsi donc, si le baromètre est descendu, par exemple, de dix lignes, défalcation faite de toute variation, on devra en conclure que la montagne, ou la station, est élevée au-dessus du baromètre stationnaire de cent trente toises ; ainsi des autres.

On sent facilement combien cette manière de mesurer demande d’exactitude dans celui qui l’emploie. Non seulement il faut faire attention à l’élévation de la colonne de mercure, mais encore à sa dilatation ou à sa condensation. C’est ici surtout qu’il faut faire l’application de la règle que nous avons tracée dans le dernier alinéa de la section première. M. Deluc, qui le premier a employé cette méthode avec succès avoit adapté à son baromètre deux thermomètres, l’un pour les corrections à faire à la hauteur de la colonne de mercure, & l’autre pour les corrections à faire à la température de l’air dans le lieu & le tems de l’observation ; enfin l’application des logarithmes des hauteurs du baromètre, exprimées en lignes, observées au haut & au bas de la montagne, a perfectionné cette méthode. C’est dans l’ouvrage même de ce fameux physicien, intitulé : Recherches sur les différens états de l’athmosphère, qu’il faut étudier tous ces détails absolument nécessaires pour avoir des mesures exactes & précises.

L’emploi du baromètre pour la mesure des montagnes, a fait chercher le moyen de le rendre portatif, sans qu’il pût se casser, & sans que l’air pût s’introduire dans le mercure. Pour remplir ces deux objets, on se sert d’un tube étranglé par un bout, comme nous l’avons décrit plus haut ; & au lieu de conserver l’ouverture qui se trouve à l’extrémité du tube, plongée dans une cuvette, on ferme cette ouverture lorsque le mercure a bouilli dans le tube, & on en ouvre une autre latérale à un demi-pouce au-dessus. On plonge ce tube rempli de mercure dans une cuvette cylindrique d’environ deux pouces de profondeur ; on remplit cette cuvette jusqu’à quelques lignes près de son orifice, & on la recouvre avec une peau, ou avec un couvercle de bois percé d’un petit trou que l’on bouche avec une cheville lorsqu’on ne fait pas d’usage de l’instrument ; il devient portatif sans autre préparation. On conçoit en effet qu’il sera portatif dès qu’on pourra le mouvoir en tout sens, sans que l’orifice qui communique du tube à la cuvette se trouve à découvert, & tant qu’il refusera passage à l’air qui pourroit s’introduire dans la colonne de mercure. Or la construction donnée produit cet effet. Quelque degré d’inclinaison, quelque situation qu’on fasse prendre au tube, son ouverture latérale sera constamment recouverte de mercure, & conséquemment refusera passage à l’air ; on pourra même le renverser impunément, l’étranglement de la partie supérieure empêchera que le choc du mercure contre la voûte du tube ne le casse.

Nous ne pouvons terminer cet article du baromètre sans dire un mot de son phosphorisme. Si l’on agite dans l’obscurité un baromètre bien purgé d’air, on apperçoit une lueur intérieure qui suit la colonne de mercure dans sa chute. Les anciens physiciens, comme Bernoulli, Hartsoeker, de Mairan, bâtissent différens systêmes pour expliquer ce phénomène si simple qui dépend de l’électricité seule. Le mercure frottant contre les parois du tube, l’électrise de la même manière que les coussins, par leur frottement, électrisent le plateau ou le globe électrique. M. M.