Cours d’agriculture (Rozier)/FUMÉE

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Hôtel Serpente (Tome cinquièmep. 193-194).
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FUMÉE, vapeur épaisse, aqueuse, saline, chargée d’air inflammable (voyez ce mot) qui s’échappe des corps en ignition ou fortement échauffés. La fumée est nuisible aux plantes qui sont perpétuellement dans son atmosphère, & elle devient très-utile dans le cas de gelées tardives, (voyez ce mot) qui attaquent les bourgeons des vignes & les arbres à l’époque de leur fleuraison.

Dans un hiver pendant lequel la neige couvrit plusieurs semaines les champs des environs de Paris, je m’aperçus qu’elle n’avoit pas sa blancheur éclatante, quoiqu’elle n’eût encore éprouvé aucune fonte : curieux d’en reconnoître la cause, je goûtai cette neige, & je lui trouvai le goût & une légère odeur de fumée : c’étoit du côte & plus loin que la Salpêtrière. Du côté opposé, c est-à dire, vers Montmartre, la neige étoit brillante, sans goût & sans odeur. Ce phénomène tenoit à la direction du vent, qui poussoit les fumées du nord au sud, & la neige, en tombant, s’imprégnait des qualités de la fumée. On ne doit pas conclure de ce fait que la neige soit nuisible à l’agriculture, parce qu’on ne brûle que du bois à Paris ; mais il est de fait notoire que les raisins des vignes qui couvrent le coteau, par exemple, de la porte de Vaise à Lyon, ceux de Givors, &c. ont un goût & une odeur de fumée, ainsi que le vin qui en provient, attendu que dans ces endroits on brûle du charbon de terre pour le service des fours à chaux & des verreries. Je crois que dans un village où le vin a une valeur réelle, soit par sa qualité, soit par son haut prix relativement à la consommation, on peut empêcher les entrepreneurs de construire des fours, verreries, &c. ou du moins, les forcer à les établir sur des emplacemens d’où la fumée ne puisse pas nuire & infecter les productions du voisinage ; sans quoi de pareils établissemens attaqueroient directement les propriétés. Le problème se réduit à ceci : Vaut-il mieux sacrifier l’entreprise d’un particulier, que tous les biens d’une communauté ?


Fumée. (Animaux pris de la) Médecine vétérinaire. Lorsque, par l’imprudence d’un beuvier ou d’un berger, le feu vient à prendre dans une étable où se trouvent rassemblés des bœufs & des moutons, ces animaux sont tout-à-coup suffoqués par la fumée, si elle est abondante, tandis qu’ils ne sont attaqués que d’une toux violente, lorsqu’elle est peu considérable. La fumée étant un composé d’eau, d’acide, d’huile, &c. on doit bien comprendre qu’en entrant dans la trachée-artère, elle irrite & picote la membrane interne des bronches, en rétrécit les parois, prend la place de l’air, comprime les vaisseaux sanguins, & occasionne la mort.

Les animaux pris de la fumée ne périssent donc que par le défaut de l’air, & par la pléthore ou l’engorgement des vaisseaux pulmonaires ; ils jettent ordinairement le sang par le nez.

Il est urgent de remédier à la toux de ceux qui ne sont pas suffoqués, par la saignée à la veine jugulaire, si c’est un cheval ou un bœuf, & aux veines de la mâchoire, si c’est un mouton, & de répéter même la saignée ; après quoi on donne à l’animal des lavemens émolliens, & on lui fait des fumigations de même nature. (Voyez Fumigation) M. T.