Cours d’agriculture (Rozier)/CONSTRUCTIONS RURALES

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CONSTRUCTIONS RURALES. Par cette expression générale, on désigne indistinctement tous les bàtimens destinés à servir d’habitation aux habitans de la campagne, et de logement aux animaux nécessaires à la culture des terres : ainsi, des chaumières, des étables, des écuries, des bergeries, des métairies, des fermes, des vendangeoirs, des maisons de campagne, etc., sont des constructions rurales.

La disposition et la distribution de chacune d’elles sont soumises à des principes fixes, dont on ne peut pas s’écarter, sans inconvéniens.

Sous le rapport de leur construction, les bâtimens ruraux sont une dépendance de l’art de l’architecture ; mais, sous celui de leur disposition et de leur distribution, ils appartiennent à la science de l’économie rurale ; car, si l’architecture enseigne au propriétaire la manière de construire les bâtimens avec goût, solidité et économie, quelques matériaux qu’il ait à sa disposition, l’économie rurale peut seule lui prescrire l’orientement, les dimensions et la distribution qu’il convient de leur donner, pour leur procurer la salubrité et la commodité nécessaires aux besoins des êtres qui doivent les occuper.

Pour écrire d’une manière satisfaisante sur les constructions rurales, il faut donc réunir en soi l’art de l’architecture à celui de l’agriculture ; et c’est parce que ces différentes connoissances se rencontrent rarement dans le même individu, que nous ne pouvons encore citer, ni chez les anciens, ni chez les modernes, ni parmi nous, ni chez les étrangers, un bon ouvrage complet sur les constructions rurales.

Aussi ces constructions sont-elles, en général, très-négligées, et c’est avec raison qu’on regarde leur mauvaise disposition comme un obstacle réel à l’amélioration de l’agriculture. La Société d’Agriculture du département de la Seine est la première, en Europe, qui se soit occupée des moyens de le surmonter ; et, dès l’an 7, elle proposa deux prix pour les deux meilleurs Mémoires qui lui seroient envoyés sur l’art de perfectionner les constructions rurales. Ils ont été décernés en fructidor an 9, le premier à nous, et le second à M. Penchaud, architecte à Poitiers.

À notre imitation, le Bureau d’Agriculture de Londres engagea les architectes anglais à s’occuper des constructions rurales ; il en est résulté un grand nombre de Mémoires qu’il s’est empressé de réunir en un seul corps d’ouvrage, et que M. Lasteyrie a traduit en français, et publié sous le titre de Traité des Constructions rurales, etc. Paris, Buisson. An 10 (1802.) Un vol. in-8°. et atlas in-4°. Cet ouvrage présente quelques bons principes, mais d n’est point méthodique. Il offre d’ailleurs des distributions convenables seulement aux mœurs et aux besoins de l’agriculture anglaise, et surtout au luxe des riches propriétaires anglais. Enfin, l’Allemagne a aussi voulu donner son contingent en constructions rurales ; et, en 1802, il a paru à Leipsick un ouvrage in-folio, intitulé : Traité des bâtimens propres à loger les animaux qui sont nécessaires à l’économie rurale. Celui-ci est plus méthodique que le recueil anglais. Malheureusement il coûte fort cher, et les modèles, de constructions, que son auteur offre aux agriculteurs, sont déparés par un luxe trop considérable, pour pouvoir être adoptés par notre agriculture.

C’est dans ces différentes sources, et particulièrement dans notre Mémoire, que nous allons puiser pour remplir la tâche que nous nous sommes imposée.

Plan du travail. Il est divisé eu deux parties, dont chacune est subdivisée en sections.

La première contient les principes généraux que l’on doit suivre dans le placement, l’orientement et la distribution des bâtimens ruraux, et leur application aux différentes constructions-rurales.

La seconde est purement économique ; elle présente les moyens économiques que l’on peut employer dans les différentes localités, et suivant les matériaux disponibles, pour procurer à ces constructions la solidité et la durée la plus grande.


Première Partie. Principes généraux que l’on doit suivre dans le placement, t orientement et la distribution des bâtimens ruraux, et leur application aux différentes constructions rurales.


Section Première. Principes généraux.

§. 1er. Placement. On n’est presque jamais le maître de choisir l’emplacement le plus convenable pour établir des bâtimens ruraux ; oh est quelquefois obligé d’y consacrer le seul terrain dont on puisse disposer ; le plus souvent, on est réduit à améliorer une construction rurale anciennement établie.

Ce n’est donc que dans le cas d’une reconstruction totale, et lorsqu’on est absolument maître du terrain, que l’on peut choisir le meilleur placement d’une construction rurale. Il faut placer ces constructions sur le sol le plus sain qu’on ait à sa disposition, sans cependant les trop éloigner des eaux, des autres habitations, et des terres en culture. Sans cette attention, le cultivateur seroit exposé à des pertes de temps, pour satisfaire aux besoins de sa maison et de son exploitation.

§. II. Orientement. Les bâtimens ruraux doivent être construits sainement ; leur conservation, et celle des hommes, des animaux, et des denrées qu’ils doivent contenir, dépendent de cette qualité essentielle.

Parmi les moyens que l’art indique pour la procurer à ces bâtimens, on doit distinguer leur orientement, ou, ce qui est la même chose, leur aspect solaire.

L’exposition qui leur est la plus favorable est souvent locale ; elle tient au climat, et à la topographie de la localité. Elle est aussi relative à la destination des bâtimens ruraux.

Par exemple, l’exposition nord et sud paroît en général la plus salubre, et la plus favorable pour l’habitation des hommes. Cette double exposition leur procure en hiver un logement plus chaud que dans tout autre orientement ; et, dans les chaleurs de l’été, elle leur donne la facilité d’obtenir, du côté du nord, un courant d’air qui rafraîchit celui de cette température, et assainit l’habitation.

L’exposition ouest, ou du couchant, est généralement regardée comme la plus malsaine.

Il n’en est pas de même des bâtimens destinés à loger des bestiaux. Les volailles aiment le soleil levant et celui du midi, tandis que l’exposition nord convient parfaitement à la santé des autres bestiaux. Enfin, cette même exposition nord est la plus favorable pour la conservation des récoltes.

Il faut donc disposer tous les bâtimens qui composent une construction rurale, de manière que chacun d’eux soit à l’exposition la plus favorable à sa destination.

Nous devons cependant faire observer que cette disposition n’est pas rigoureusement praticable dans une grande construction rurale ; elle ne seroit ni économique pour le propriétaire, ni commode pour le fermier.

Elle ne seroit point économique pour le propriétaire, parce qu’il seroit obligé d’y consacrer une trop grande étendue de terrain ; et elle ne seroit point commode pour le fermier, parce que les logemens extrêmes seroient trop éloignés de son habitation, et échapperoient, pour ainsi dire, à sa surveillance.

Pour éviter ces inconvéniens, on est obligé de rapprocher les logemens, et de les disposer autour de l’habitation, de manière que toutes leurs entrées en soient vues immédiatement. Alors, ces logemens ne se trouvent plus tous à l’exposition requise pour les bestiaux qui doivent les occuper ; mais le propriétaire aura l’attention de placer à l’exposition la moins favorable les bestiaux auxquels elle ne pourra occasionner d’effets dangereux,

§. III. Distribution. La distribution de ces bâtimens doit être subordonnée à leur destination.

Ainsi, les habitations rurales doivent présenter au fermier des pièces de grandeur, et en nombre suffisant, pour loger toute sa famille, et satisfaire à tous les besoins de son aisance et de son industrie intérieure ; ainsi, les étables, les écuries, les bergeries, etc., doivent être de grandeur suffisante pour y loger commodément tous les bestiaux nécessaires à son exploitation, et présenter le service le plus sûr et le plus commode ; ainsi, les granges, les greniers aux fourrages, les chambres à blé, etc., doivent être assez vastes pour contenir ses récoltes et ses denrées, etc.

Tels sont les principes généraux que l’on doit suivre dans les constructions rurales. Nous ne leur donnons pas, dans ce moment, toute l’étendue et tous les développemens dont ils sont susceptibles, parce que nous pensons qu’ils seront mieux entendus par la plupart des propriétaires, dans les applications que nous allons en faire aux différentes espèces de constructions rurales.

Nous prévenons que nous n’admettons, dans cet article, aucun système sur les avantages et les inconvéniens des grandes, des moyennes, et des petites exploitations rurales, et que les exemples de constructions rurales que nous allons donner seront pris dans les divisions actuelles de notre agriculture, c’est-à-dire dans la grande, la moyenne et la petite culture.


Section II. Application de nos principes généraux aux différentes espèces de constructions rurales.


§. Ier. Exemple. Plan d’une ferme disposée pour une exploitation de six charrues.
Rozier - Cours d’agriculture, tome 11, pl. 8.png

Planche VIII. — Explication des Renvois de cette Planche.

a, Cabinet ou salle du fermier, avec arrière-cabinet, pour le logement de ses filles.

b, Chambre de fermier, avec sa garde-robe.

c, Cuisine.

d, Dépense,

e, vestibule, cage d’escalier, et descente de cave.

f, Fournil, pétrin et buanderie, avec son fourneau économique.

g, Laiterie voûtée, avec son vestibule au midi,

h, Bûcher et latrines,

i, Remises.

k, Chambre de chaulage.

l, Logement du maître charretier, et escalier des fourrages ; sellerie.

m, m, Écuries doubles pour vingt chevaux.

n, Écurie particulière.

o, o, Étables doubles pour trente-deux bêtes à cornes.

p, Étable pour les veaux,

q, Grange à blé.

r, Ballier des gros grains.

s, Ballier des menus grains,

t, Grange à avoine.

u, Bergerie d’hivernage.

x, Bergerie particulière d’hivernage.

y, Chambre pour faire couver les poules.

z, Poulailler.

z, Écurie pour les chevaux malades.

1, 1, Toit à porcs avec sa galerie, pour donner, du dehors, à manger aux cochons,

2, Petite cour de vidange des cochons.

3, Passage sous le colombier.

4, Escalier du colombier ; dépôt de la fiente de pigeons.

5, Petite cour communiquant an jardin et au verger.

6, Serre du jardinier.

7, Trous à fumier.

8, Fosse aux engrais artificiels.

9, Bergeries supplémentaires.

Les bâtimens nécessaires à l’exploitation d’une ferme de six charrues, que nous supposons placée à six myriamètres de Paris, sont en assez grand nombre pour mériter toute l’attention du propriétaire. Il est de son intérêt de les procurer tous à son fermier, s’il veut retirer de sa ferme la rente la plus avantageuse ; mais, par le renchérissement de la main-d’œuvre, par la rareté de plusieurs matériaux, et par le haut prix de presque tous, un propriétaire seroit bientôt arrêté dans ses projets d’amélioration, s’il n’apportoit dans les constructions rurales l’économie la plus sévère et la mieux entendue. C’est avec cette attention que nous avons rédigé le plan de ferme de grande culture que l’on voit Planche VIII. Nous allons en parcourir les détails, afin de faire voir comment toutes ses parties ont été calculées, et proportionnées aux besoins du fermier, et à ceux de sa culture.

1°. habitation. L’exploitation de la ferme, dont il est ici question, exige de la part du fermier des avances en mobilier, et des frais annuels assez considérables : on les évalue de 12 à 15,000 fr. par charrue. Ces avances lui supposent des facultés pécuniaires relatives, et, par suite, une éducation soignée qui oblige le propriétaire à le loger proprement, et commodément.

C’est par cette raison que nous lui avons procuré un logement commode, composé, 1°. d’un vestibule contenant l’escalier qui fait communiquer à la cave et aux étages supérieurs ; 2°, une cuisine, avec sa dépense, assez grande pour les besoins de son ménage ; 3°. une chambre à coucher, avec sa garde-robe ; 4°. un cabinet pour le fermier, pouvant servir de salle de compagnie, avec un arrière cabinet pour loger ses filles, s’il en a ; 5°. une buanderie de l’autre côté de l’escalier, avec four, et fourneau économique, et une pièce à côté du four pour pétrir le pain : les servantes peuvent coucher dans ce fournil ; 6°. une laiterie voûtée à la suite du fournil, précédée par un vestibule, pour la garantir de la chaleur du fournil, et de celle de l’exposition sud-est ; 7°. dans la partie du premier étage qui est au dessus de la cuisine et de la chambre et du cabinet du fermier, des chambres distribuées pour le logement des enfans mâles du fermier, ou du propriétaire, lorsqu’il vient le visiter, et pour resserrer des légumes secs ; 8°. et dans le grenier au dessus de cette partie du premier étage, des greniers et décharges suffisans pour les autres besoins du ménage.

