Mozilla.svg

Cours d’agriculture (Rozier)/BATARDIÈRE

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Hôtel Serpente (Tome secondp. 171-172).


BATARDIÈRE. Dépôt formé dans une place du jardin, des arbres tirés de la pépinière, & on les y tient en réserve pour remplacer ceux qui par la suite manqueront dans le jardin. Cette sage précaution n’est bonne cependant que pour un certain tems, parce qu’il est naturel de penser que les arbres s’appauvriront dans la batardière par la manière dont ils y sont plantés.

Le terrain de la batardière doit être défoncé au moins à deux pieds de profondeur ; la terre en être bonne, légère, substantielle. Les arbres y seront plantés à deux pieds de distance les uns des autres en tout sens. Telle est la pratique ordinaire. Il en résulte un abus essentiel ; on est obligé de couper le pivot de l’arbre, & de châtrer, de racourcir les autres racines. Il poussera, il est vrai, de nouvelles racines ; mais lorsqu’on le plantera de nouveau & à demeure pour figurer dans un verger ou dans un jardin, il ne poussera jamais avec la même vigueur que l’arbre planté avec ses racines entières & son pivot. Deux raisons puissantes concourent à l’affoiblissement de l’arbre ; 1º. son état défectueux ; 2º. les racines des arbres voisins auront travaillé pendant deux ou trois ans ; elles sentiront la terre fraîchement remuée pour planter le nouvel arbre, elles pousseront vivement de ce côté, viendront affamer celles de leur compagnon ; de sorte que sa végétation sera languissante, & celle des racines voisines forte & active. On est souvent étonné du peu de réussite des secondes plantations ou remplacemens ; en voilà les causes.

Au lieu de deux pieds de distance d’un arbre à un autre, je demande que l’on en donne quatre & même cinq ; il n’y aura qu’un peu plus de terrain employé ; & que les jeunes arbres que l’on plantera dans la batardière conservent leur pivot & toutes leurs racines. On sera sûr, lors de la replantation, de la reprise de l’arbre, si dans ce moment on a pour ses racines les mêmes attentions qu’en le sortant de la pépinière & en le plaçant dans sa batardière.

Le sol de cette seconde pépinière, ou plutôt de ce dépôt, sera fossoyé au moins deux fois l’année, à la sortie de l’hiver & au mois de Juillet. Les arrosemens ne seront pas négligés, puisqu’on sent combien la multiplicité des racines absorbera l’humidité de la terre. Le bien-être des jeunes arbres exige de fréquens sarclages, & il seroit ridicule, quoique quelques auteurs le conseillent, de semer des légumes, surtout dans les batardières ou les arbres ne sont espacés que de deux pieds ; ils ont peur sans doute que l’arbre réussisse trop bien. Il n’est pas possible d’imaginer une parcimonie plus mal entendue.