Cours d’agriculture (Rozier)/PIVOINE

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Hôtel Serpente (Tome septièmep. 744-745).
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PIVOINE. Von-Linné la classe dans la polyandrie digynie, il la nomme pæonia ; Tournefort la place dans la sixième section des fleurs en rose, dont le pistil devient un fruit composé de plusieurs capsules ; il l’appelle également pæonia.

1. Pivoine mâle. Pæonia folio nigricante splendido, quæ mas. TournPæonia officinalis B mascula. Lin.

Fleur ; en rose, composée de cinq pétales presque ronds, étroits à leur base ; son calice est divisé en cinq folioles concaves & inégales en grandeur ; le pistil est divisé en deux, & les étamines sont en grand nombre.

Fruit ; formé de plusieurs capsules ovales, oblongues, velues, à une seule loge, s’ouvrant en dedans & longitudinalement ; semences nombreuses, presque rondes & noires dans leur maturité.

Feuilles ; simples, découpées en lobes de trois en trois, ovoïdes & en forme de lance.

Racine ; tubéreuse & par faisceaux.

Port ; tiges de la hauteur de deux pieds, rameuses, un peu rougeâtres ; les fleurs naissent au sommet, très-simples & solitaires ; les feuilles sont alternativement placées sur les tiges.

Lieu ; la plante est originaire du Mont Ida ; on la cultive dans nos jardins, ou elle fleurit en mai ; elle est vivace.

2. Pivoine Femelle. Pæonia communis vel femina TournPæonia officialis B femina Lin.

Elle diffère de la précédente par ses semences oblongues & plus petites ; par ses feuilles, deux fois trois à trois, & par leurs lobes qui sont difformes, comparés à ceux de la précédente ; enfin, par ses tiges & ses fleurs moins grandes.

La culture a fait doubler les fleurs de ces deux espèces, & ces plantes, la première sur-tout, forment une jolie masse au milieu d’une vaste plate-bande ; la couleur vineuse & éclatante des fleurs les a fait nommer, par quelques-uns, ivrognes, peut-être aussi à cause de leur odeur forte & assoupissante. On ne cultive ordinairement dans des jardins que les pieds à fleur double ; j’en ai vu une jolie variété à fleur blanche & une à fleur rose.

On peut multiplier cette plante par le semis de ses graines ; mais cette voie est bien lente ; cependant c’est le seul moyen de se procurer de jolies variétés : il est plus expéditif de séparer les tubercules, avec l’attention scrupuleuse de conserver un œil de la plante, sans lequel elle pourriroit en terre, au lieu de végéter. L’époque la plus convenable à cette transplantation, est lorsque les feuilles sont fanées & sèches. Leur état annonce que la séve ne travaille plus. Cependant, si on habite un climat qui ne soit pas constamment pluvieux, on peut transplanter pendant tout l’hiver ; la première époque est préférable.

Outre ces tubercules, cette plante pousse encore un très-grand nombre de racines qui effritent beaucoup la terre ; si on veut avoir un grand nombre de feuilles bien nourries, il est essentiel, de temps à autre, de renouveler la terre de la circonférence & de la fortifier par des engrais. Il est vrai que cette plante est commune, mais est-ce une raison pour la négliger, puisqu’elle produit un joli effet dans les plates-bandes ? Elle ne demande pas à être souvent défeuillée. Cette opération n’est nécessaire que lorsqu’il faut renouveler des places vides, ou lorsque la plante occupe un trop grand espace. Originaire d’un pays fort élevé, & par conséquent froid, cette plante se plaît mieux dans les endroits un peu ombragés ; cependant elle craint les terrains trop humides.

Propriétés médicinales ; on préfère la plante mâle à la femelle ; son odeur est forte, assoupissante, & sa saveur est douceâtre. La racine a une saveur médiocrement âcre, amère & nauséabonde. La plante est regardée comme céphalique, antiépileptique, antispasmodique & diaphorétique.

Plusieurs auteurs ont regardé cette plante comme un excellent remède pour toutes les maladies qui proviennent d’un relâchement excessif du cerveau, & pour les affections nerveuses. On arrache les racines dans le mois de mars ; on les fait sécher, on les coupe par tranches ; au moyen de quoi elles peuvent se conserver pendant un temps considérable. Une drachme de cette racine, donnée tous les matins, empêche les attaques du mal caduc. Boerrhave, dit en avoir fait l’expérience sur des enfans ; mais aussitôt qu’il cessoit d’en faire usage, les accès revenoient. M. Vitet, dans sa Pharmacopée de Lyon, dit que les fleurs ne calment point les maladies convulsives, & ne procurent pas sensiblement le sommeil. La conserve des fleurs & l’eau distillée des fleurs, sont aussi inutiles que les fleurs dans les maladies où elles ont été recommandées. La racine sèche, plus active, a rarement procuré du soulagement dans les maladies convulsives ; qu’elle qu’en ait été l’espèce ; récente, elle cause des coliques & des nausées plus ou moins vives… Qui faut-il en croire ?