Cours d’agriculture (Rozier)/QUINQUINA ou ÉCORCE DU PÉROU

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 461-463).


QUINQUINA ou ÉCORCE DU PÉROU. Cortex peruvianus, & nommé par les indiens cascara de Loxa. Comme cet arbre est originaire du Pérou, & qu’on ne peut le cultiver en France, il est inutile de donner sa description. Les Espagnols, en 1640, furent les premiers qui apportèrent le quinquina en Europe, & ce fut vers l’an 1649 que le procureur des jésuites de l’Amérique en transporta plusieurs balles à Rome. Ce fut de là qu’il invita tout son Ordre à donner de la réputation à ce remède. Chacun d’eux guérissoit les fièvres comme par enchantement ; dès-lors on appela le quinquina la poudre des Pères. Les anglois la nomment encore aujourd’hui poudre jésuitique. Ce fut en 1679 que le chevalier Talbot, anglois de nation, à force de remontrer l’utilité de ce spécifique, & même d’en exagérer les vertus, fit revivre en France i’usage du quinquina. On en fit un secret que l’on vendit très-cher à Louis XIV, & ce prince le publia aussitôt. Depuis cette époque l’usage en est devenu général. Il seroit beaucoup à désirer qu’on ne permît en France l’entrée de l’écorce de cet arbre, qu’autant qu’elle seroit de bonne qualité.

Cette écorce est compacte, inodore, rougeâtre, d’une saveur amère, & médiocrement austère. Réduite en poudre & donnée à haute dose, elle réveille, dit M. Vitet dans sa Pharmacopée de Lyon, les forces vitales & musculaires, produit dans la région épigastrique une espèce de constriction spasmodique, peu douloureuse, momentanée ; excite une légère évacuation des matières fécales, cause rarement des coliques, n’augmente pas sensiblement la sueur & le cours des urines : au contraire, elle paroit diminuer ces deux évacuations… À dose médiocre, elle donne rarement lieu à des évacuations sensibles, elle ne fatigue pas l’estomac, elle ne porte point préjudice à l’expectoration ; elle ne laisse après son action ni anxiété, ni affaiblissement des forces vitales & musculaires. C’est de tous les remèdes connus le plus avantageux pour combattre les fièvres intermittentes, particulièrement la fièvre tierce & la fièvre quarte. En général, le succès du quinquina est plus assuré dans les fièvres intermittentes, si les premiers jours on administre 1°. un ou deux purgatifs lorsqu’il y a indication ; 2°. les diurétiques avec les amers ; 3°. si on laisse passer huit ou dix accès ; 4°. si au bout de ce temps on prescrit de l’éçorce à haute dose & en substance… Quelquefois elle convient dans la phtisie pulmonaire causée & entretenue par une fièvre intermittente ; dans la toux catarrhale ancienne & avec redoublement, dans les sueurs trop abondantes, dans la gangrène humide, intérieurement & extérieurement ; dans plusieurs espèces de maladies avec redoublement régulier… L’extrait de quinquina & le sirop de quinquina, proposés pour l’espèce de maladies où l’écorce du Pérou est indiquée, ne l’emportent point en vertus sur le quinquina en substance ou en infusion.

Prenez d’écorce de quinquina pulvérisée & tamisée, depuis un gros jusqu’à une once, délayée dans dix onces d’eau, à prendre en deux verrées le matin à jeun, & en laissant une demi-heure d’intervalle d’une verrée à l’autre. Réitérez la même dose le second & le troisième jour ; ensuite diminuez-la par gradation jusqu’au huitième. Cette méthode doit cependant varier suivant l’espèce de fièvre intermittente, le tempérament & l’âge du malade.

Les uns aiguisent le quinquina avec le sel ammoniac, d’autres avec les sels neutres ; plusieurs avec des aromatiques amers. Les avantages de ces divers mélanges ne sont point démontrés par l’observation. Prenez de quinquina concassé depuis demi-once jusqu’à deux onces ; d’eau de rivière filtrée, ou de vin généreux, suivant l’indication, huit onces ; faites macérer au bain-marie pendant douze heures ; passez, administrez la colature en deux verrées, le matin à jeun ; ensuite procédez pour l’administration de cette infusion comme pour celle du quinquina pulvérisé.

Prenez de quinquina grossièrement pulvérisé, une livre ; d’eau de rivière filtrée, quatre livres ; faites macérer au bain-marie pendant 48 heures ; filtrez l’infusion à travers du papier gris ; faites fondre au bain-marie six livres moins quatre onces de sucre blanc dans trois livres de colature, & vous aurez le sirop de quinquina que l’on donne depuis une once jusqu’à cinq onces, seul ou délayé dans partie égale d’eau… Faites évaporer dans une étuve, sur des assiettes de faïence ou de porcelaine, l’infusion de quinquina préparé & filtrée comme ci-dessus, jusqu’à consistance d’extrait solide ; détachez l’extrait sec avec la pointe d’un couteau & vous aurez l’extrait de quinquina.