Cours d’agriculture (Rozier)/GESSE

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Hôtel Serpente (Tome cinquièmep. 287-288).


GESSE. M. Tournefort la place dans la seconde section de la dixième classe, qui comprend les fleurs papilionnacées, dont le pistil devient une gousse longue & à une seule capsule, & il l’appelle lathyrus sylvestris major ; M. von-Linné la nomme lathyrus sativus, & la classe dans la diadelphie décandrie.

Fleur en papillon : l’étendard en forme de cœur, grand, recourbé au sommet & des côtés, rouge ou violet ; les ailes oblongues, en forme de croissant, courtes, blanches ou brunes au sommet ; la carène presque ronde, de la grandeur des ailes, mais plus large ; le calice divisé en cinq découpures, l’inférieure est la plus longue.

Fruit ; légume très-long, cylindrique, un peu aplati, avec un double rebord sur le dos ; les semences arrondies, presque cylindriques, anguleuses.

Feuilles ailées, portées sur des pétioles qui se prolongent & courent sur les tiges ; ces feuilles sont terminées par des filamens ou vrilles.

Racine fibreuse, rameuse.

Port ; tige herbacée, pliante, anguleuse, aplatie, avec des espèces d’ailes feuillées ; les péduncules naissent des aisselles & ne portent qu’une fleur ; les feuilles placées alternativement.

Lieu ; les jardins potagers, les champs ; la plante est vivace, fleurit de très-bonne heure, si on l’a semée contre des abris avant l’hiver.

Propriétés économiques. On la cultive dans les provinces méridionales du royaume, où elle sert d’aliment de qualité médiocre, & dans le nord pour la nourriture des pigeons & de la volaille. Vaut-elle la peine d’être cultivée dans les jardins comme légume ? je ne le pense pas. Elle exige les mêmes soins que les pois. (Voyez ce mot.)


Gesse Tubéreuse, ou Glands de Terre. C’est le lathyrus arvensis repens tuberosus de M. Tournefort, & le lathyrus tuberosus de M. von Linné. Elle diffère de la précédente par ses péduncules qui portent plusieurs fleurs rassemblées & de couleur rose, par ses folioles ovales, obtuses, chargées d’une très-petite pointe à leur sommet, & surtout par ses racines composées de plusieurs tubérosités attachées à des filets rampans.

Cette plante est cultivée en Flandre, en Lorraine, en Bourgogne, & on la vend sous le nom de mackson, de makoise ou macjon. On mange les tubercules cruds ou cuits dans l’eau ou sous la cendre, & leur saveur se rapproche beaucoup de celle de la châtaigne. M. Parmentier, qui s’est beaucoup occupé de l’examen des plantes susceptibles de fournir une nourriture à l’homme, ou d’être propres à faire du pain, a reconnu qu’elle contenoit de l’amidon, du sucre, une matière fibreuse & une substance muqueuse, glutineuse, extractive ; ce qui rend cette racine susceptible de la panification. Il a essayé d’améliorer par la culture cette espèce de gesse, mais les essais n’ont nullement répondu à ce qu’on devoit en attendre.


Gesse Odorante, ou Pois odorant des jardiniers, ou Pois Éternel. Cette dénomination lui est donnée, parce que cette espèce est vivace, & une fois plantée ou semée elle repousse toujours, & conserve sa verdure pendant toute l’année, si on la renferme en hiver dans l’orangerie. M. Tournefort l’appelle lathyrus angustissimo folio, americanus, variegatus è cœruleo, purpurascente flore suaviter rubente ; M. von-Linné la nomme lathyrus odoratus. Elle diffère des espèces décrites ci-dessus par ses péduncules qui portent deux fleurs, dont l’odeur approche &c est plus douce que celle de la fleur d’orange ; ses fleurs sont bleues, violettes & rouges, quelquefois toutes blanches ou presque d’une seule couleur. Cette bigarrure tient à l’exposition, au sol, au climat, à la graine & à d’autres circonstances que nous ne connoissons peut-être pas. Dans les provinces, cette plante est presque toujours en fleur, depuis le mois de juillet jusqu’à la fin de Septembre, & même jusqu’à la fin d’Octobre, si on a le soin de couper les fleurs dès qu’elles commencent à grainer : les folioles sont ovales, oblongues, très-étroites & les siliques velues.

La multiplicité des fleurs & leur agréable odeur ont mérité à cette gesse une place distinguée dans nos jardins. Il faut semer contre un mur, afin de soutenir & étendre les tiges ou les ramer comme celles des pois ordinaires. Cette plante est originaire d’Amérique, & réussit assez bien dans nos provinces du nord. Elle n’exige aucune culture particulière.

Cette espèce fournit deux variétés ; l’une nommée par M. von-Linné lathyrus odoratus β siculus, & l’autre lathyrus odoratus β zeilanicus. Cette dernière surtout est encore cultivée dans nos jardins, à cause de son odeur ; mais elle est annuelle : sa tige est sarmenteuse, rude, à trois ou quatre pieds de hauteur ; ses folioles au nombre de deux sur chaque feuille ; elles ont trois à quatre pouces de longueur sur deux à trois lignes de largeur ; la fleur est blanche, bigarrée de rouge ; la plante est originaire de Ceylan ; celle de la gesse odorante de Sicile a son étendard pourpre, & le reste d’un bleu clair.

Les botanistes comptent jusqu’à vingt-quatre espèces de gesses, sans comprendre dans ce nombre leurs variétés. Comme elles n’ont aucun mérite pour l’agriculture ou pour nos jardins, il est inutile d’en parler.