Cette distribution présente encore d’autres avantages ; toutes les vues principales de l’habitation donnent sur tous les autres bâtimens de la ferme. Le fermier a, de son cabinet, une vue particulière à l’extérieur ; en sorte qu’il ne peut entrer dans la ferme, et dans aucun de ses bâtimens, ni en sortir personne, sans être appercu de l’une ou de l’autre des différentes pièces de l’habitation. Enfin, toutes les différentes parties intérieures de cette habitation sont disposées de manière que la maîtresse de la maison peut inspecter de l’œil ou de la voix jusque dans le fond de sa laiterie. Cette facilité de surveillance, que nous avons procurée au fermier, est particulièrement due à la place que nous avons assignée à la porte d’entrée de sa ferme : par sa position, elle ne coupe point de bâtimens, facilite les communications, et n’interrompt aucunes vues.

2°. Ecuries. La culture de cette ferme occupera environ dix-huit chevaux, sans compter ceux destinés au service personnel du fermier et de sa famille.

Il lui faut donc des écuries saines, commodes, et assez vastes pour pouvoir les loger tous, tant en santé qu en état de maladie.

On leur procurera la salubrité convenable, en fixant le niveau de leur pavé à environ un sixième de mètre (six pouces) au dessus de celui de la cour ; en lui donnant une pente telle, que les urines des chevaux s’écoulent facilement au-dehors ; en plafonnant leur plancher sur une largeur d’environ deux mètres (six pieds) au dessus des râteliers, afin que les araignées ne puissent point y faire leurs toiles, et que ces toiles, et la poussière dont elles sont chargées, ne tombent pas dans les yeux des chevaux, ni sur leur fourrage ; en donnant à ces planchers une hauteur, sous solives, de trois mètres (neuf pieds) pour les écuries simples, et de trois mètres deux tiers (onze pieds) pour les écuries doubles ; en plaçant les râteliers des écuries dans une position assez verticale pour que les chevaux, en tirant le fourrage à travers les fuseaux, ne puissent pas en faire retomber les graines dans leurs yeux ; enfin, en orientant ces écuries de la manière la plus favorable à la santé des chevaux, et en y pratiquant des airs croisés qui renouvellent constamment l’air dans leur intérieur.

Ces écuries seront commodes pour le fermier, si elles sont placées près de lui, car elles sont pour lui un objet capital de surveillance, et si, par leurs dimensions, les chevaux y sont à l’aise, et faciles à panser.

Ces dimensions sont commandées par le régime adopté pour le gouvernement des chevaux, et par le nombre que l’on veut en loger dans chaque écurie. On construit des écuries de deux, espèces, des écuries simples, et des écuries doubles.

Les écuries simples sont celles qui n’ont qu’un rang de râteliers, et conséquemment dont les chevaux sont placés sur une seule et même ligne.

Les doubles sont celles qui ont deux rangs de râteliers, et dont les chevaux sont placés sur deux lignes. Dans celles-ci, les chevaux sont le plus souvent placés dos à dos ; mais il seroit possible de les y placer nez à-nez.

Les dimensions de toutes les écuries ne peuvent donc pas être les mêmes, et doivent varier suivant leur espèce, et suivant la disposition que l’on veut y donner aux chevaux. Cependant la longueur développée des râteliers, ou ce que nous appelons la longueur des écuries, est à peu près constante, quelle que soit la disposition des chevaux ; elle est absolument relative au nombre de chevaux que l’on veut loger dans chaque écurie. Nous disons à peu près constante, parce que des chevaux plus gros, ou des poulinières, exigent un peu plus de place, pour être à leur aise devant les râteliers, que des chevaux de taille ordinaire. Il est d’expérience, à cet égard, qu’un cheval peut à son aise manger au râtelier, et dormir sur la litière dans un espace d’environ un mètre un tiers (trois à quatre pieds) lorsque les chevaux sont séparés les uns des autres par des barres de bois : mais si, comme dans les écuries de luxe, on les enferme dans des stalles, il faut donner à ces stalles une largeur d’un mètre deux tiers (cinq pieds.) Ainsi, par exemple, si on veut construire une écurie simple pour cinq chevaux, on lui donnera une longueur intérieure de cinq fois un mètre un tiers, (quatre pieds) et de cinq fois un mètre deux tiers (ou cinq pieds) si les chevaux doivent être renfermés dans des stalles. Si on veut construire une écurie pour dix chevaux, on lui donnera une longueur de dix fois un mètre un tiers ; ou dix fois un mètre deux tiers, si elle est avec stalles ; ou bien, on fera construire une écurie double, dont la longueur se réduira à moitié.

Quant à la largeur des écuries, elle doit être telle dans chaque espèce et dans chaque disposition des chevaux, que le service y soit commode, et que les garçons d’écurie, ou les palefreniers, puissent s’y livrer avec sécurité. Or, la mangeoire occupe une largeur d’environ un demi-mètre ; (dix-huit pouces à deux pieds) on estime à trois mètres (neuf pieds) de longueur l’aisance qu’il faut donner aux chevaux pour pouvoir se placer commodément devant la mangeoire, et pour leur recul ; enfin, il faut placer un lit dans les écuries, pour coucher les charretiers, et procurer à ces derniers, derrière les chevaux, une largeur suffisante pour leur sécurité ; et ces motifs exigent encore un supplément de largeur d’un mètre (trois pieds.) On doit donc donner au moins quatre mètres deux tiers (quatorze pieds) de largeur aux écuries simples, et huit mètres au moins (vingt-quatre pieds) aux écuries doubles, lorsque les mangeoires y sont placées contre les murs.

Mais si, pour plus de commodité, et afin de pouvoir donner à manger aux chevaux sans être obligé d’approcher d’eux, on isoloit les mangeoires et les râteliers des murs par un couloir d’un mètre (trois pieds) de largeur, il faudroit augmenter d’autant celles des écuries simples et des écuries doubles. Lorsqu’on admet cette recherche dans les écuries doubles, les chevaux y sont nez à nez, afin que le même couloir puisse servir aux deux cours de mangeoires et de râteliers.

Cette manière de disposer les chevaux dans les écuries simples et dans les écuries doubles, est plus commode que celle ordinairement adoptée, mais elle est beaucoup plus dispendieuse ; elle ne peut donc être admise que pour les écuries de luxe.

On. voit aussi, par les détails que nous venons de donner, que, lorsqu’on a une certaine quantité de chevaux à loger, et que leur nombre ne peut pas tenir dans une écurie simple de dimensions ordinaires, il est beaucoup plus économique de construire des écuries doubles, que des écuries simples, assez multipliées pour pouvoir contenir la même quantité de chevaux.

On objectera peut-être que les écuries doubles ne doivent pas être aussi saines que les écuries simples, parce que, contenant un plus grand nombre de chevaux dans un espace relativement moindre, l’air doit se corrompre plus tôt dans une écurie double que dans une écurie simple ; mais il est aussi facile d’aérer convenablement les unes que les autres, et alors l’objection tombe d’elle-même.

C’est avec toutes ces considérations que nous avons établi les écuries de notre ferme de six charrues. Elles sont placées au nord-est, et le plus près possible du fermier, qui peut s’y transporter sur-le-champ, pendant le jour, par la porte vitrée de son cabinet. Pendant la nuit, elles sont surveillées par son maître charretier logé dans la pièce l. Ce logement communique intérieurement avec les deux écuries doubles m, m, suffisamment grandes pour contenir chacune dix chevaux. On voit ensuite l’écurie particulière n, destinée à loger les chevaux affectés au service particulier du fermier et de sa famille ; le dessus de ces écuries est occupé par les fourrages nécessaires à la nourriture de ces chevaux.

Ce fermier a-t-il quelques chevaux malades ? il trouve une écurie &, de l’autre côté de la cour, pour les y faire traiter, sans craindre la contagion pour les autres. Deviennent-ils convalescens ? le verger à côté, et même l’enclos des meules lui offrent pour eux un pâturage salutaire. Enfin, les écuries offriront le service le plus commode et le plus économique, si on pratique dans leurs planchers des trappes par lesquelles on fera descendre les fourrages directement dans les râteliers, sans avoir besoin de les jeter des greniers dans la cour, et de les porter ensuite dans les râteliers.

3°. Des étables. Notre ferme de six charrues exigera environ trente vaches, sans compter les élèves. Les étables destinées à leur logement sont orientées sur le même rumb de vent que les écuries, et sont cotées, dans la Planche VIII, des lettres o, o ; p est l’étable des élèves.

La construction de ces étables exige les mêmes précautions que les écuries : elles doivent être aussi saines et aussi commodes ; il ne doit y avoir entr’elles d’autre différence que celle qui existe dans le caractère et les habitudes des bestiaux qui doivent les occuper.

Les vaches sont beaucoup plus paisibles et beaucoup plus flegmatiques que les chevaux ; lorsqu’elles sont méchantes, elles attaquent avec leurs cornes, et si quelquefois elles donnent des ruades, c’est de côté. Il n’est donc pas nécessaire de donner à leur logement une largeur aussi considérable qu’à celui des chevaux.

Et, comme en économie rurale il faut toujours se restreindre au strict nécessaire, on peut ne donner aux étables simples que trois mètres et demi (dix pieds six pouces) à quatre mètres (douze pieds) de largeur, et six à sept mètres (dix-huit à vingt-deux pieds) aux étables doubles.

Quant à leur longueur, on la calculera à raison d’un mètre à un mètre un tiers (trois à quatre pieds) par bête à cornes que l’on aura à loger.

Les bœufs doivent être placés dans une étable séparée, ainsi que les veaux, dans les cantons où l’on est dans l’usage de ne jamais les faire téter.

Le plancher des étables peut aussi, sans inconvénient, être à une hauteur un peu moindre que celui des écuries ; mais le renouvellement de l’air doit y être aussi soigneusement établi, parce que la santé des bêtes à cornes dépend de cette précaution.

4°. Des bergeries. C’est au respectable d’Aubenton à qui l’on doit, en grande partie, le perfectionnement sensible que l’on voit en France dans le gouvernement des bêtes à laine : il a jugé avec raison que le meilleur régime dont les bêtes à laine soient susceptibles, est de les tenir constamment en plein air.

Nous dirons plus, c’est que tous les bestiaux sont dans le même cas ; l’auteur de la nature leur a donné à tous, ou une toison fourrée, ou une peau assez dure pour braver, sans aucun danger, les températures, pour ainsi dire, les plus opposées. Ainsi, leur gouvernement le plus naturel est celui qui les laisse constamment en plein air : leur santé doit y être meilleure, leur laitage plus succulent et même plus abondant, si les pâturages s’y trouvent à discrétion ; leur laine plus fine, leur fourrure plus garnie et plus solide, leur cuir plus consistant, et leurs élèves plus robustes, que lorsqu’on les tient renfermés dans des logemens clos.

Aussi, dans tous les cantons où le but principal de l’agriculture est l’éducation et l’engrais des bestiaux, les y laisse-t-on plus ou moins constamment dans les herbages ou dans les pâturages : on ne les rentre dans les logemens que pendant l’hiver ; et même dans les pays où il est facile de se procurer des engrais maritimes, on les laisse toute l’année en plein air.

Mais par-tout où la culture des céréales est le but principal de l’agriculture, comme dans les pays de grande culture, où les bestiaux qu’elle emploie sont uniquement consacrés à la culture des terres et à la fabrication des fumiers nécessaires à leur engrais, on ne peut point laisser ces bestiaux constamment en plein air, où ils ne feroient point de fumiers : on est donc obligé, pour se les procurer, de tenir les bestiaux dans des logemens, hors du temps de leur travail, ou de celui nécessaire pour leur faire prendre l’air ; et c’est pour que cette vie sédentaire, si opposée à celle qui leur a été assignée par l’auteur de toutes choses, ne nuise pas à leur santé, qu’il est indispensable de donner à ces logemens la salubrité et la commodité la plus grande.

Quelques éloges que méritent d’ailleurs les recherches, les expériences et les résultats de M. d’Aubenton, nous ne pouvons nous dispenser d’observer qu’il n’a considéré les bêtes à laine que sous le rapport du parcage, et du perfectionnement de leur laine, tandis qu’il auroit dû considérer aussi les animaux comme fabricateurs d’un fumier singulièrement favorable aux terres humides, et qui ne peut y être remplacé par le parcage.

C’est cette dernière considération, jointe à la crainte fondée que les pluies du printemps, et les frimas qui leur succèdent trop souvent, ne procurassent des maladies à leurs moutons, qui ont empêché nos agriculteurs de grande culture d’adopter rigoureusement les principes de ce bon citoyen sur le meilleur gouvernement des bêtes à laine.

Quoiqu’il en soit, il n’en est pas moins vrai que les travaux de M. d’Aubenton ont puissamment contribué au perfectionnement des bêtes à laine en France, et à celui de la construction des bergeries.

Ces bergeries doivent être saines, et beaucoup plus aérées encore que les écuries et les étables, afin que les bêtes à laine ne trouvent pas une trop grande différence de température entre l’air intérieur de la bergerie et l’air extérieur. S’il en étoit autrement, leur tempérament seroit affoibli par les alternatives de chaud et de froid qui arrêteroient leur trop grande transpiration habituelle, et leur occasionneroient des maladies inflammatoires. Il ne leur faut donc, pour ainsi dire, que des abris, et ces abris doivent être disposés pour le plus grand avantage du fermier.

