Cours d’agriculture (Rozier)/CATALEPSIE

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 594-595).


CATALEPSIE, Médecine rurale. Ce mot signifie j’arrête, je retiens. On a donné ce nom à une maladie du cerveau, dans laquelle les malades restent fixés, comme des statues, dans la place où ils se trouvent. Quand le mal s’empare d’eux, ils ont l’air de ces soldats que la fable nous représente pétrifiés dans différentes attitudes, à la vue de la tête de Méduse. C’est par une forte & universelle convulsion que le corps est maintenu, & fixé dans la même attitude où la maladie l’a saisi.

Le cataleptique reste les yeux ouverts sans voir, sans sentir, sans entendre & sans faire aucun mouvement : si on le pousse, il fait un pas ou deux, & reste toujours dans la même position où il se trouve ; si l’on remue ses bras, sa tête, ses mains, il les tient roides dans l’attitude qu’on leur donne ; sa respiration est lente, son poulx est plein : cette maladie est très-rare, nous ne l’avons observée qu’une fois.

Toutes personnes qui se laissent accabler par le chagrin, celles qui se livrent aux contemplations célestes, aux méditations profondes, celles qui poussent l’abstinence de toute espèce & le jeûne au de-là des bornes prescrites par la raison, sont plus exposées à la catalepsie que les autres. On a souvent vu des gens d’une imagination vive & exaltée, après des réflexions abstraites sur des sujets trop au-dessus de leur portée, tomber tout-à-coup dans la catalepsie. Dans les siècles d’ignorance, on lui a quelquefois donné le nom d’extase.

Cette maladie est fort grave, tant par elle-même, que par les suites qu’elle traîne après elle ; elle attaque le cerveau, & il existe peu de maladies légères dans son organe ; elle est ordinairement suivie de convulsions & de stupidité.

Cette maladie exige l’application des remèdes les plus actifs ; il faut ouvrir la jugulaire ou l’artère temporale ; on met les sangsues sur le nez ; les vésicatoires, les cinétiques, les fers rouges appliqués aux pieds, sont des remèdes convenables ; mais le premier doit être l’ouverture de l’artère temporale : il faut faire aussi usage de lavemens purgatifs. Comme dans cette maladie, la vie, si nous pouvons nous exprimer ainsi, est suspendue dans son cours, il faut nécessairement exciter dans la machine de violentes secousses, lui donner une forte impulsion, & remonter les ressorts, afin qu’elle puisse reprendre l’exercice de ses mouvemens.

Nous le répétons encore à la fin de cet article, cette maladie est on ne peut plus rare, sur-tout parmi les gens qui vivent à la campagne. M. B.


Catalepsie, Médecine vétérinaire. Affection soporeuse. Cette maladie est très-rare chez les animaux. Comme nous ne l’avons pas encore observée chez eux, nous ne pouvons en faire le détail. M. T.


Catalepsie, Botanique. Le nom de cette maladie a été transporté en botanique, & appliqué à un phénomène singulier qu’offrent quelques plantes. On sait que toutes les plantes en général jouissent du mouvement de ressort ; c’est-à-dire, qu’elles peuvent se rétablir dans la première situation & se redresser lorsqu’on les a inclinées ; cependant il en existe une sur-tout, qui est la moldavique de Virginie, qui est privée de cette force naturelle du ressort spontané, & de quelque côté que l’on tourne ou retourne ses fleurs, elles restent dans la même situation où on les place, ce qui lui a fait donner le nom de cataleptique. (Voyez Mouvement végétal) M. M.