Cours d’agriculture (Rozier)/POMME D’AMOUR ou TOMATES

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 176-178).


Rozier - Cours d’agriculture, tome 7, pl. 21, pomme d'amour.png

POMME D’AMOUR ou TOMATES. (Voyez Planche XXI, Tome VII, page 674.) Tournefort la place dans la septième section de la seconde classe destinée aux herbes à fleur en rosette, dont le pistil devient un fruit mou & charnu ; il l’appelle lycopersicum galeni. Von-Linné la classe dans la pentandrie monogynie, & la nomme solanum lycopersicum.

Fleur ; d’une seule pièce, évasée en soucoupe, divisée en cinq segmens ovales & pointus, comme ils sont représentés dans la figure B. Les étamines au nombre de cinq, réunies par leur sommet, forment une espèce de clou représenté en C. Toutes les parties de la fleur sont représentées dans le calice D ; il est d’une seule pièce, divisé en cinq parties longues, droites, étroites & pointues.

Fruit : E, est une baie molle, succulente, partagée ordinairement en trois loges, comme on l’a représenté dans la figure F, où il est vu coupé transversalement. Les graines G sont renfermées dans le fruit. La couleur du fruit est d’un beau rouge vif ; souvent ce fruit prend la forme d’une pomme de calville.

Feuilles ; ailées, par interruption, d’une paire de grandes & d’une paire & petites ; les folioles presqu’égales & découpées.

Racine ; A, roussâtre, longue, fibreuse.

Port. Dans les provinces méridionales, la tige s’élève à la hauteur de plusieurs pieds, quand on lui donne des soutiens ; elle est herbacée & molle. Les fleurs & les fruits sont disposés en grappes, & opposés aux feuilles.

Lieu ; l’Amérique ; cultivée dans les jardins. La plante est annuelle.

Culture. Cette plante n’est pas connue par les jardiniers dans les provinces du nord, & s’ils la cultivent, c’est plus par curiosité que par intérêt, à moins que ce ne soit pour vendre les fruits que quelques personnes laissent macérer dans l’huile d’olive ; mais en Italie, en Espagne, en Provence & en Languedoc ce fruit est très-recherché. Les auteurs ne sont point d’accord sur ses qualités ; quelques-uns comparent cette plante, quant à ses effets, à la mandragore, & la regardent comme un poison décidé. Les feuilles, il est vrai, ont une odeur virulente, une saveur nauséabonde ; c’est sans doute ce qui les a décidés à rejeter cette plante, & à la regarder comme dangereuse. Mais s’ils avoient mieux examiné le fruit, seul objet qui engage à cultiver la pomme d’amour, ils auroient reconnu qu’il est sans odeur, & que sa saveur est légèrement & agréablement acide.

Lorsqu’on a cultivé cette plante dans un endroit, & si on en laisse pourrir les fruits sur la terre, enfin si on n’en change pas la terre, elle pullule de toutes parts l’année d’après, (il s’agit des provinces du midi) Ces semis naturels retarderoient trop la végétation des graines, & on ne jouiroit pas assez long-temps du fruit. Les amateurs sèment la graine dans des pots, dans le courant de février, ils les placent contre de bons abris & même dans du fumier, ayant soin de les préserver des froidures accidentelles. Les moins pressés sèment en mars, les paresseux en avril, mai & même en juin, pour avoir du fruit dans l’arrière-saison.

Cette plante, après avoir été mise à demeure, se plaît dans les lieux un peu humides ou souvent arrosés. Dès que les pieds sont garnis de quelques feuilles, on les replante. Si on soutient les plantes à mesure qu’elles s’élèvent, au moyen des piquets fichés en terre, & sur lesquels on lie quelques traverses, elles donnent beaucoup plus de fleurs & par conséquent plus de fruits. On peut dire que depuis le mois de juin, jusqu’à ce qu’il gèle (suivant l’exposition & l’époque des semis), on voit sur la plante des fruits verts & des fruits rouges, ces derniers quelquefois aussi larges qu’une pomme de reinette, mais non pas aussi élevés. Si on veut de temps à autre serfouir les plantes, elles profiteront beaucoup plus, mais cela est peu nécessaire. Il est rare que la récolte des fruits ne soit pas très-abondante. Dès qu’ils sont mûrs, on les emploie dans la cuisine pour les fausses piquantes & acides que l’on met sur toutes les viandes. Les cuisinières expriment à travers un linge le suc des fruits, & en y ajoutant du sel &, je crois, un peu de vinaigre, elles le conservent bien avant dans l’hiver. Dans les pays chauds, c’est un des apprêts le plus usité. On assaisonne encore les fruits avec de l’huile, du vinaigre & du sel, ce qui forme une nourriture légère & rafraîchissante.

M. Vitet, dans sa Pharmacopée de Lyon, dit : le suc exprimé des feuilles procure une espèce de stupeur, des coliques, des convulsions, & cause quelquefois la mort. Il est douteux que sous forme de colyre il guérisse l’ophtalmie érésipélateuse, & qu’en fomentation il calme la douleur des tumeurs phlegmoneuses. Extérieurement le suc exprimé des fruits rafraîchit ; il répercute l’ophtalmie érésipélateuse & l’érésipelle ; mais tenez-vous en garde contre les suites fâcheuses de cette répercussion… L’huile par infusion des fruits ne l’emporte dans aucune espèce de maladie sur l’huile d’olive récente.