Pour y parvenir, il faut que les bergeries soient construites de manière à pouvoir remplir les trois destinations suivantes : la première, de servir d’abri aux bêtes à laine ; la deuxième, de pouvoir y fabriquer du fumier ; et la troisième, de servir de hangars ou de remises au besoin, lorsque les moutons sont au parc. Dans des fermes d’une grande culture, on doit aussi distinguer des bergeries de deux espèces, savoir, les bergeries destinées à loger le troupeau particulier que leurs fermiers conservent pendant l’hiver après le déparc, et que, pour cette raison, nous nommons bergeries d’hivernage ; et celles qui doivent recevoir les moutons qu’ils achètent au printemps, avant de les faire parquer, pour parfaire le nombre nécessaire à l’engrais des terres qu’ils veulent amender de cette manière, nous les appelons bergeries supplémentaires.

Nous conseillons de construire les premières, comme M. d’Aubenton le propose, en bergeries ouvertes. Elles doivent être placées dans la cour de la ferme, de manière que les bêtes à laine soient obligées de traverser les trous à fumier pour en sortir. Cette position est nécessaire pour qu’elles puissent se vider dessus en sortant des bergeries, et que leurs excrémens ne soient pas perdus.

M. d’Aubenton croit cependant que les bergeries ouvertes ne sont pas encore assez aérées pour des bêtes à laine, et il appuie cette assertion sur ce qu’il est impossible d’y renouveler l’air suffisamment. Nous ne sommes pas de son avis à ce sujet ; d’abord, parce que nous sommes parvenus à leur ôter ce défaut au moyen de créneaux ou barbacanes convenablement placés, et ensuite, parce que nos hivers sont en général trop rudes, pour permettre de laisser les brebis mères et leurs agneaux, pour ainsi dire en plein air, pendant cette saison rigoureuse. Nous avons donné les détails du jeu de ces barbacanes dans notre Mémoire sur l’art de perfectionner les constructions rurales[1].

Quant aux bergeries supplémentaires, elles seront avantageusement et économiquement placées dans l’enclos des meules ; on les construira toujours en appentis, le long des murs de cet enclos, avec une sortie sur la cour même de la ferme. Pour les rendre propres à la fabrication des fumiers, on garnira les entre-deux des poteaux d’un mur de trois à cinq décimètres (un pied à dix-huit pouces) de hauteur au dessus de leur pavé en y conservant seulement le nombre d’entrées nécessaires pour que les appentis puissent resserrer, pendant l’hiver, les charrettes, charrues, et autres instrumens aratoires.

Les dimensions des bergeries doivent être calculées d’après le nombre des bêtes à laine qu’elles doivent contenir. Chaque bête a laine tient un espace d’environ seize décimètres carrés (cinq pieds carrés.) Il faudroit donc se procurer en surface, dans une bergerie, autant de fois seize décimètres carres que l’on voudroit y loger de moutons ; mais, comme il faut en proportionner la largeur de manière qu’il n’y ait point de place de perdue après la position des crèches, c’est d’après d’autres données qu’il faut fixer les dimensions des bergeries.

Les bergeries sont simples ou doubles.

On les appelle simples, lorsqu’elles ne présentent que deux rangs de crèches placées le long des murs de côtière, ou adossées dans le milieu des bergeries.

On les nomme bergeries doubles, lorsque leur largeur est assez grande pour pouvoir y placer quatre rangs de crèches, dont deux rangs adossés dans leur milieu, et un rang le long de chaque mur de côtière,

D’un autre côté, l’expérience apprend qu’une bête à laine tient, en mangeant à la crèche, une place d’environ un tiers de mètre de largeur.

Ainsi, en donnant aux bergeries simples une largeur de quatre mètres, (douze pieds) et celle de sept mètres un tiers (vingt-deux pieds) aux bergeries doubles, ces largeurs seront suffisantes pour y établir les crèches sans aucune perte de terrain. Leur longueur se calculera à raison d’un pied de longueur de crèche par bête à laine qu’elles devront contenir.

Nous observerons que, dans la construction ordinaire des bergeries, il est impossible de placer, dans les greniers qui sont au dessus, les fourrages nécessaires à la nourriture des bêtes à laine, parce que la forte transpiration de ces animaux pénètre jusque dans les greniers, et donne aux fourrages qu’on y resserre une odeur forte qui répugne invinciblement à ces bestiaux.

Mais, en construisant les bergeries en bergeries ouvertes, en y établissant, comme nous l’avons fait, un ventilateur qui renouvelle continuellement leur air intérieur, en plafonnant leur plancher, et en aérant convenablement leurs greniers, nous sommes parvenus à rendre ces greniers aussi sains, et le service de ces bergeries aussi commode et aussi économique que dans les écuries et les étables.

Notre ferme de six charrues exigera de cinq à huit cents bêtes à laine pour le service du parc. Les côtes u et x de la Planche VIII indiquent deux bergeries d’hivernage, dont l’une x peut servir à loger particulièrement les mérinos du fermier. Les appentis g, g, sont les bergeries supplémentaires. Ces bergeries sont ici placées, sans aucun inconvénient, à l’exposition sud-est, parce que, dans l’été, saison dans laquelle cette exposition pourroit être préjudiciable aux bêtes à laine, elles sont au parc jour et nuit.

5°. Poulailler. Un poulailler est un bâtiment de peu d’importance pour les fermiers de moyenne culture, parce que l’éducation des poules n’est pas pour eux une branche lucrative d’industrie ; mais il en est autrement dans les pays de grande culture, et principalement dans les environs des grandes villes, ou dans les cantons où les volailles grasses ont de la réputation. Il y faut de grands poulaillers et des chambres à mue, pour faire couver les poules et engraisser les volailles.

L’exposition la plus favorable aux poulaillers est celle du levant et du midi. La chaleur y sera plus précoce au commencement du printemps, et les poules y auront plus tôt l’envie de couver. Ils doivent être soigneusement abrités des vents du nord ; cependant si, pendant les grandes chaleurs, les poulaillers n’étoient pas suffisamment aérés, les volailles y seroient exposées à des maladies pernicieuses.

Leurs dimensions seront déterminées par le nombre de volailles qu’ils devront contenir ; il faut que toutes puissent tenir sur les juchoirs pour y dormir, et que ces juchoirs soient disposés en échelons, de manière que les poules se rendent facilement dans les paniers, ou sur les tablettes destinées à recevoir leurs œufs. Chaque poule tient sur les juchoirs un espace d’un sixième à un quart de mètre (six à neuf pouces.)

Les poulaillers doivent d’ailleurs être construits sainement, et assez bien fermés pour que les ennemis des volailles ne puissent s’y introduire.

Les lettres z et y indiquent la position du poulailler et de la chambre à mue, dans notre plan de ferme de six charrues.

6°. Toits à porcs. Les cochons passent pour les plus sales entre les animaux domestiques, et le besoin qu’ils ont de se vautrer sans cesse dans la fange leur a acquis cette mauvaise réputation. Cependant, il est aujourd’hui reconnu qu’ils ne se vident dans leur toit que lorsqu’ils ne peuvent pas faire autrement, et qu’ils prospèrent d’autant plus, que leur logement est plus sain, et entretenu plus proprement.

L’éducation des cochons est une branche d’industrie très-lucrative pour la moyenne culture ; mais la grande culture n’a pas le temps de s’en occuper : elle se contente d’engraisser annuellement le nombre de cochons qui est nécessaire à sa consommation intérieure.

Les toits à porcs doivent être solidement construits, et leur sol solidement pavé ; car les cochons ont l’habitude de fouiller, et de dégrader leur logement. Il faut aussi leur procurer des ouvertures qui y entretiennent constamment l’air dans un état de salubrité désirable. On doit en disposer les auges, autant qu’il sera possible, de manière à pouvoir y mettre à manger sans être obligé d’entrer dans les toits à porcs, sur-tout lorsque les cochons sont destinés à être engraissés ; mais cette recherche n’est guères praticable que dans les fermes de grande culture, ou dans les basses cours des maisons de campagne, parce qu’elle est assez dispendieuse, et qu’elle emploie plus de terrain que la manière ordinaire de les construire.

Enfin, on donnera à ces bâtimens ruraux toute la perfection dont ils sont susceptibles, si on peut les faire communiquer à une petite cour particulière, et pavée, où les cochons iroient se vider, sans pouvoir sortir au dehors. Cette communication seroit fermée par une porte en va et vient, qu’ils parviendroient bientôt à pousser eux-mêmes pour sortir de leur toit, ou pour y rentrer.

C’est ainsi qu’on pourra élever des cochons fins gras, qui ne seront jamais sujets à la ladrerie, et procureront du lard de première qualité, si d’ailleurs leur nourriture est convenable et abondante.

On place ordinairement les toits à porcs dans un recoin de bâtimens, et le plus souvent en appentis contre un pignon ; et, comme les toits à porcs et les poulaillers n’ont pas besoin d’une grande hauteur de plancher, on les accole souvent ensemble.

La Planche VIII offre, sous les côtes 1, 1, et 2, un toit à porcs disposé pour l’engrais de cinq cochons ; sa galerie pour introduire extérieurement leur manger dans les auges, et une petite cour pour leur vidange.

7°. Colombier. Malgré la guerre cruelle que l’on a faite aux pigeons, pendant la révolution, malgré la quantité de grains qu’ils enlèvent à la consommation générale, leur bon goût, leur utilité comme comestible, la destruction qu’ils font de beaucoup de graines parasites et d’insectes nuisibles, et le fumier précieux qu’ils procurent, et qu’on ne pourvoit remplacer par aucun autre, dans tous les cas où son usage est ordonné en agriculture, toutes ces considérations exigent qu’une ferme d’une certaine exploitation ait un colombier.

En économie rurale, on construit des colombiers de deux manières différentes ; savoir, des colombiers de pied en tour, que l’on place isolément soit dans le milieu de la cour, soit dans l’enclos des meules ; et des colombiers en volets, disposés sur l’entrée des fermes, ou sur tout autre passage.

Chacune de ces deux espèces de colombiers a ses avantages et ses inconvéniens, et c’est d’après leur énumération que les propriétaires décideront la préférence qu’ils devront donner à l’une et à l’autre.

Au premier aspect, les colombiers de pied paroissent plus avantageux que les volets. Dans la même surface, ils peuvent contenir plus de pigeons que les derniers ; leur isolement les met d’ailleurs à l’abri de la fréquentation des rats, des belettes, et des fouines ; et le dessous de ces colombiers, que l’on voûte ordinairement, présente un emplacement sain pour resserrer les légumes d’hiver. Mais leur construction est beaucoup plus dispendieuse que celle des colombiers volets, et leur position est plus difficile à bien déterminer. En effet, si, comme on le voit dans beaucoup de fermes, on place un colombier de pied dans le milieu de la cour, il y gênera nécessairement les communications, et interrompra la surveillance du fermier ; si on le place dans l’enclos des meules, ou en dehors de la cour, il sera trop isolé, et les oiseaux de proie pourront en approcher trop facilement.

C’est d’après ces inconvéniens que nous trouvons aux colombiers de pied, que nous nous sommes déterminés à placer celui de notre ferme de six charrues dans un des angles de la cour, au dessous du passage côté 3, qui communique au jardin et au verger.

Dans cette position, il est isolé du corps de logis, et des bâtimens qui sont à sa droite ; son ouverture est exposée, comme le doit être celle de tous les colombiers, au plein midi, mais avec cette différence, qu’ici cette ouverture reçoit encore, par réflexion, tous les rayons de chaleur des deux corps de bâtimens qui l’avoisinent, en sorte qu’il devra produire des pigeonneaux très-précoces.

Les dimensions des colombiers se calculent d’après le nombre de pigeons qu’ils doivent contenir, en sorte que chaque paire ait sa bougeotte particulière. Chaque bougeotte tient, sur le pourtour intérieur des murs, une surface d’environ un quart de mètre (neuf pouces) de base, sur une hauteur égale.

On voit, sous la cote 4, l’escalier qui conduit au colombier, et l’emplacement dans lequel on dépose le fumier des pigeons.

8°. Granges. Les fermiers ne sont pas d’accord sur la meilleure manière de conserver les grains en gerbes. Les uns prétendent que la conservation des grains en gerbes dans des granges est préférable à l’usage adopté par les fermiers de grande culture : lorsque leurs granges sont pleines, ils forment des meules. Les autres sont persuadés que les grains en gerbes se conservent mieux dans des meules que dans des granges, et tous prétendent appuyer leur opinion sur des faits.

Les premiers disent, 1°. que les meules étant placées sur le sol même, son humidité, plus ou moins grande, doit influer plus ou moins sur la conservation de leurs couches inférieures, malgré le soutrait que l’on place sous les meules, et les précautions que l’on prend pour éloigner les eaux de leur pied.

