Cours d’agriculture (Rozier)/COLOMBINE

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Hôtel Serpente (Tome troisièmep. 437).


COLOMBINE. Mot qui désigne spécialement la fiente de pigeon, &c, par extension, celle des volailles. En Normandie, on nomme la première poulnée. On ne connoît point d’engrais aussi chaud, ni aussi actif : il produit de grands effets, ou de grands maux, suivant la manière dont il est employé.

On lit dans les Mémoires de la Société d’agriculture de Rouen, une manière de préparer la colombine, qui mérite d’être rapportée. Pour tirer parti de la poulnée, on transporte dans le colombier, de temps à autre, du crotin de cheval, dont on couvre, de trois à quatre pouces d’épaisseur, la poulnée qui est sur le plancher du colombier, & que l’on fait tomber des parties supérieures lorsqu’on les nettoie. On réitère deux à trois fois dans l’année ; de sorte que la poulnée & le crotin sont assemblés par couches. On les laisse dans cet état, jusqu’au temps qu’il convient de porter cet engrais sur les terres : on augmente encore cette quantité de la poulnée, en ajoutant du crotin de cheval en proportion.

Cet amas sert à ranimer les blés qui semblent languir, ou à fumer les terres que l’on voudroit ensemencer en lin. Lorsqu’on retire cet engrais du colombier, on mêle le tout, en le réduisant en poudre à force de coups ; lorsqu’on le veut employer, on le sème, à la fin de février, ou dans le mois de mars, de la même manière que si on semoit le grain.

Je conviens de la bonté de ce procédé, considéré comme engrais ; mais il me paroît démontré que, si on le suivoit dans des provinces plus chaudes que celle de Normandie l’infection s’établiroit dans le colombier, & aucun pigeon ne sauroit y demeurer. Il vaudrait beaucoup mieux, même en Normandie, préparer de semblables couches de poulnée, par-tout ailleurs que dans le colombier.