Cours d’agriculture (Rozier)/BETTE-RAVE

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 246-249).
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BETTE-RAVE. M. Tournefort la place dans la première section de la quinzième classe, qui comprend les herbes à fleur à étamines, dont la partie inférieure du calice devient le fruit ; & il l’appelle beta rubra vulgaris. M. le chevalier von Linné la désigne par les mêmes mots latins, & la classe dans la pentandrie digynie.

Fleur, apétale, à étamines, composée de cinq étamines, & de deux pistils ; les étamines sont placées dans un calice divisé en cinq pièces ovales, oblongues & obtuses.

Fruit. Espèce de capsule à une seule loge, qui renferme une semence en forme de rein, comprimée, entourée du calice, & comprise dans sa substance.

Feuilles, grandes, longues, très-entières, se prolongeant sur le pétiole qui est aplati, épais & large.

Racine, cylindrique, en forme de fuseau.

Port. Tiges de deux coudées, cannelées, branchues ; les fleurs naissent au sommet, & les feuilles sont alternativement placées sur les tiges.

Lieu. Cultivée dans les jardins potagers. Livrée à elle-même, elle fleurit la même année ; mais de la manière dont on la cultive, elle dure deux ans.

1. De ses différentes espèces. M. von Linné regarde la bette-rave comme une simple variété de la poirée ou bette. Cependant nous en distinguerons quatre espèces jardinières, dont les caractères sont assez marqués & constans, au moins pour trois.

La première est la grosse bette-rave rouge. Toute la plante a une couleur vineuse ; & exprimée, elle donne un suc très-rouge ; sa racine, suivant le terrain, devient quelquefois grosse comme la tête.

La seconde est la petite bette-rave rouge. Elle ne diffère de la précédente, que par la petitesse de ses feuilles & de sa racine ; & sa racine est un peu moins arrondie, ses feuilles moins alongées, moins grandes, moins foncées en couleur. Elle est plus délicate au goût, moins fade, & sent la noisette. Quelques uns appellent cette espèce, la betterave de Castelnaudari. On peut commencer à la manger dès le mois d’Août.

La troisième est la bette-rave jaune. Sa couleur est citronnée ; la racine, la côte des feuilles, & leurs nervures, sont jaunes en dedans & en dehors ; mais la feuille est d’un beau verd ; elle est très-délicate. La racine de quelques individus est irrégulièrement fouettée & panachée de rouge dans son intérieur. Elle doit être mangée de bonne heure si on veut qu’elle ne perde rien de sa qualité.

La quatrième est la bette-rave blanche. Ce qui, dans les précédentes, est jaune ou rouge, est dans celle-ci verd ou blanc. Elle est très-inférieure aux trois premières pour sa qualité.

II. De leur culture. L’époque à laquelle on doit semer les bettes-raves, dépend du pays que l’on habite. Par exemple, dans les provinces méridionales, tout le mois de Mars est avantageux ; le commencement d’Avril pour l’intérieur du royaume ; & la fin pour les provinces septentrionales & les pays élevés. Le point capital est de semer quand on ne craint plus les gelées. Cette espèce de plante craint le froid.

Semblable à toutes celles dont les racines sont charnues, elle aime une terre profondément défoncée, forte, bien fumée, & non pas argileuse, comme le conseille l’auteur de l’ouvrage intitulé, le Jardinier d’Artois, à moins que cette argile ne soit divisée par le sable & par le fumier ; & ce n’est pas au moment de semer qu’on doit lui avoir donné cette préparation.

Si la terre est maigre, peu défoncée, &c. la racine de la betterave se divisera en plusieurs branches ou fourches, & il vaudroit autant ne pas avoir semé cette plante.

La meilleure manière est par raies, séparées de dix-huit pouces les unes des autres, afin de pouvoir marcher entre deux lorsque le tems est venu d’éclaircir les jeunes plants. Dans les pays où l’on arrose par irrigation, il vaut mieux les semer en bordure, le long des planches où coule l’eau.

Lorsque les jeunes plantes ont poussé cinq ou six feuilles, c’est le tems de les éclaircir, mais à des reprises différentes, afin que si, par quelqu’accident, des pieds mouroient, on eût de quoi les regarnir. Quelques auteurs ont pensé mal à propos, qu’il étoit inutile de replanter la bette-rave pour regarnir les places vides. Si la terre de ces places est bien travaillée de nouveau ; si le jeune plant a été levé avec toutes ses racines, & replanté avec soin, l’expérience prouve que la racine deviendra aussi forte, aussi grosse que si elle n’avoit pas changé de place.

On donne communément trop peu de distance d’une plante à une autre. Il faut au moins un pied ou quinze pouces pour le mieux ; autrement les feuilles se touchent, se nuisent mutuellement, & interceptent le courant d’air qui doit les environner de toute part.

Sarcler assidument, piocheter quelquefois, arroser suivant la nécessité, sont les seuls soins que la plante demande.

Pour tirer les bettes-raves de terre, on ne doit pas attendre que la gelée ait endommagé les feuilles. On peut, dès le commencement de Novembre, tordre leur fane, les déterrer, car elles ne profitent plus enterré ; aussitôt après les laver, les essuyer, & les laisser deux ou trois jours exposées à l’action du soleil, dans un lieu bien abrité.

Dès que la racine a perdu sa surabondance d’eau, on la porte dans la serre, ou dans un lieu sec & à l’abri des gelées, & on amoncelle ces racines les unes sur les autres. Il est inutile, ainsi que le conseille l’estimable auteur de l’Année Champêtre, de les couvrir de terre, de paille, &c. ; c’est tout au plus ce qu’il faudroit faire au moment où l’on craindroit les plus fortes gelées.

Suivant les climats, les racines conservées dans les serres poussent des feuilles nouvelles au retour des premières chaleurs. Ne leur donnez pas le tems de recommencer leur végétation ; prenez quelques-unes de ces racines, & replantez-les pour avoir de la graine dans la saison.

Vertus. Les feuilles sont insipides inodores ; la racine a une saveur douce. Les feuilles & la racine sont émollientes.

Usage. Plus dans les cuisines qu’en médecine. Cependant la feuille de bette-rave, ainsi que celle de poirée, entretient l’écoulement séreux occasionné par l’excoriation produite par les vessicatoires ; le suc de la racine, inspiré par le nez, fait éternuer & sortir les mucosités. La racine de bette-rave nourrit peu, se digère facilement, si elle est bien cuite, & adoucit les bronches pulmonaires. On peut au moins, deux fois dans l’été, couper toutes les feuilles, & les donner au bétail.

M. Margraff, célèbre chimiste de Berlin, a tiré de toute la plante, un sel doux, qui est un véritable sucre.


BETTE-RAVE. Poire. (Voyez ce mot)


Bette-Rave. Pêche. (Voyez ce mot)