2°. Que la construction d’une meule est dispendieuse : elle coûte environ cent francs aux environs de Paris ; qu’elle est même d’une construction assez difficile, à cause du ventre qu’il faut lui donner, afin d’éloigner de son pied les eaux qui tombent de sa couverture.

3°. Que les meules ne sont pas à l’abri des avaries occasionnées par les vents.

4°. Que les grains y sont facilement échauffés par les premières pluies de l’automne, qui, lorsqu’elles sont fortes et abondantes, traversent facilement le toit léger dont elles sont couvertes, et pénètrent quelquefois jusque dans leur intérieur.

5°. Que, lorsqu’on veut commencer le battage d’une meule de grains, il faut choisir un beau jour, et rentrer à la fois dans la grange la totalité de ses gerbes, afin d’éviter un changement de temps préjudiciable aux gerbes qu’on n’auroit pas eu le temps de rentrer dans la même journée.

6°. Que cette précipitation, dans la rentrée des gerbes d’une meule, occasionne une perte sensible au fermier, en ne lui permettant pas de prendre toutes les précautions nécessaires pour recevoir dans des draps les grains qui s’échappent des épis, en maniant les gerbes, pour les charger dans les voitures.

7°. Enfin, que les rats, les souris, les mulots, et en général tous les animaux destructeurs des grains, font plus de dégâts dans les meules que dans les granges.

Les partisans des meules prétendent, au contraire, 1°. que, quelque facilité que leur situation donne aux rats et aux mulots pour pénétrer dans leur intérieur, leur ravage ne se remarque sensiblement que dans les couches inférieures des meules, et qu’en général, il y est moins considérable que dans les granges.

2°. Que les grains et les pailles étant plus aérés dans les meules que dans les granges, ils y ressuent plus facilement, et avec moins de danger pour leur échauffement, tandis que, dans les granges, la transpiration naturelle à tous les végétaux nouvellement coupés se concentre, et fait souvent contracter aux grains et aux pailles une odeur de moisi qui en altère la qualité.

3°. Que les pailles y contractent encore les odeurs de rats, de souris, de fouines, d’urine de chats, etc., qui empêchent les bestiaux de les manger, tandis que les pailles qui sortent des meules conservent toute leur fraîcheur et toute leur bonté.

À ces motifs de préférence, nous ajouterons que les marchands de blé sont tellement convaincus que les grains conservés dans les meules sont de meilleure qualité que ceux conservés dans des granges, qu’ils les paient souvent deux francs par setier plus cher que les autres.

Quant à la perte plus ou moins grande que les fermiers éprouvent de la part des animaux destructeurs dans l’une ou l’autre manière de conserver les grains en gerbes, a-t-elle été rigoureusement constatée par les partisans des granges ? et la différence de leur opinion à cet égard avec celle des partisans des meules ne provient-elle pas de ce que les dégâts éprouvés dans les granges ne s’apercevant pas aussi distinctement, et échappant à tout calcul, on en est moins touché que de ceux qui arrivent dans les meules, parce que celles-ci frappent davantage les yeux ?

Quoi qu’il en soit, il faut toujours des granges à une ferme ; et, lors même que le fermier et le propriétaire seroient d’accord sur la préférence que l’on doit accorder aux grains et aux pailles conservés dans des meules, il faudroit toujours deux granges à cette ferme, l’une pour les gros grains, et l’autre pour les menus grains ; seulement il suffit de procurer à ces granges une aire pour le battage, et le nombre de travées suffisantes pour contenir à la fois six à huit mille gerbes de grains, capacité ordinaire des meules actuelles.

Mais, lorsqu’on veut pouvoir resserrer toute la récolte des grains d’une ferme dans des granges, la construction de ces granges devient très-importante et très-dispendieuse. Leurs dimensions doivent être calculées de manière qu’elles puissent contenir au moins toute la récolte moyenne annuelle de l’exploitation.

Par exemple : Dans notre ferme de six charrues d’exploitation, placée ainsi que nous l’avons supposé, il y aura annuellement soixante-quinze hectares en blé, soixante-quinze hectares en menus grains, et le surplus en jachères, et en prairies artificielles. Leur récolte annuelle, en blé, produira environ quarante-cinq mille gerbes à liens de paille, à raison d’environ six cents gerbes par hectare : il faudra donc donnera la grange à blé q des dimensions telles, qu’elle puisse contenir les quarante-cinq mille gerbes. Cette grange contient cinq travées, sans compter l’aire du battage, et le dessus du baillier r ; eu tout, sept travées. Chacune des cinq travées est disposée pour contenir huit mille gerbes ; le dessus du ballier r, et au besoin celui de l’aire, contiendront le surplus. C’est dans le ballier que l’on réserve les menues pailles provenant du battage et du vannage des grains, pour les donner ensuite à manger aux bestiaux qui en sont très-friands.

La grange à avoine t a été construite d’après les mêmes calculs, et elle est accompagnée de son ballier s.

Nous ferons remarquer que, dans la construction de ces granges, nous avons cherché à diminuer la longue portée des poutres par des surépaisseurs intérieures qui marquent les différentes travées, et que, par leur position entre la cour et l’enclos des meules, et par les ouvertures que nous leur avons données entre chaque travée, et qui existent des deux côtés, nous leur avons procuré le service le plus commode, soit pour resserrer, dans e moins de temps possible, les grains venant du dehors, soit pour rentrer ceux provenant des meules.

Les précautions à prendre, pour que les grains en gerbes se conservent le mieux possible dans les granges, sont d’en élever le sol au dessus du terrain environnant, et d’en éloigner les eaux par un pavé, de manière qu’elles ne soient jamais humides.

9°. Meules de grains. — Gerbiers. Un enclos fermé de murs est absolument nécessaire à une ferme de grande culture, pour y placer en meules les grains que les granges ne peuvent plus contenir, et sur-tout dans l’opinion fondée que les grains se conservent mieux dans les meules que dans des granges. Lorsque les meules ne sont as renfermées, elles sont trop exposées a être incendiées par la malveillance.

Mais ces meules, comme nous l’avons déjà observé, ont des imperfections qu’il seroit possible de faire disparoître ; et si, à l’exemple des Hollandais, notre agriculture les remplaçoit par des gerbiers fixes à toit mobiles, elle en retireroit de grands avantages.

Nous n’avons point vu ces gerbiers ; mais nous avons pris des renseignemens précis sur leur forme et les détails de leur administration. Quatre poteaux supportent un toit léger, que l’on hausse on baisse à volonté, le long de ces poteaux, par le moyen de bâtons fourchus, de manière pouvoir placer dans chaque gerbier autant de gerbes de grains qu’il peut en contenir. Lorsque le moment de mettre le grain est arrive, il n’est pas nécessaire d’enlever à la fois toutes les gerbes d’un gerbier pour les rentrer dans la grange ; on peut n’en prendre que la quantité nécessaire au battage d’une semaine, parce qu’en laissant retomber le toit sur les gerbes restantes, elles sont aussi préservées de la pluie et du ravage des oiseaux, que lorsque le gerbier étoit intact. Alors, on n’est plus obligé d’avoir des granges d’une aussi grande capacité que celles que nous voyons dans les fermes de notre grande culture.

Nous avons cherché à améliorer les gerbiers de manière à leur conserver toutes les propriétés des meules ordinaires, sans en avoir les défauts. Au lieu de la forme carrée que leur donnent les Hollandais, nous conseillons celle circulaire qui, à surface égale, doit contenir plus de gerbes que dans la forme carrée : d’un autre côté, cette forme circulaire permet de placer toutes les gerbes le cul en dehors, et les épis en dedans ; avantage que n’a pas la forme carrée.

Description d’un gerbier circulaire fixe à toit mobile. Sur une plate-forme circulaire de sept mètres de diamètre, et élevée d’un tiers de mètre au dessus du terrain environnant, on élève quatre poteaux de huit à neuf mètres de hauteur et de trois à quatre décimètres d’équarrissage. Ces poteaux sont contenus, dans leur partie inférieure, par des soles ou semelles placées en croix sur le plancher de la plate-forme et dans lesquelles ils sont assemblés à talon, tenons et mortaises, pour en empêcher l’écartement. Ils sont consolidés dans leur partie inférieure par des goussets, et dans leur partie supérieure, (par une croix de St-André assemblée ans les poteaux et supportée par des liens. Cet appareil contient les poteaux dans la position verticale qu’on leur a donnée, et il lui procure la solidité convenable.

À la rencontre des pièces de bois composent la croix de Saint-André, on pratique un trou destiné à passer la corde qui soutient le toit mobile par panneau auquel elle est attachée. Cet anneau est placé à l’extrémité du poinçon du toit. Cette corde passe ensuite sur deux poulies, dont l’une est fixée sur une des pièces de bois de la croix de Saint-André, et l’autre à l’extrémité supérieure de l’un des poteaux. Elle descend ensuite le long de ce poteau, et vient se rouler sur le cylindre d’un petit cabestan qui sert à faire mouvoir les toits de tous les gerbiers d’un même enclos.

On pratique encore le long de chaque poteau, et au même niveau, des trous à deux mètres de distance les uns des autres, pour y placer des chevilles destinées à fixer le toit mobile, à ces différentes hauteurs. Par ce moyen, lorsque la meule est remplie de gerbes, ou que le toit est élevé à la hauteur que l’on désire, on retire la corde, et elle peut alors servir, comme le cabestan, à la manœuvre des toits mobiles des autres gerbiers.

La plate-forme circulaire peut être faite en béton ou en bonne maçonnerie, d’environ cinq décimètres d’épaisseur, de nette maçonnerie avec retraite. Son milieu peut être en terre battue, ou carrelé, avec une légère pente du centre à la circonférence, et son couronnement doit être construit en chanfrein.

Le toit est fait avec le bois le plus léger, et couvert en paille. Son enrayure doit être consolidée avec le poinçon par un étrier en fer, pour éviter les écartemens en manœuvrant le toit, et elle doit avoir assez de jeu entre les poteaux qu’elle embrasse, pour empêcher un frottement trop considérable. Enfin, cette saillie de l’enrayure est faite pour que l’égoût du toit tombe en dehors de la plate-forme. Au surplus, si la pluie étoit chassée par le vent, le chanfrein du couronnement de la plate-forme, et la pente du plancher dirigée sur des égoûts, ne permettroient point aux eaux d’y séjourner.

Telle est la description succincte de ce gerbier, dont on trouvera de plus grands dans notre Mémoire.

Ce gerbier occasionne une dépense plus considérable que celle du gerbier hollandais ; mais nous croyons que la différence n’est pas assez grande, pour ne pas donner la préférence au premier. Quoi qu’il en soit, l’adoption des gerbiers fixes, à toits mobiles, présente de grands avantages pécuniaires et an fermier et au propriétaire

En effet, la construction de chaque grange de notre plan de ferme de six charrues doit coûter à peu près 15,000 fr.

Pour pouvoir resserrer la même quantité de gerbes de blé, il faudroit sept gerbiers : leur construction, à 600 fr. l’un, coûtera 1200 fr. ; plus, une aire de grange pour le battage, accompagnée d’une travée seulement, pour y déposer la quantité de gerbes nécessaire au battage d’une ou deux semaines : la construction de cette grange exigera une dépense d’environ 3000 fr. ; total, 7200 fr. ; différence, 7800 fr.

D’un autre côté, l’entretien annuel de la grande grange sera plus considérable que celui de la petite et des sept gerbiers, parce que la grande élévation de la première, et sa grande largeur, la mettront plus en prise aux avaries des pluies et des vents. Le propriétaire trouvera donc une très-grande économie à adopter cette manière de resserrer les grains en gerbes.

Le fermier y trouvera aussi un grand avantage pécuniaire, 1°. en n’étant pas forcé d’avancer annuellement 100 fr. par chaque meule de grains qu’il sera obligé de construire ; 2°. en trouvant ensuite, dans les gerbiers, des magasins sains et bien disposés pour conserver ses pailles après le battage, sans construire de nouvelles meules.

10°. Chambres à blé. — Greniers à avoine. — À mesure que les grains se battent, et lorsqu’ils sont vannés, on les conserve, savoir : le blé dans des chambres, et l’avoine dans des greniers disposés à cet effet, en attendant le moment de leur vente ou de leur consommation.

Leur bonne conservation dépend de la salubrité des chambres et greniers destinés à les recevoir, et des soins et des précautions qu’il faut prendre pour préserver les grains de la voracité des souris, des oiseaux et des charançons, et de leur propre fermentation.

Ou obtient la salubrité de ces bâtimens par une position saine, un orientement convenable, et par l’absence de l’humidité.

L’humidité est l’état de température le plus favorable à la fermentation des grains, et à la multiplication des insectes qui les dévorent.

Il est donc nécessaire de procurer aux chambres à blé et aux greniers, des airs croisés qui en assainissent l’air dans les temps humides, et le rafraîchissent dans les grandes chaleurs.

Il ne faut cependant leur laisser d’ouvertures au midi, lorsqu’on ne peut pas s’en dispenser, qu’en moindre nombre possible ; on les multipliera du côté du nord, parce que c’est l’exposition la plus salubre qu’on puisse donner à ces chambres et greniers.

On y diminuera les ravages des souris, par un entretien exact de leur carrelage, et en garnissant sa jonction avec les murs, d’un rang de briques ou de carreaux chanfreinés, scellés avec un mortier composé de chaux, de sable, de plâtre et de verre pilé, de manière à ne laisser, entre les murs et le carrelage, aucune prise à ces animaux pour pouvoir s’y loger.

Enfin, on garantira les grains déposés dans les chambres et greniers des pillages des oiseaux, en garnissant les fenêtres avec des châssis grillés.

Les chambres à blé, que nous avons procurées à notre ferme de six charrues, sont placées au dessus du fournil, des remises a, de la chambre du chaulage k. Les greniers à avoine sont au dessus des chambres à blé.

La cage e de l’escalier est assez large pour établir, au palier supérieur, une manivelle destinée à monter les sacs dans ces chambres ou dans les greniers.

Nous leur supposons aussi des trémies de communication avec la chambre du chaulage, afin de procurer au fermier un service commode et économique pour la vente de ses grains.

Au moyen de ces recherches, qui ne sont point dispendieuses pour le propriétaire, et qui donnent du prix à la ferme, son fermier peut même éviter que l’on entre dans ses chambres à blé et dans ses greniers. Ses ventes peuvent se faire dans la chambre du chaulage, ou l’on remplira les sacs des grains versés dans les trémies, et d’où on les chargera de suite sur la voiture acculée à sa porte.

11°. Trous à fumiers. La construction des trous ou fosses à fumiers n’est point du tout une chose indifférente en agriculture : ces fosses doivent avoir une profondeur déterminée par leur destination.

On connoît deux natures de fumiers, indépendantes de leurs espèces. Le fumier long et le fumier consommé.

Le premier est particulièrement propre à l’engrais des terres grasses et compactes, qu’il tient dans un état de division favorable à la végétation des grains.

Le second convient aux terres légères, à qui il donne de la consistance.

L’un et l’autre ont besoin d’une certaine humidité, pour conserver les sels dont ils sont chargés ; mais, pour obtenir le fumier consommé, il faut une humidité plus grande ; conséquemment sa fosse doit être plus profonde que celle destinée simplement à conserver le fumier long.

Cependant cette humidité ne doit pas être excessive dans l’un comme dans l’autre cas ; autrement elle délaveroit les fumiers, et les sels dont ils sont chargés s’évaporeroient avec cette humidité surabondante.

L’expérience a appris qu’il faut donner une profondeur d’environ sept décimètres (24 pouc.) aux fosses des fumiers consommés, tandis qu’une profondeur de trois ou quatre décimètres suffit aux fosses des fumiers longs.

Les trous à fumiers 7, que l’on voit Pl. VIII, offrent au fermier la facilité de pouvoir séparer les différentes espèces de fumiers, afin de ne porter, sur chacune des terres de son exploitation, que l’engrais qui est le plus convenable à la nature du sol.

Les trous supérieurs déversent le trop plein de leurs eaux dans le trou inférieur, par des cassis pratiqués dans les chaussées de communication ; celui-ci verse son trop plein dans la mare ; et le superflu des eaux de la mare se rend, par un cassis traversant la chaussée du pourtour de la cour, dans la fosse aux engrais artificiels dont nous allons parler.

12°. Fosse aux engrais artificiels. Un fermier intelligent ne doit négliger aucuns moyens de multiplier ses engrais ; plus il les augmentera, mieux il pourra amender ses terres, et plus leurs récoltes seront abondantes.

C’est dans cette vue que nous établissons à sa portée un bassin 8, que nous appelons fosse aux engrais artificiels. Nous le plaçons en dehors de la cour, afin que les bestiaux ne puissent pas se jeter dedans ; mais il y communique par une fenêtre.

C’est dans ce bassin que se rendent toutes les eaux de la cour et les jus de fumiers, après avoir traversé les trous à fumiers et la mare dont il reçoit le trop plein.

C’est dans cette fosse, et par la fenêtre de communication, que le fermier peut faire jeter toutes les plantes perdues, ou recelées par les bestiaux, les débris des plantes potagères, et même des terres, s’il en a de disponibles, pour, étant mêlées et mises en digestion avec le trop plein des trous à fumiers, s’imprégner de leurs sels, et devenir d’excellens engrais.

On voit, par les détails dans lesquels nous sommes entrés pour notre ferme de six charrues, et qui nous dispenseront de développemens ultérieurs lorsque nous parlerons des autres constructions rurales, que nous avons cherché à y réunir tout ce qu’un fermier peut désirer, pour pouvoir y développer tous ses talens et toute son industrie ; et cependant, son emplacement total, en y comprenant le jardin, le verger et l’enclos des meules, ne présente qu’une superficie d’environ deux hectares, (un peu plus de quatre arpens) et si une économie bien entendue préside à son exécution, dans la localité que nous lui avons assignée, les dépenses qu’elle occasionnera ne pourront excéder de beaucoup la somme de 90,000 francs, en supposant toutes ses parties exécutées en bonne maçonnerie.

Un autre avantage, que nous avons cherché à donner à ce plan, c’est celui d’être applicable à la construction des plus grandes, comme des plus petites fermes. Pour y parvenir, il suffira d’en augmenter, ou d’en réduire les différentes parties.

Ainsi, par exemple, si notre ferme avoit une exploitation de trois charrues de plus, la même ordonnance subsisteroit. Nous ne changerions rien, ni au corps de logis, ni à celui des granges ; mais nous augmenterions celui des écuries et des étables, d’une écurie et d’une étable de grandeur convenable, ainsi que les bergeries, etc.

Et si notre ferme avoit trois charrues de moins d’exploitation, nous retrancherions au corps de logis le cabinet du fermier, les remises, et au besoin la chambre du chaulage ; au corps des écuries, une écurie double et une étable double ; à celui des granges, deux travées à chacune ; enfin, au corps des bergeries, la chambre à mue et une des bergeries.

Nous allons donner un exemple de ces réductions, appliqué à la plus petite ferme que l’on connoisse en agriculture, à une métairie. Rozier - Cours d’agriculture, tome 11, pl. 9.png §. II. Second Exemple. Plan d’une métairie disposée pour l’éducation et l’engrais des bestiaux. (Pl. IX.) Les métairies sont les fermes des cantons où la grande culture n’a pu pénétrer encore, faute de débouchés avantageux, et de communications faciles avec les lieux de grande consommation. Leur exploitation est ordinairement de trente à quarante hectares (soixante à quatre-vingts arpens.) Dans ce nombre, vingt-cinq à trente-cinq hectares sont annuellement cultivés en blé, orge ou avoine, et en jachères, et le surplus est en nature de prés et de pâturages.

Un métayer n’est que le colon de son propriétaire. Il n’apporte, en entrant dans une métairie, que ses bras, ceux de sa famille, ses meubles particuliers, et ses instrumens aratoires. Tous les bestiaux sont au propriétaire qui, pour indemniser le fermier des soins qu’il leur donne, ainsi que du labour des terres, lui abandonne la moitié des récoltes et des profits de bestiaux. Les baux de ces bestiaux sont connus, en jurisprudence, sous le nom de baux à cheptel, et ceux des métairies sous celui de bail à moitié ou à tiers franc.

L’éducation et l’engrais des bestiaux sont la principale industrie du métayer, dans les localités qui y sont favorables, et leur gouvernement, son unique étude. Si ce métayer n’étoit pas oblige, par son bail, d’ensemencer annuellement, et dans des assolemens déterminés, une certaine quantité de terres, il n’en cultiveroit que le nombre d’hectares nécessaire à la consommation de son ménage et à la nourriture de ses bestiaux ; le surplus resteront en pâtures.

Les hommes de cette profession sont ; en général, indolens et routiniers. Ils ne montrent une certaine intelligence et une certaine activité, que dans le gouvernement et la vente de leurs bestiaux.

Il faut convenir aussi que l’intérêt, ce grand stimulant de l’industrie, leur manque. Pourquoi chercheroient-ils à perfectionner leur agriculture, à augmenter les produits de leurs terres ? Ils n’ont point de débouchés pour se défaire avec avantage de leur superflu en grains ; ils n’ambitionnent donc que le nécessaire.

Aussi les métairies rapportent-elles, en général, une bien foible rente en grains à leurs propriétaires, et ceux-ci n’apercevant aucun intérêt à leur amélioration, ont bien de la peine à sacrifier quelqu’argent pour corriger la construction vicieuse de leurs bâtimens.

Cependant cet intérêt est réel, car c’est par des bâtimens plus sains qu’ils pourront conserver en bon état de santé les hommes et les bestiaux qui les occupent, et dont la perte leur est si funeste dans les épidémies et lès épizooties.

Le nombre des bestiaux qu’un propriétaire fournit à son métayer est ordinairement supérieur aux besoins de sa culture, parce que, sans cette augmentation, ces bestiaux, qui sont aussi employés à leur reproduction, ne pourroient en supporter toutes les fatigues.

D’ailleurs, ils sont dans les pâturages pendant la belle saison, et alors ils ne font point de fumiers. Il est donc nécessaire d’augmenter le nombre de ces bestiaux, afin d’en obtenir la même quantité de fumiers qu’un moindre nombre plus sédentaire aurait procurée.

Une métairie bien meublée en bestiaux présente ordinairement trois jumens poulinières, deux paires de bœufs, six à huit vaches laitières, une ou deux truies, et cinquante brebis et moutons, sans compter les volailles, les poulains de l’année, ceux de l’année précédente, et les élèves des autres bestiaux.

C’est d’après ces données, que nous avons projeté le plan de métairie de la Planche IX. On voit qu’en nous y restreignant au simple nécessaire, nous avons suivi la même ordonnance et les mêmes principes que dans le plan de ferme de six charrues, et que nous y avons procuré au métayer une surveillance directs sur tous les bàtimens qui la composent, sans négliger aucune des commodités qu’il peut désirer.

Nous ferons seulement remarquer, dans chaque grange, un emplacement côté x, attenant à l’aire du battage, et fermé par un mur d’un mètre de hauteur, dans lequel on dépose les grains battus avant le vannage. Cette recherche n’est point dispendieuse, et est très-commode dans les petites granges, où les grains sont piétines par les batteurs, et embarrassent d’ailleurs l’aire. Nous l’avons trouvée dans le Traité des Constructions rurales, traduit de l’anglais par M. Lasteyrie, d’où nous la tirons, et nous en conseillons l’usage dans toutes les petites exploitations.

Nous avons disposé notre métairie pour une exploitation qui réunit l’éducation et l’engrais des bestiaux à la culture des terres ; mais il existe en France beaucoup de pays de moyenne culture où, par la sécheresse du climat ou la nature des terres, cette réunion n’est pas praticable. Alors le métayer tourne ses vues d’un autre côté, et embrasse alors l’industrie locale qui lui est la plus avantageuse. Ainsi, nos départemens méridionaux nous offrent la culture des mûriers, des oliviers, réunie à la culture des terres ; nos départemens septentrionaux, celle du lin, du chanvre et des plantes huileuses ; nos départemens du couchant, celle des pommiers et des poiriers à cidre, etc.

Cette différence, dans le but local de l’industrie agricole du métayer, doit en apporter nécessairement dans la disposition et la distribution des bâtimens de sa ferme.

Avec une intelligence ordinaire, il sera facile d’approprier notre plan à chaque localité, par des retranchemens ou es augmentations relatives aux besoins réels et locaux du métayer.

Rozier - Cours d’agriculture, tome 11, pl. 10.png
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§. III. Troisième Exemple. Plan de deux habitations de villageois, dont l’un vit de son travail journalier, et l’autre de sa petite propriété. (Pl. X et XI, figures 1 et 2.) Lorsqu’on s’écarte des grandes routes, et que l’on visite les chaumières qui en sont éloignées, on est peiné de l’état affreux dans lequel on les trouve.

En y entrant, on est oppressé par l’air épais et malsain que l’on y respire. On n’y voit clair, le plus souvent, que par la porte lorsqu’elle est ouverte, et on peut à peine s’y tenir debout.

Un pignon seul, celui auquel est adossée la cheminée, est en pierres ; le surplus est en bois, et le tout est couvert en chaume.

On est effrayé par l’idée qu’une seule étincelle peut embraser, en un instant, cette chaumière, et avec elle tout un village.

On gémit de l’insuffisance de la police, ou plutôt on s’étonne de son silence sur les moyens de rendre salubre la demeure du pauvre, et de la préserver d’un incendie.

L’humanité ne doit point oublier que la Société d’Agriculture du département de la Seine est la première qui ait fait entrer la recherche de ces moyens dans le programme du prix qu’elle a proposé, sur l’art de perfectionner les constructions rurales.

Ces moyens ne sont pas dispendieux, et ne doivent pas excéder les facultés pécuniaires des propriétaires de chaumières. Une petite fenêtre suffira souvent pour aérer convenablement une chaumière, et quelques toises de couverture en tuiles ou en ardoises, suivant les localités, éloigneront assez la cheminée de la partie couverte en chaume pour avoir le temps d’apporter les secours nécessaires, dans le cas où le feu prendroit à cette cheminée.

Les chaumières sont les plus petites des constructions rurales. Elles doivent être saines, comme les autres bâtiments ruraux, mais circonscrites comme les besoins et les facultés pécuniaires de ceux qui doivent les occuper, et bornées au nécessaire le plus strict.

Si le villageois est simple journalier, une seule chambre, avec un cabinet à côté pour resserrer ses outils, ou pour y exercer son industrie particulière dans les temps de l’année où il ne peut pas travailler dehors, une petite laiterie, une petite étable et un petit poulailler, suffiront à ses besoins et à ceux de son ménage ; et si son habitation est d’ailleurs convenablement orientée, suffisamment aérée et élevée au dessus du sol environnant, pour n’y être point incommodé de l’humidité ; enfin, si elle est précédée d’une petite cour, et entourée par un petit jardin et une petite chènevière, elle à offrira la distribution la plus complète et la plus avantageuse.

Si le villageois réunit à sa profession une petite culture d’un hectare et demi à deux hectares, comme cela à lieu, sous le nom de manœuvrerie, dans les cantons où cette dénomination est connue, il lui faudra de plus une petite grange, un toit à porcs, et un petit verger.

La Planche X présente le plan d’une manœuvrerie.

Si notre villageois est un propriétaire vivant de sa petite propriété, il lui faut alors un peu plus de logement ; car, comme sa culture ne seroit pas en état de fournir aux dépenses de sa maison et à l’établissement de ses enfans, il se verra obligé d’y réunir une branche quelconque d’industrie.

La Planche XI offre le plan de son habitation. Nous l’avons disposée pour qu’il puisse réunir le commerce de bestiaux à sa petite exploitation, que nous supposons un peu plus forte que celle de la manœuvrerie.

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§. IV. Quatrième Exemple. Plan d’une maison de campagne avec sa basse cour, disposée pour une petite exploitation. (Pl. XII et XIII.) En agriculture, les bons exemples sont souvent plus utiles que la publication des meilleurs préceptes. C’est une vérité reconnue par tous les bons esprits, et s’il étoit nécessaire de l’appuyer de preuves, nous citerions les Anglais pour exemple.

Si l’agriculture s’est perfectionnée en Angleterre, dans les comtés annuellement habités, pendant la belle saison, par les riches propriétaires, son perfectionnement n’est dû qu’aux capitaux qu’ils y ont consacrés, et aux bons exemples qu’ils ont donnés.

Avec la même conduite, nous pouvons obtenir en France les mêmes résultats ; et ce sont sur-tout les cantons de moyenne culture qui réclament la présence de leurs riches propriétaires, pour faire sortir leur agriculture de la routine qu’elle a suivie jusqu’à présent.

Avant la révolution, nos grands propriétaires ne trouvoient pour ainsi dire pas le temps d’habiter leurs terres. Les différentes places dont ils étoient revêtus leur permettoient à peine six semaines ou deux mois de vacances, ou de congé : pendant l’automne, ils alloient donc à la campagne pour s’y distraire de leur ennui, ou s’y reposer de leurs fatigues.

Aussi, ne s’y occupoient-ils point du tout d’agriculture. Leur séjour y étoit marqué par des fêtes, des chasses, etc. ; ils y amenoient une compagnie nombreuse, afin de goûter à la campagne les plaisirs de la capitale, sans en éprouver les gênes. Leur séjour y étoit donc, en quelque sorte, perdu pour l’agriculture. Le seul bien qu’elle en retiroit consistoit dans la dépense qu’ils y faisoient ; mais il étoit souvent balancé par une surabondance de gibier qui dévastoit les récoltes, et sur-tout par la corruption qu’ils introduisoient dans les mœurs de toutes les classes, soit par eux-mêmes, soit par leurs valets.

Nous avons éprouvé les résultats funestes de cette corruption ; elle a été poussée à un tel point, que ceux de ces grands propriétaires qui, par leurs mœurs, leur humanité et leurs connoissances, commandoient l’amour et la vénération de ceux qui dépendoient d’eux, n’ont pas échappé à la proscription générale, pendant l’anarchie qui a pesé trop long-temps sur la France,

Aujourd’hui que les fortunes foncières sont les plus sûres et les plus recherchées, que le nouvel ordre de choses permet aux riches propriétaires de passer plus de temps à la campagne, et leur en fait souvent un devoir, à cause de l’ordre et de l’économie qu’un propriétaire sage et simplement foncier doit admettre dans ses dépenses et dans l’administration de ses biens, ils n’auront plus de répugnance à habiter la campagne, au moins pendant la belle saison, et à s’y faire des occupations utiles et agréables.

Parmi toutes ces occupations, c’est celle de l’agriculture qui offre le plus de jouissances réelles à un propriétaire sage et intelligent.

Nous ne conseillerons cependant pas aux propriétaires de se mettre à la tête d’une grande exploitation rurale, ou, pour nous servir de l’expression usitée, de faire valoir par eux-mêmes, s’ils n’ont point été élevés, dans la profession de cultivateur.

Au laboureur la charrue, dit le proverbe : et si celui qui est fils de maître a besoin de toutes ses facultés morales et physiques pour bien conduire une grande exploitation, pour en prévoir tous les travaux, pour les ordonner a temps, pour en surveiller la bonne exécution, pour bien choisir les bestiaux nécessaires à son exploitation, pour ne pas les payer plus qu’ils ne valent, pour acheter et vendre dans les momens les plus avantageux, etc., on sent combien un propriétaire qui ne seroit point accoutumé à une vie aussi active, et qui ne réuniroit point toutes les connoissances diverses qui constituent un fermier intelligent, ou qui, pour suppléer à l’activité et aux connoissances qui lui manquent, seroit obligé de s’en rapporter à un gérant, aura de désavantage sur le fermier dans son exploitation.

À ce sujet, nous avons consulté beaucoup de propriétaires qui ont fait valoir ; nous avons fait valoir nous-mêmes, et nous nous sommes convaincus que, si l’on excepte quelques localités ou quelques circonstances favorables, un propriétaire aisé trouvera, dans le produit net de son exploitation, une rente moindre que celle qu’il en auroit retirée sans avances et sans peines, en la louant à un fermier intelligent ; et que la perte qu’il éprouvera annuellement sera d’autant plus grande, que son exploitation sera plus étendue.

Mais, comme un propriétaire aisé a toujours besoin de chevaux à la campagne, et d’une petite basse-cour ; qu’il lui est important de donner des exemples de bonne culture à ses fermiers ; qu’il faut d’ailleurs pourvoir à la nourriture de ses bestiaux, sans ôter à la culture aucuns moyens d’engrais ; enfin, que le propriétaire a besoin de fumiers pour ses jardins, nous lui conseillons une petite exploitation. D’un autre côté, le propriétaire aura souvent, dans une terre étendue, des propriétés d’une autre nature que celle des terres cultivables, comme des prés, des bois, des plantations, etc. ; et, si la culture de ses terres présente aux autres cultivateurs une culture mieux entendue et des récoltes plus abondantes que les leurs, il pourra encore leur offrir des exemples utiles dans l’amélioration de ses prairies, dans la conservation et l’aménagement de ses bois, et dans le soin de ses plantations.

Ce n’est point d’ailleurs par l’intermédiaire d’un gérant qu’un propriétaire aisé peut améliorer ses propriétés : en économie rurale, comme en beaucoup d’autres choses, rien ne peut remplacer l’œil du maître.

Si ses propriétés sont étendues, il doit avoir, à cette campagne, une habitation qui réunisse la commodité et l’utilité à l’agrément et à la salubrité. Alors le propriétaire se fera un plaisir de venir y demeurer pendant la belle saison, et aussitôt qu’il aura goûté le charme qui accompagne toujours les succès dans les améliorations rurales, cette occupation deviendra pour lui une véritable jouissance. C’est ainsi que les propriétaires, en passant seulement six mois dans leurs propriétés, parviendront à faire, autant de bien, et à contribuer autant au perfectionnement de l’agriculture, que les riches Anglais dans les comtés qui avoisinent Londres. Ils y trouveront d’ailleurs un grand avantage : en améliorant leurs propriétés, en y servant d’exemple aux autres propriétaires, ils augmenteront leur revenu ; et, dans les six mois de résidence à la campagne, ils trouveront une économie capable de faire face aux dépenses d’amélioration et aux accidens qui pourroient arriver aux récoltes de leurs fermiers et aux bâtimens de leurs termes, soit par l’intempérie des saisons, soit par des incendies.

Pour construire une maison de campagne telle que nous la concevons, il faut trouver sur les lieux un architecte intelligent pour la projeter, et de bons ouvriers pour l’exécuter. Malheureusement, plus on s’éloigne de la capitale ou des grandes villes, moins on trouve de ressources en ce genre. Nous croyons donc faire une chose agréable aux propriétaires qui ne sont point initiés dans l’art de l’architecture, en leur présentant ici un plan de maison de campagne avec sa basse-cour, disposée pour une petite exploitation ; il leur donnera une idée suffisante des distributions commodes dont elle est susceptible, et ils pourront modifier ou augmenter ce plan suivant les localités, les besoins de l’aisance de celui qui doit l’habiter. D’ailleurs, nous n’avons pas donné beaucoup d’étendue à cette maison de campagne, afin de la mettre à la portée des facultés pécuniaires du plus grand nombre des propriétaires aisés.

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La Planche XII indique la disposition et la distribution de cette maison de campagne, ainsi que celles de sa basse cour. Le rez-de-chaussée de l’habitation du maître présente une distribution complète, dans laquelle nous croyons n’avoir rien oublié d’utile et de commode. Elle lui offre d’ailleurs la surveillance la plus facile et sur les cuisines et sur la basse-cour.

Cette basse-cour est également disposée pour satisfaire à tous les besoins de sa petite exploitation, et à la recherche que le goût du propriétaire l’engageroit à mettre dans le choix de ses bestiaux et de ses volailles.

La position du logement du concierge régisseur est telle, qu’il peut également exercer sa surveillance sur l’avant-cour et sur la basse-cour.

Les bâtimens d’exploitation sont isolés les uns des autres, par précaution contre les incendies.

Le trou à fumiers et la mare, sont éloignés du logement du régisseur, et placés au nord de l’habitation du propriétaire, et la pièce de gazon, que nous destinons au pâturage exclusif des volailles, est dessinée par une plantation de mûriers, et défendue des approches des autres bestiaux par une clôture basse en treillage.

Enfin, le logement du jardinier est placé dans son jardin, et en partie sur l’avant-cour ; en sorte que l’habitation du propriétaire est entourée par ses gardiens naturels, sans pouvoir en être incommodée.

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La figure 1re de la Planche XIII représente la distribution du premier étage de l’habitation du propriétaire, et la figure 2, celle du demi-étage supérieur.

§. V. Cinquième Exemple. Vendangeoirs. Les vendangeoirs sont des constructions rurales particulières aux grands vignobles.

Nous avons beaucoup d’ouvrages sur la culture de la vigne, sur la fabrication et la conservation des vins ; mais nous n’en connoissons aucun qui indique la meilleure disposition des bâtimens nécessaires à un vendangeoir.

Cependant, cette meilleure disposition ne doit pas être indifférente pour les vignobles ; il nous semble qu’il est très facile d’appliquer aux vendangeoirs les préceptes que nous avons établis pour les autres constructions rurales, et de les modifier avec connoissance de cause, suivant les besoins locaux de la culture de la vigne et de la fabrication du vin.

Nous disons, suivant les besoins locaux, parce que les procédés de la culture, de la récolte de la vigne et de fabrication du vin, souvent même les outils, ustensiles et machines dont on se sert dans les différentes opérations, ne sont pas les mêmes, quelquefois, dans deux vignobles voisins. C’est probablement à ces différences remarquables que l’on doit le silence que les œnologistes ont gardé jusqu’à présent sur la meilleure distribution que l’on pouvoit donner à un vendangeoir.

En effet, pour être utile sur un semblable sujet, il auroit fallu écrire, en quelque sorte, pour chaque vignoble en particulier ; et, pour le faire avec succès, on auroit été obligé de réunir, dans tous leurs détails et avec l’exactitude la plus grande, les procédés que chacun suit dans la culture de la vigne ; ce qui équivaut à un obstacle insurmontable. D’un autre côté, le plus grand nombre des propriétaires de vignes n’en possède pas dans le même vignoble une assez grande quantité, pour exiger la dépense d’un vendangeoir particulier, et ceux d’entre eux qui sont dans ce cas trouvent toujours des architectes disposés à les aider de leurs talens pour sa construction.

On peut visiter les vendangeoirs d’Ailly et de Piéry, dans le département de la Marne, et on se fera une idée de la disposition et de la distribution de ces bâtimens ruraux ; quelques uns présentent des maisons de campagne fort agréables. Ceux qui voudront prendre connoissance d’un plan de vendangeoir plus modeste, consulteront celui que nous avons donné dans le supplément de notre Mémoire sur l’art de perfectionner les Constructions rurales. Nous allons en donner la description.

À gauche, en entrant dans la cour, on voit le logement de l’économe avec un escalier pour monter au grenier de cette aile gauche ; viennent ensuite les remises et la cuisine avec son garde manger. En retour, sur le principal corps de logis, qui est placé entre cour et jardin, est la salle à manger, communiquant à la cuisine et le salon. Au dessus de cette partie du corps de logis, on distribuera l’emplacement, suivant les besoins du propriétaire ; et, s’il n’étoit pas suffisant, on trouveroit au dessus de la vinée, dont nous allons parler, un supplément convenable.

Après le salon, on trouve le vestibule, principale entrée du corps de logis. Le vestibule contient l’escalier qui conduit à l’étage supérieur, celui qui descend aux caves, la porte du jardin, et celle de communication avec la vinée qui occupe le reste du corps de logis.

Cette vinée communique, du côté du jardin, au cellier placé en continuation de l’aile droite du vendangeoir, et, du côté de la cour, au pressoir qui fait partie de cette aile droite. Le surplus, du même côté, est occupé par l’écurie. La vinée est disposée pour contenir le nombre de cuves nécessaires à l’exploitation du vendangeoir, et elles y sont placées de manière qu’en acculant la voiture à la fenêtre de la vinée qui donne sur la cour, et en plaçant des madriers qui portent sur l’appui de cette fenêtre et sur la galerie des cuves, on peut conduire le plus directement, dans le moins de temps et avec le moins de monde possible, la vendange dans les cuves.

Le pressoir est aussi avantageusement disposé, pour que la vendange destinée à faire des vins blancs y arrive le plus directement et le plus commodément qu’il est possible. Le pressoir est d’ailleurs à portée de la vinée, à laquelle il communique directement, pour transporter le marc des vins rouges sur ce pressoir. Il est également à la portée du cellier, avec lequel il est de plain pied, pour le transport des vins de pressurage.

Par la description que nous venons de donner, on voit que la disposition des différentes pièces du vendangeoir est telle, que le propriétaire peut à tous momens, et sans sortir dans sa cour, aller inspecter les cuves ; qu’elles sont placées le plus commodément possible pour recevoir la vendange, pour le transport de la mère-goutte dans le cellier, pour celui du marc sur le pressoir et celui du vin de pressurage dans le cellier ; et que le propriétaire, se plaçant à la porte de communication de la vinée au pressoir, peut inspecter à la fois tout ce qui se passe dans ces trois pièces, et empêcher par sa présence les abus que se permettent trop souvent les vignerons et autres hommes employés à la fabrication du vin.

Les vins de notre vendangeoir étant soutirés, on les encave par la vinée qui est de plain pied avec le premier palier de la descente de cave.

Ces caves sont d’ailleurs assez spacieuses pour pouvoir y conserver deux ou trois récoltes, et permettre au propriétaire d’attendre le moment le plus favorable pour la vente de ses vins.


Deuxième Partie. Moyens de construire, avec économie et solidité, les bâtimens ruraux dans les différentes localités, suivant la qualité et la, nature des matériaux que l’on a à sa disposition.


Section Première. Économie dans les constructions rurales. Par cette expression économie, nous entendons celle que tout homme sage désireroit voir présider à toutes les constructions en général ; et nous sommes bien éloignés de la confondre avec la parcimonie dans leur exécution.

C’est l’économie bien entendue que nous invoquons ici : elle seule sait allier la solidité avec l’agrément des formes. Elle n’est point ennemie des ornemens, mais elle ne les admet qu’avec réserve et convenance. Elle rejette avec dédain tout superflu ; et, avec les ressources de l’art, elle se contente du mérite solide, mais modeste, d’employer les moyens les moins dispendieux pour remplir le but proposé.

Tout le nécessaire et point de superflu, est la maxime qu’il faut particulièrement admettre dans les constructions rurales. L’amélioration de la culture exige de grands capitaux : les facultés des propriétaires sont plus bornées que jamais, à cause du renchérissement excessif de la main-d’œuvre, et des frais de construction et d’entretien ; toute dépense employée en superflu seroit donc en diminution sur le nécessaire.

Un propriétaire doit donc apporter cette économie, d’abord sur l’ensemble des bâtimens qui doivent composer sa ferme, ou qui la composent actuellement, si elle est anciennement construite, et ne lui laisser que ceux qui sont strictement nécessaires pour les besoins de son exploitation ; ensuite, dans la manière de les construire ou de les réparer.

Nous devons cependant observer, sur la première disposition, que, dans quelques localités de la grande culture, il pourroit paroitre avantageux, à un propriétaire d’avoir dans sa ferme un plus grand nombre de bâtimens, que ne le comportent les besoins de son exploitation, afin de procurer à son fermier la facilité d’y réunir l’exploitation de plusieurs lots de terres sans corps de ferme.

Mais cette surabondance de bàtimens occasionneroit nécessairement une augmentation dans les dépenses d’entretiens annuels, et quelquefois de reconstructions, dont le propriétaire ne seroit jamais assez indemnisé par le supplément de fermage qu’il obtiendront de son fermier, à raison de cette facilité.

Mous conserverons donc dans fonte sa force, et sans exception, la maxime économique que nous venons d’établir pour les constructions rurales, parce que les constructions sont devenues trop dispendieuses, pour espérer d’en retirer jamais l’intérêt des capitaux qu’on y emploie.

Une autre observation importante à faire aux propriétaires, au sujet de l’économie bien entendue qu’ils doivent admettre dans leurs constructions rurales, c’est que, plus l’exploitation d’une ferme est étendue, et moins, relativement, la construction de ses bâtimeus est onéreuse à son propriétaire.

En effet, la construction d’une ferme de six charrues, projetée comme dans dans la Planche VIII, et située à trois ou quatre myriamètres (six ou huit lieues) de Paris, coûteroit environ 90,000 francs ; dans sa position, elle rapporteroit 18 à 20,000 francs de fermage franc d’impôt, et ce fermage représente un capital foncier d’environ 460,000 francs. Les dépenses de sa construction ne seront donc que le cinquième de la valeur du fonds, tandis que celles d’une métairie, semblable à celle de la Planche XI, dont le fermage, d’environ 1000 francs, représente un capital foncier d’environ 20,000 francs, seroient de plus de la moitié de ce capital.

Après avoir scrupuleusement calculé le nombre des bâtimens strictement nécessaires aux besoins d’une exploitation rurale, il faut examiner les moyens les plus économiques de les construire.

Dans les différens projets que nous avons donnés, nous avons supposé toutes leurs parties construites en bonne maçonnerie, et nous en avons évalué la dépense d’après cette hypothèse ; mais elles n’ont pas toutes besoin d’une égale solidité, et cette solidité ne doit être que relative à leur destination.

Par exemple, tout le corps de logis, les écuries et les étables, doivent être construits avec toute la solidité que les matériaux disponibles peuvent le permettre. Le premier, à cause de son élévation, de l’intempérie des saisons, et des accidens du feu ; et les autres, à cause des chocs des bestiaux et des dégradations journalières qu’ils pourroient y faire, si les portes et les mangeoires n’étoient pas solidement construites. Encore, pour les écuries et les étables, ainsi que pour les bergeries, suffiroit-il que leurs fondations, leurs encoignures, leurs entrées et leurs mangeoires fussent d’une solidité convenable ; le surplus pourroit être édifié d’une manière plus légère, sans affecter en rien la solidité générale. Les granges, dans leur état actuel, sont une partie notable des dépenses de construction d’une ferme. Mais si, comme comme nous l’avons proposé, on vouloit admettre dans les grandes exploitations l’usage des gerbiers fixes à toit mobile, une aire de battage, accompagnée d’une, ou, au plus, de deux travées, suffiroit aux besoins des plus grosses fermes, et il en résulteront une économie bien grande dans leurs constructions.

Enfin, les murs de clôture ne supportent rien, et ont peu d’élévation. Il est donc inutile de leur donner la solidité d’un mur de côtière. Pourvu qu’ils soient solidement fondés en bonne maçonnerie ou en béton, suivant les localités, leur nette maçonnerie peut n’être faite qu’en mortier de terre ou en pisé, crépis des deux côtés, en bon mortier ou en plâtre, et seulement consolidée d’espace en espace par des chaînes de bonne maçonnerie pour en empêcher le déversement.

On trouvera encore de l’économie à proscrire des constructions rurales les noues, les lucarnes, les mansardes, et les croupes.

Les noues, les lucarnes, et les mansardes, sont des inventions très-dispendieuses, et nous avons l’expérience qu’elles deviennent bientôt la cause de réparations continuelles, par la difficulté de leur construction, et la facilité qu’elles donnent à la pluie de s’introduire dans les bâtimens.

Les croupes sont d’une construction plus dispendieuse que les pignons ; elles diminuent d’ailleurs beaucoup la capacité des travées extrêmes des greniers des bâtimens.

C’est par ces différentes raisons, autant que pour éviter les progrès d’un incendie, que nous avons isolé les différens corps de bâtimens dans nos plans de constructions rurales, et que nous avons donné à leurs entières assez d’élévation pour y pratiquer les fenêtres de leurs greniers.

Section II. Solidité dans les constructions rurales. La solidité de ces constructions entre nécessairement dans les vues d’une économie bien entendue, et elle doit être, ainsi que nous l’avons déjà dit, relative à leur destination. Sans la solidité, ces constructions présenteroient bientôt des dégradations toujours dispendieuses à réparer, jusqu’à ce qu’on soit obligé de les refaire à neuf.

Cette solidité ne peut s’obtenir que par celle de l’assiette des bâtimens, par la bonne qualité des matériaux que l’on emploie dans leur construction, et par la manière de les employer.

§. I. assiette des constructions. Lorsqu’on est maître du choix de l’emplacement d’un édifice, on est naturellement porté à l’asseoir sur un terrain sain et solide ; mais on est presque toujours réduit à bâtir sur le terrain dont on peut disposer, quelle qu’en soit la nature ; et si ce terrain n’offre pas une consistance convenable, on est obligé alors d’avoir recours aux ressources de l’art, pour y établir avec solidité ses fondations.

Ainsi, lorsqu’on aura tracé sur le terrain la construction rurale que l’on veut y édifier, on en creusera les fondations sur une profondeur suffisante pour trouver un terrain ferme.

Si, par son défaut de consistance, on étoit obligé de le creuser trop profondément, on pourroit le consolider de la manière indiquée dans Vitruve : elle consiste à enfoncer dans ces fondations des pieux d’aulne, ou de chêne, brûlés par le bout, et frappés au refus de la massue.

Enfin, si le terrain se trouvoit tellement mouvant, que l’on fût obligé d’y bâtir sur pilotis, l’économie conseille alors de préférer à cette espèce de fondation continue, qui deviendroit très dispendieuse, celle sur arceaux, dont les piles seulement seroient fondées sur pilotis.

La profondeur que l’on doit donner aux fondations des bâtimens, pour assurer leur solidité, dépend donc absolument de la consistance du terrain sur lequel ils sont assis. À l’exception du roc vif, sur lequel on peut se dispenser de donner des fondations à un bâtiment, il faut toujours leur donner au moins cinq décimètres (quinze à dix-huit pouces) de profondeur sur les terrains les plus solides.

L’épaisseur des fondations est aussi un des élémens de leur solidité ; on la déterminera d’après la hauteur de l’édifice qu’elles doivent supporter, et à la qualité des matériaux employés dans sa construction. Cette épaisseur sera d’autant plus grande, que cet édifice sera plus élevé, et que les matériaux auront moins de qualité.

Lorsque l’épaisseur des murs d’un édifice est fixée, il est bon d’ajouter à celle de leurs fondations une surépaisseur intérieure et extérieure d’environ un décimètre (trois pouces) pour consolider encore davantage l’assiette de leur nette maçonnerie : cette surépaisseur est connue, en architecture, sous le nom de retraite, et doit être arrêtée à environ deux décimètres (six pouces) en contre-bas du terrain environnant, afin d’éviter sa dégradation extérieure.

§. II. Choix des matériaux. Nous habitons le sol même où les Romains et nos ancêtres ont laissé des monumens durables de l’art et du génie de leurs architectes ; nous possédons des pierres de taille, des moellons, des pierres à chaux, du sable ; nous avons de plus qu’eux, dans certaines localités, des carrières abondantes de gypse, avec lequel on fabrique le plâtre ; nous connoissons l’art de faire des briques cuites et crues, de construire en béton et en pisé ; enfin, nous avons en abondance des bois, des fers, des ardoises, etc. ; et, si nous sommes privés du bitume de Babylone, les ouvrages mêmes des Romains, et les recherches de Loriot, de la Faye, d’Étienne, et de Mongez, nous ont enseigné les moyens de le suppléer dans les circonstances où son usage est nécessaire. À l’exemple des Romains, nous pourrions donc, avec les différentes substances qui se trouvent dans les divers départemens de la France, former des matériaux avec lesquels nous pourrions construire des édifices sans défaut, et qui dureroient éternellement, si on les bâtissoit dans un aplomb parfait ; et, si les constructions modernes ne présentent pas cette solidité qui caractérise les ouvrages des Romains, et même ceux de nos ancêtres, on ne doit attribuer ce défaut qu’au mauvais emploi de ces matériaux.


§. III. Meilleure manière d’employer les matériaux disponibles dans les constructions rurales.


1°. Dans les maçonneries. D’abord, nous employons, en général, dans les maçonneries, des pierres trop fraîchement tirées des carrières. Les Romains (et même nos ancêtres, à leur exemple,) exigeoient deux années pour la dessiccation des pierres et des moellons, avant d’être employés dans les constructions» (Vitruve, Liv. II, Chap. VII.)

2°. Il est rare que, dans les campagnes, les maçonneries modernes aient cet aplomb parfait tant recommandé par Vitruve, pour leur, procurer fine durée éternelle.

3°. Nous employons, dans les constructions, des mortiers dont la qualité est bien inférieure à celle des mortiers que faisoient nos ancêtres. Cependant nous avons d’aussi bonne chaux, d’aussi bon sable qu’eux ; nous dosons, ou nous devons doser nos mortiers dans les mêmes proportions. Mais ils y mêloient toujours, comme le leur avoient enseigné les Romains, une partie de chaux vive, indépendante de la chaux infusée, et ils les employoient sur-le-champ.

Aujourd’hui, non seulement il n’entre point de chaux vive dans la composition des mortiers ordinaires, mais même les entrepreneurs se permettent trop souvent de n’y pas faire entrer toute la quantité de chaux, infusée que leur destination requiert.

4°. Les architectes modernes, et surtout les maçons de la campagne, emploient généralement trop de pierres dans leurs maçonneries, ou plutôt ils n’y emploient pas assez de mortier.

La démolition des anciennes constructions prouve, qu’à l’exception des paremens, toutes les pierres, ou les cailloux de l’intérieur, étoient baignés, ou même noyés dans le mortier, avec lequel ils ne faisoient tous qu’un même corps, souvent très-difficile à détruire.

5°. La lenteur avec laquelle on conduit aujourd’hui les constructions, même les plus urgentes, est aussi une des causes du peu de solidité que l’on apperçoit dans toutes.

L’expérience nous apprend qu’il faut faire marcher de front, et le plus promptement possible, toutes les parties d’un même édifice, afin qu’elles puissent tasser toutes en même temps, avant la dessiccation des mortiers.

Cette cause du défaut de solidité de nos édifices modernes tient, d’une part, à l’exiguïté de nos facultés pécuniaires, et de l’autre, au petit nombre d’ouvriers que l’on trouve à employer en même temps à leur construction.

Mais, si nous ne sommes pas aussi riches que les Romains pour nous permettre d’entreprendre des monumens aussi vastes, et si notre population ne nous offre pas assez d’ouvriers pour pouvoir les terminer, comme eux, presqu’aussitôt qu’ils sont commencés, au moins devrions-nous profiter de leurs exemples pour perfectionner nos constructions, autant que les circonstances et les localités peuvent le permettre.

Nous devons dire cependant que la France possède des monumens d’architecture dignes de figurer à côté des chefs d’œuvre de l’antiquité, et qui immortalisèrent les architectes qui en ont conçu les plans, et dirigé l’exécution. Sans même remonter au grand siècle de Louis XIV, l’hôtel des Monnoies, les écoles de Chirurgie, et Sainte-Geneviève, sont de ce nombre.

Ce n’est donc point sur ces monumens du génie de nos architectes modernes, ce n’est pas même sur les habitations des grandes villes, dont plusieurs se font remarquer par des décorations élégantes, des distributions commodes et ingénieuses, et par une exécution soignée et économique, que nous appelons une attention particulière, mais sur les constructions rurales, dont l’exécution a été jusqu’à présent abandonnée à des architectes ineptes, et à des ouvriers ignorans.

La nature s’est montrée généreuse envers la France, en lui procurant, pour ainsi dire, dans chaque localité, des matériaux propres aux constructions. Il suffit de les y chercher, d’employer à chaque construction ceux qui conviennent à sa destination, et de les employer de la manière la meilleure et a plus économique.

2°. Dans la charpente. Les Romains ne nous ont laissé aucuns monumens sur l’art de la charpente ; mais, à juger de leurs connoissances sur cet objet par le degré de perfection où ils ont porté l’architecture, on ne peut douter qu’elles ne fussent très-grandes.

Cet art a fait beaucoup de progrès en France, dans le siècle dernier. On ne voit plus, dans les charpentes modernes, cet amas de bois, ces poutres de dimensions extraordinaires, que l’on ne trouveroit plus aujourd’hui à remplacer. L’ancienne charpente de la Halle aux Blés de Paris, les combles et les planchers modernes, attestent son perfectionnement.

Malheureusement, toutes ces découvertes sont encore concentrées dans les grandes villes ; et, lorsqu’on s’en éloigne, les charpentes s’y retrouvent telles qu’on les construisoit il y a un siècle. Les bois employés dans les constructions doivent être sains, sans mauvais nœuds, sans aubier, et, autant qu’il sera possible, Anciennement coupés.

Tous les propriétaires devroient ne pas ignorer les belles expériences de Buffon et de Duhamel sur la force des bois, et sur la meilleure manière de les employer, ainsi que les moyens dont on se sert pour consolider les charpentes, conserver les bois, et les préserver des effets de l’humidité.

3°. Dans la menuiserie. Ce que nous venons de dire sur les progrès de l’art de la charpente s’applique également à celui de la menuiserie. Malheureusement, la disette actuelle des bois propres à cet art nuit beaucoup à son perfectionnement. Leur rareté les rend chers, et force les menuisiers à les employer, pour ainsi dire, immédiatement après avoir été fabriqués. Les planches se tourmentent, les menuiseries se retirent, et nous sommes forcés de convenir que les anciennes menuiseries étoient plus solides que celles que l’on fait actuellement ; mais ce n’est pas la faute des menuisiers.

L’économie dans le choix des bois employés par la menuiserie ne doit porter que sur les menuiseries de l’intérieur des bâtimens. On peut y employer des planches de qualité inférieure ; mais leur assemblage doit toujours être fait en bois dur.

Quant à celles de l’extérieur, on les fera avec le bois le plus dur de chaque localité, et ou les peindra solidement.

4°. Dans la serrurerie. Cet art s’est aussi beaucoup perfectionné, mais seulement dans les grandes villes. Aussi les découvertes de la serrurerie moderne ne regardent-elles que les constructions de luxe : mais, dans les constructions ordinaires, et sur-tout dans les constructions rurales, les ferrures sont encore faites suivant l’ancienne routine.

En effet, si on examine la ferrure des grandes portes des fermes, on y voit des pentures qui, au moindre choc des voitures, sont brisées ou emportées ; ou bien, si elles sont assez massives pour résister à ce choc, elles fléchissent bientôt sous le poids des vantaux des portes ; ou bien ce poids dérange les gonds scellés dans les pilastres, et souvent même les pierres qui les contiennent ; en sorte que les portes ne peuvent plus jouer, et qu’elles présentent des réparations continuelles et dispendieuses.

On peut faire les mêmes reproches aux ferrures des portes d’entrée des habitations, des granges, des écuries, des étables, et des bergeries, qui sont continuellement exposées aux chocs des animaux, ou des hommes charges de fardeaux.

Nous croyons donc qu’il faut abandonner cette manière de ferrer toutes les portes, d’un usage fatigant, et la remplacer par des tourillons, dans la partie supérieure des tournans des vantaux, et des pivots sur crapaudine, dans leur partie inférieure.

Enfin, la durée de ces portes seroit la plus grande possible, si l’on consolidoient assemblages des vantaux par des écharpes en fer plat, dirigées du sommet des tournans vers la partie inférieure des battans.

On trouvera un modèle de cette ferrure dans notre Mémoire sur l’art de perfectionner les constructions rurales. Nous avons l’expérience de sa bonté, et de sa durée.

5°. Dans les couvertures. La manière de couvrir les bâtimens, en France, est absolument locale ; elle dépend des matériaux propres à ces ouvrages, que chaque localité peut fournir aux moindres frais.

Dans certains cantons, les couvertures en tuiles sont les moins dispendieuses ; dans d’autres, ce sont les couvertures en ardoises, en pierres ardoisines, en laves, en bardeaux ; (planches) enfin, dans une grande partie de la France, la demeure du pauvre est en joncs, en paille, ou même en chaume. C’est au propriétaire intelligent, et économe, à choisir, parmi ces différens matériaux disponibles, ceux qui pourront le mieux convenir à la destination de ses bâtimens. Il doit cependant se faire un devoir de ne jamais employer de couvertures combustibles sur tous les bâtimens exposés au danger des incendies. Quant aux autres, leur couverture peut être plus économique, si toutefois il y a de l’économie à faire des couvertures en paille, ou en chaume, qu’il faut renouveler très souvent ; car, dans beaucoup de localités, l’économie se trouvera, en définitif, dans la couverture la plus solide.

Section III. Entretien annuel des bâtimens ruraux. Avec quelque solidité que l’on construise les bâtimens ruraux, les constructions ne pourroient être de longue durée, si un entretien annuel et scrupuleux ne les préservoit des lentes injures du temps : tel est le décret porté par la Providence sur les travaux des hommes.

L’humidité et la gelée sont les destructeurs les plus actifs des constructions les plus solides : c’est donc de leurs atteintes qu’il faut les garantir pour les conserver plus long-temps.

L’art n’offre aucuns moyens de garantir les bâtimens de l’effet des grandes gelées ; mais, comme cet effet n’est désastreux que lorsqu’ils sont pénétrés par l’humidité, c’est donc principalement de l’humidité qu’il faut les préserver.

Pour y parvenir, il faut éloigner soigneusement toutes les eaux qui pourroient en approcher de trop près. À cet effet, on pratiquera dans leur contour extérieur des fossés de dimensions suffisantes pour contenir les eaux, avec une pente convenable pour leur prompt écoulement. Les revers de ces fossés seront placés du côté des murs.

De plus, on aura soin de donner aux toits des bâtimens une saillie suffisante pour que leur égoût ne puisse pas laver le pied de leurs murs.

C’est ordinairement cette dernière partie des bâtimens qui présente les premières dégradations, parce qu’à l’humidité que son voisinage du terrain sur lequel ils sont assis lui donne, elle reçoit encore les éclaboussures de l’égoût des toits. Il faut réparer ces dégradations aussitôt qu’elles sont aperçues : sans cette attention, l’intérieur des murs se trouve bientôt en contact immédiat avec l’air extérieur, et il devient alors susceptible d’être attaqué par les gelées.

L’intérieur des bâtimens demande aussi à être préservé de l’humidité. Leur salubrité, et la conservation des murs, des planchers et des bois, dépendent de cette précaution. L’humidité ne peut s’y introduire que par le pavé du rez-de-chaussée, s’il est établi au dessous du niveau du terrain environnant, ou par les couvertures, si elles ne sont pas exactement entretenues, et par les noues, les lucarnes, etc. C’est pour éviter cet inconvénient que nous conseillons d’établir le pavé du rez-de-chaussée au dessus du niveau du terrain environnant, d’entretenir soigneusement et annuellement les couvertures, et de supprimer les noues, les lucarnes, et les mansardes dans les combles des bâtimens ruraux.

Ces réparations annuelles ne sont jamais dispendieuses lorsqu’elles sont faites, pour ainsi dire, sur-le-champ ; elles préservent d’ailleurs les bâtimens de dégradations plus grandes : mais, si on les néglige pendant quelques années, elles peuvent devenir considérables, et même compromettre la solidité de l’édifice.

Ces entretiens annuels deviennent donc une véritable économie pour le propriétaire : nous lui conseillons de ne s’en rapporter à personne, pas même à ses fermiers, pour ordonner ces réparations, parce que lui seul a l’intérêt le plus particulier de tout voir, et de bien voir.

(De Perthuis.)


  1. La Société d’Agriculture du département de la Seine a ordonné l’impression de ce Mémoire que l’on trouvera chez Madame Huzard, imprimeur-libraire, rue de l’Éperon.